Célébration de la bande dessinée suédoise à Angoulême 2012

26 janvier 2012 3 commentaires
  • Lors d’Angoulême 2012, l’exposition {La vie n’est pas pour les amateurs – August Strindberg et la bande dessinée suédoise} participe de ces manifestations du Festival qui permettent d’aller explorer d’autres horizons de la bande dessinée mondiale.

Puisque Angoulême 2012 nous donne l’occasion de mieux découvrir la bande dessinée suédoise, intéressons-nous à quelques-uns de ses illustres pairs, dans le but d’inciter à la visite d’une exposition autour de l’écrivain, dramaturge et peintre August Strindberg.

La bande dessinée scandinave, suédoise en particulier, reste plutôt méconnue dans le monde francophone. Si les histoires de Vikings semblent connaître un regain d’intérêt de la part des dessinateurs franco-belges à juger la recrudescence de titres actuels s’y intéressant, la production en Suède, quant à elle, diversifie ses thèmes.

Elle s’est d’abord distinguée dans la veine satirique, avec Oskar Andersson, alias OA, ou Oscar Jacobsson (Adamson, 1920), évoqués par Patrick Gaumer dans son Dictionnaire mondial de la BD (Larousse, 2010).

Celle-ci s’est aussi tournée tôt vers le monde anglo-saxon ou a accompagné le développement de la bande dessinée de genre sur son territoire. Ainsi, Alex Akerbladh, après des études d’architecture à la Glasgow School of Art, s’était-il taillé une certaine renommée au sein des revues britanniques de la première moitié du XXe siècle (Lupino Lane, 1927). Comme, par exemple, le Danois Teddy Kristiansen a pu se faire sa place aujourd’hui aux États-Unis.

Hans Lindahl dessine pour le marché local de nouvelles aventures du Phantom, super-héros masqué de Lee Falk et Ray Moore. Tandis que Rolf Gohs en produit d’excellentes couvertures, avant de participer au renouveau de la bande dessinée suédoise (Mystika 2:an, 1969).

Célébration de la bande dessinée suédoise à Angoulême 2012
Un strip de « Arne Anka »
© Charlie Christensen / Extrait de « Swedish Comics History », © 2010 Fredrik Strömberg & The Swedish Comics Association

Charlie Christensen, alias Alexander Barks, puis Alexander X, creusa toujours plus loin le sillon de la satire suédoise, ici à l’égard du Donald Duck de Disney, remodelé d’après l’un de ses inspirateurs, Carl Barks.

Grâce à ce dernier, le célèbre palmipède s’était attiré la bienveillance de tous en Suède sous le nom de Kalle Anka. La firme américaine voulut intenter un procès à Charlie Christiansen, auteur de son double cynique, Arne Anka, qui en écornait l’image ! On lui doit également une adaptation de Röde Orm, saga viking tirée du best seller en deux parties (1941-1945) du romancier suédois Frans G. Bengtsson.

De son côté, Jan Lööf a connu une certaine notoriété en dehors des frontières de la Suède avec sa série Felix (1967), le « Tintin suédois », même si une telle assimilation se révèle facile. Il est acteur et musicien de jazz à ses heures. De plus, il se distingue, entre autres, avec ses livres pour enfants, récent lauréat (2010) du prestigieux Prix Selma Lagerlöf, nommé d’après l’auteure du Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède (1906-07).

En outre, la Suède a connu une production de bandes dessinées alternatives, autour de magazines comme Galago ou la version autochtone de Mad, avec des artistes comme Joakim Pirinen, David Nessle ou Johan Wanloo, etc.

Plus récemment, Joanna Hellgren s’est faite remarquer en France avec Mon Frère nocturne ou la série Frances (Cambourakis, 2008), et a été distinguée par une sélection à Angoulême. Elle a été publiée dans son pays d’origine dans Galago et participe à l’exposition.

Quelques éléments de l’exposition sur la bande dessinée suédoise

Celle-ci est organisée sous l’égide de la Swedish Comics Association. Cette Association œuvre depuis 1968 en faveur de la légitimation de la bande dessinée comme forme d’art. Elle a présenté l’exposition récente de ses dessinateurs autour du Maus de Spiegelman au Mémorial de la Shoah à Paris.

Couverture de « Bild & Bubbla » (Image et Bulle) célébrant Donald Duck, « star suédoise » de la bande dessinée. Le magazine de la Swedish Comics Association date de 1968. Il s’enorgueillit d’être le deuxième plus vieux au monde dédié au neuvième art.
Extrait de « Swedish Comics History », © 2010 Fredrik Strömberg & The Swedish Comics Association

Fredrik Strömberg, son président, critique et auteur, est déjà connu pour ses ouvrages traduits en français comme La Propagande dans la BD (Eyrolles, 2010) et Images noires, la représentation des Noirs dans la bande dessinée mondiale (P.L.G., 2010).

