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David Sala :" Bien que ce récit soit une histoire d’homme, c’est ma mère qui était dépositaire de la mémoire familiale"

Dans "Le Poids des héros", David Sala nous invite à découvrir les itinéraires de ses deux grands-pères, anciens résistants durant la Seconde Guerre mondiale. Ce récit autobiographique nous retrace aussi sa trajectoire personnelle, jalonnée de bonheurs simples mais aussi marquée par quelques drames. Le recours à l'imaginaire permet d'approcher les zones d'ombre et les failles à bonne distance, tout en recomposant un parcours d'apprentissage et de transmission universel pour le lecteur.

Dans ce nouveau roman graphique intitulé Le Poids des héros, vous vous intéressez cette fois au passé de vos grands-pères, Antonio Soto de Torrado et Josep Sala, résistants durant la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi souhaitiez-vous raconter leurs histoires ?

David Sala : C’était comme une sorte de projet que je devais réaliser, comme si j’étais dépositaire de cette mémoire familiale et que je n’avais pas d’autre choix que de raconter ce que ces hommes ont vécu. J’ai aussi réalisé que malgré la difficulté, malgré l’enjeu de ce livre, il était indispensable que je réalise ce projet qui, à la base, me paraissait inaccessible.

Nous constatons avec intérêt que vos grands-pères étaient tous les deux résistants alors qu’ils ne se connaissaient pas.

Ils auraient pu se croiser au camp d’Argelès-sur-Mer où se retrouvaient tous les réfugiés. Ils ont deux parcours complètement différents bien que l’origine est la même : il s’agit de deux jeunes Espagnols qui fuient le régime de Franco et sont contraints à l’exil. Antonio Soto de Torrado a combattu aux côtés des Français puis s’est retrouvé emprisonné au camp de concentration de Mauthausen. Tandis que Josep Sala a rejoint les résistants et le Maquis.

David Sala :" Bien que ce récit soit une histoire d'homme, c'est ma mère qui était dépositaire de la mémoire familiale"

La lecture nous donne l’impression qu’Antonio a été beaucoup plus marqué par la guerre que votre grand-père paternel, Josep. Est-ce exact ?

Effectivement, Antonio a été meurtri dans sa chair. La guerre l’a abimé, oui, mais il a survécu... Comme je le dis dans l’album, son ultime combat était de survivre à Franco. Malgré la maladie, il ne faut pas oublier que cet homme était une force de la nature qui a survécu un peu plus de quatre ans dans un camp de travaux forcés. Son expérience des camps m’a fortement impressionné.

Vous présentez votre grand-mère paternelle, mais nous ne voyons quasi pas votre aïeule du côté maternel. Pourquoi cela ?

On la voit très peu dans l’album, effectivement. Il y a une séquence où on l’aperçoit furtivement au moment du décès d’Antonio. Les femmes de ma famille ont joué un rôle capital mais mon album est centré sur les figures masculines car nos récits familiaux tournent essentiellement autour des grands-pères.

Le fait divers que vous racontez s’est-il vraiment produit ? La victime était-elle vraiment un de vos amis d’enfance ?

Oui, ce fait divers est véridique malheureusement. Je rapporte les faits tels que moi je les ai vécus. Il y a beaucoup de choses que j’ai appris espar les on-dits. À l’époque, nous n’avions pas de cellule de crise, nous n’avions pas beaucoup d’infos fiables et, entre nous, nous n’en parlions pas beaucoup. C’est une sale histoire que je tenais à inclure dans mon récit car c’est le genre de drame qui vous sort de l’enfance. C’est le genre de tragédie qui fait prendre conscience à un enfant de la cruauté dont un adulte est capable.

Le titre de votre roman graphique, Le Poids des héros, est fort à propos car on ressent une sorte de morosité durant la lecture de cette histoire. On a l’impression que grandir dans cet environnement a été difficile pour vous. Et puis, il y a votre relation avec votre père qui interpelle : celui-ci n’a pas un grand rôle dans le récit mais son physique de colosse lui confère une forte présence. Ce qui fait que dans le dernier chapitre du récit, son absence visuelle donne l’impression que vous entretenez ou avez entretenu des relations difficiles avec lui...

Disons que de manière plus évidente, malgré la présence physique de mon père, c’est ma mère qui a été pour moi la courroie de transmission de cette mémoire familiale. C’était une femme avec un physique menu, qui faisait à peine 1m50, mais au caractère affirmé ! Et elle l’a prouvé tout au long de sa vie. Ma mère a toujours été très impliquée dans la question de la transmission de la mémoire. La mémoire familiale, mais aussi au niveau associatif, car elle était dans l’humanitaire. Mon père n’était pas autant impliqué sur les questions sociales, il se passionnait surtout pour la musique. Le mot “héros” intègre donc aussi ma mère qui était pour moi une héroïne du quotidien.

Quel regard vos frères portent-ils sur cette mémoire familiale et sur ce roman graphique que vous avez réalisé ?

Mes frères n’ont pas encore lu le livre [au moment de l’interview. NDLR] mais je rappelle quand même que cette BD représente le regard que je porte sur notre histoire familiale. C’est un regard forgé par ma propre sensibilité et vous le savez, nous avons tous une sensibilité différente.

Quels sont vos prochains projets ?

Je vais retourner à la fiction en adaptant une œuvre littéraire. J’aime ce travail d’appropriation d’œuvres qui m’ont construit, notamment au niveau graphique. J’aime l’idée de proposer ma vision esthétique, plastique d’un roman car je suis avant tout un dessinateur.

Le Poids des héros
David Sala © Casterman

Voir en ligne : Découvrez "Le Poids des héros" sur le site des éditions Casterman

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782203215764

Agenda :

David Sala dédicacera Le Poids des héros à la librairie Mine de rien (Besançon) le 16 avril 2022. La dédicace aura lieu le 16 avril de 15h à 19h. Nombre de places limité, réservation possible auprès de votre libraire. Librairie Mine de rien, 12 Rue Bersot - 25000 Besançon.

À lire sur ActuaBD.com :

Le Poids des héros, par David Sala, éditions Casterman. Album paru le 19 janvier 2022. 176 pages, 24,00 euros.

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PAR Christian MISSIA DIO  
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