Bruno Gazzotti : "Je préfère que l’on me parle de l’histoire de ‘Seuls’ que de mon dessin !"

10 juillet 2008 0 commentaire
  • Ancien assistant de Janry, {{Bruno Gazzotti}} a dessiné dix albums de la série {Soda} avant de s’atteler à {Seuls}, une série tout public écrite par {{Fabien Vehlmann}}. Ensemble, ils nous narrent le parcours d’une poignée d’enfants qui se réveillent dans leur ville désertée de tous ses habitants. Ces cinq gamins s’unissent pour essayer de comprendre ce qui est arrivé.

Dodji, Leïla, Camille, Yvan et Terry ont enfin quitté la ville à bord d’un vieux bus. Mais les routes ne sont pas forcement plus sûres que la ville où ils avaient rencontré « Le maître des couteaux », un rhinocéros, un tigre, etc. Ils trouvent refuge dans un parc d’attraction où tous les enfants du coin habitent…

Bruno Gazzotti : "Je préfère que l'on me parle de l'histoire de ‘Seuls' que de mon dessin !"Seuls est la retranscription de vos cauchemars d’enfant…

Il s’agit de ceux de Fabien Vehlmann plutôt que des miens. Lorsque l’on est enfant, on a envie de braver l’interdit, bref de réaliser toutes ces petites choses que nous ne pouvons pas faire sous peine de se faire gronder par ses parents : manger des frites tous les jours, conduire des voitures, etc. ... Être libre, vivre sans ses parents !

N’est-il pas paradoxal de parler du monde des enfants, un univers qui est souvent traité de manière tendre, avec un dessin et des couleurs agréable, alors que votre propos évolue de manière tragique…

Le décalage entre mon dessin gentil, voire "rondouillet", et la dureté de l’histoire m’intéressait ! Cela permet de happer le lecteur grâce à un visuel assez séducteur, on le prend par la main, et on lui raconte une histoire plus cassante, sans qu’il s’en aperçoive ! Un récit qui correspond à notre monde. La vie est dure, mais tellement belle !
Le dessin est un médium qui me sert à raconter des histoires. Je ne suis pas un grand dessinateur. Tout ce que j’espère, c’est d’arriver au travers mes albums, à être un raconteur d’histoire acceptable. Je suis fier lorsqu’on complimente l’histoire de Seuls. Beaucoup plus que lorsqu’on me parle de mon dessin …

Vous êtes graphiquement assez proche de votre série précédente, Soda. Pourquoi ne pas avoir changé votre style ?

Je dessine comme je peux ! Mon style me vient naturellement. Fabien avait envie de l’utiliser pour raconter ses histoires à lui…

Extrait du T3 de "Seuls".

Pourquoi avoir souhaité collaborer avec Fabien Vehlmann ?

Notre collaboration sur Des Lendemains Sans Nuages (avec Ralph Meyer, aux éditions du Lombard) avait été des plus convaincantes. Nous avions les mêmes références culturelles. Fabien m’a proposé la série Seuls.Il souhaitait que je la dessine. J’ai mis peu de temps à accepter le projet, tellement le synopsis était convaincant ! Cela correspondait à ce que je voulais dessiner en dehors de Soda : une série d’aventure tout public qui explore des thèmes difficiles. Nous pouvions y inclure nos références, de l’humour et surtout de la sensibilité… Seuls est le reflet de nos deux personnes !

Intervenez-vous dans l’histoire ?

J’interviens dès que Fabien me remet son synopsis. Je lui fais part de mes idées, de mes commentaires. Je ne me prive pas de critiquer son scénario, surtout sur la psychologie et la logique des personnages. Fabien, quant à lui, regarde mes découpages et mes crayonnés. Les planches doivent refléter au plus près nos envies communes ! À chaque fois qu’il me demande un changement, je m’aperçois qu’il a systématiquement raison. À vrai dire, c’est extrêmement énervant (Rires). Mais, non … je blague. Il est le premier lecteur. C’est très important pour moi d’avoir cette interaction avec lui.

Extrait du T3 de "Seuls".

Les personnages de Seuls ont un âge différent. Les jeunes lecteurs pourront se retrouver dans l’un ou l’autre plus facilement …

Oui. Cela permet de jouer sur les sentiments et sur l’identification des lecteurs aux personnages. Leurs caractères évoluent aussi selon leurs âges et leurs niveaux de vie. Nous avons essayé de représenter une mini-société à travers ces cinq enfants. Terry, fils de parents divorcés, vit les évènements de manière superficielle et naïve. Il n’arrête pas de dire des bêtises. Mais souvent sa naïveté permet de révéler quelque chose de vrai. Dodji a plus de maturité. C’est un orphelin qui a été placé en institution. Leila est d’origine Nord-Africaine. Yvan, lui, vient d’une famille très aisée. Camille, elle, a vécu plus modestement…

Le sujet de la série est simple : Ces enfants se retrouvent seuls, sans adultes, dans la ville inhabitée… Vous semblez ne pas donner la priorité à la cause de de la disparition de leurs ainés…

Pour nous, c’est un élément secondaire ! Il nous est plus important d’observer l’évolution de ces enfants par rapport à certaines situations. Les personnages vivent par eux-mêmes. La logique de l’histoire est dictée par eux, par leur personnalité.
À la fin du cinquième album, il y a aura une révélation quant à la disparition des adultes. Mais l’histoire continuera ensuite… Cela
relancera l’intrigue dans une autre direction !

Crayonné pour le troisième album de "Seuls"

Vous avez enfin la possibilité, grâce à Seuls, de dessiner des lieux différents…

Cela me plait ! Fabien m’impose beaucoup de défis. Grâce à lui, je dessine des animaux, des personnages ou des décors que je n’ai jamais réalisés auparavant : rhinocéros, tigres, requins, pirates, etc…
Cela me demande un travail de documentation. Mais c’est très valorisant ! Soda évoluait dans un univers plus figé. Je peux aujourd’hui dessiner les rues de New-York sans documentation…

(par Nicolas Anspach)

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Lire les chroniques de Seuls T1 et T2 & du Soda T12

Voir la bande-annonce de Seuls, le clan du requin

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Images (c) Gazzotti, Vehlmann & Dupuis
Photo (c) Nicolas Anspach

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