Portrait de Fredrik Strömberg
© 2011 Didier Pasamonik

Comme thème d’exposition, ses participants ont planché sur August Strindberg (1849-1912), trait d’union idéal entre la Suède et la France.

Cet illustre représentant de la culture suédoise n’a cependant d’abord pas fait l’unanimité chez lui et y « a choqué le bourgeois ». Par bien des aspects, il peut faire songer à un autre grand artiste scandinave : le Norvégien Edvard Munch, peintre du fameux Cri (1893). De sensibilité expressionniste proche, une caractéristique éminemment nordique, il a choisi pour s’exprimer de s’exiler comme lui un temps à Paris, alors centre mondial des arts et de l’avant-garde à la fin du XIXe siècle.

Le naturaliste des débuts évolue vers toujours plus de liberté créative et se laisse gagner par un penchant à la névrose et une tendance à la folie, difficile à contenir. Son Plaidoyer d’un fou (1887-88) et Inferno (1897) sont rédigés directement en français.

Figure symboliste, il mariait l’écriture et la peinture, le texte et l’image. August Strindberg s’impose donc comme un ambassadeur probant de cette initiation au neuvième art façon scandinave. Ce qui suscite décidément l’envie d’aller y voir ce que la nouvelle génération de dessinateurs suédois peut en faire !...

(par Florian Rubis)

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En médaillon : couverture de « Swedish Comics History »
© 2010 Fredrik Strömberg & The Swedish Comics Association

Exposition : La vie n’est pas pour les amateurs – August Strindberg et la bande dessinée suédoise

Commissaire : Josefin Svenske / Scénographe : Jakob Hallin

Bâtiment Castro, mezzanine Calvo - 121, rue de Bordeaux, Angoulême – Du jeudi 26 au dimanche 29 janvier 2012 – 10 h / 19 h

L’exposition sera ensuite présentée à l’Institut suédois, à Paris, du 8 février au 15 avril 2012

À noter : le lancement lors du Festival de « Rayon Frais (une anthologie de la bande dessinée suédoise) » due aux Requins Marteaux, Nouveau monde, stand N50, samedi 28 janvier à 19 h.

 
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3 Messages :
  • Je n’aurais pas l’occasion de visiter cette expo mais les artistes présentés sont garantie d’une expo de haute tenue. Très surpris toutefois de ne pas retrouver le nom de Kellerman dans cette sélection -la publication de son oeuvre en France accompagnée d’une traduction en dessous de toute critique [http://www.actuabd.com/Rocky-T1-La-Revanche-Par-Martin-Kellerman-Carabas] y aurait-t-il contribué ? C’est quand même l’un des dessinateurs suédois les plus populaire et influant de la dernière décennie. De plus il se situe dans la directe lignée de Christensen et son "Arne Anka".

    Pour les francophones, qui peut-être découvriront la bd scandinave à cette occasion j’attirerai leur attention sur Joakim Pirinen, un auteur incontournable qui influenca tout le courant moderne de la bd nordique.

    Mais bravo pour avoir inclu Jan Lööf. Ses oeuvres en bd font maintenant l’objet d’intégrales en Suède (on en est au tome 3, et chacun fait 200 pages !) Chaque tome est un bonheur- et la bd n’a été qu’une facette, un à-côté du talent de ce grand bonhomme.

    La comparaison de "Félix" avec "Tintin" est facile peut-être, mais disons que Lööf ce serait le Hergé conscient et politique des "Picaros" ou de "Coke en Stock" marié à celui de "Tintin en Amérique". Lööf, joueur de jazz râté -selon lui- qui survit par le dessin (ses dires), est un copain de Crumb. Dans le premier tome de l’intégrale il figure une planche faite par Crumb, en hommage à Lööf. Mais ce n’est qu’une reproduction, Lööf a perdu l’original....!!!

    Ses livres pour la jeunesse sont d’une popularité immense, il a inventé un personnage dont les attributs et le nom sont passés dans le langage courant : "Skrott Nisse"

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    • Répondu par lebon le 27 janvier 2012 à  09:58 :

      Hier j’ai écouté Benoît Mouchard invité de l’émission "les affranchis" présenté par Isabelle Giordano sur france inter, une fois de plus on a eu droit au même concerto, extraits : "tout va bien dans la bd", "plus de 5000 nouveautés par an c’est formidable" , "en tous cas s’il y a bien un secteur dans lequel la créativité n’est pas en crise c’est bien dans la BD", "ho oui tout à fait".
      Pas un mot sur les difficultés dont on discute souvent ici,on parle dans le vide.

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      • Répondu par narcisse le 27 janvier 2012 à  16:00 :

        Moi ce qui m’a choqué c ’est l’incompétence incroyable de madame giordano en matière de bande dessinée.... Elle demandait entre autre a Guy deslisle pourquoi il n’avait pas fait un "livre"... lol

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