Delitte et Convard s’associent avec le génie du mal : Tanâtos

9 juin 2007 1 commentaire
  • Dans la lignée des feuilletons policiers du début du Vingtième siècle, Tanâtos fait preuve d’inventivité et de suspense dans une trame historique très bien documentée. Focus exclusif sur une des sorties prometteuses de l’automne.

Delitte et Convard s'associent avec le génie du mal : TanâtosCela faisait longtemps que Didier Convard (Le Triangle Secret, INRI, Neige) et Jean-Yves Delitte (Les Nouveaux Tsars, les Coulisses du Pouvoir, le Belem) souhaitaient collaborer. Lorsque leurs emplois du temps respectifs le permirent, ils définirent leurs ambitions pour ce projet. Delitte rêvait d’un super-héros malveillant mais sans pouvoir surnaturel, un personnage dans la lignée de Batman, pour lequel il pourrait créer des gadgets et moyens de transport extravagants. Convard souhaitait exploiter l’ambiance des feuilletons du début du siècle dernier : intrigues à rebondissements, assassin déguisé dont il fallait deviner l’identité, manipulations manichéennes pour influencer les grands de ce monde afin d’assouvir de sombres desseins.

Ainsi naquit Tanâtos : perpétuellement masqué quand il n’est pas grimé pour prendre la place d’un député ou d’un policier, il tire les ficelles de plans complexes, ourdis dans le seul but de s’enrichir. Rien ne l’arrête : ni le terrorisme, ni le meurtre, encore moins l’exécution de ses propres subalternes, si cela peut l’aider dans ces projets. Dans le début du XXème Siècle où la science avance à pas de géant, il est encore possible pour un génie d’inventer des machines inconcevables pour l’intellect de ses contemporains. Ainsi a-t-il fabriqué un sous-marin, un avion à décollage vertical, un déviateur d’appel, des microphones espions ou des voitures piégées. Tanâtos n’est donc pas un anti-héros, mais bien un démon qui fera frissonner le lecteur : génial, subtil, mais prudent et imbu de lui-même, ce monstre sans scrupule s’entoure de différents intermédiaires pour qu’on ne puisse remonter à lui. Le détective privé et un policier expérimenté qui tentent de l’arrêter ne sont que des faire-valoirs face au sombre personnage central de cette série.

Enlèvement dans les égouts de Paris

On a pu admirer le travail d’illustration de Delitte dans l’adaptation des Brigades du Tigre. Se déroulant à la même époque, Tanâtos est empreint de réalisme, grâce au trait précis et à l’imagination de son dessinateur. Louvoyant entre documentation authentique et appareils inventés de toutes pièces, Delitte parvient à mêler les genres pour faire trembler le lecteur. Didier Convard joue sur le même tableau. En intégrant des personnages et évènements historiques marquants (Jaurès, l’assassinat de l’Archiduc d’Autriche et le début de la Première Guerre mondiale), il donne du relief à son intrigue tout en dénonçant une vérité tristement authentique : l’enrichissement des marchands de canons qui vendaient aux deux camps les armes responsables de millions de morts. Sans tomber dans le pamphlet, Convard exploite les zones d’ombre de cette époque pour distiller un habile suspense : en quels personnages se déguisent Tanâtos, et quels sont ses plans pour déclencher ce conflit ravageur ?

Le repaire secret de Tanâtos

Cette première machination s’articulera en deux albums de 54 pages, qui paraîtraient (sous réserve) en octobre 2007 et en janvier 2008 au sein de la collection Grafica. Les prochaines aventures se dérouleront chronologiquement, mais comme Tanâtos n’a plus rien à gagner au sein de la guerre, une fois celle-ci déclenchée, l’intrigue devrait prendre place dans un pays plus exotique, peut-être en Égypte.


En attendant ces aventures, nous vous conseillons, comme mise en bouche, d’aller vous plonger dans le superbe tirage de luxe du 4ème tome des Nouveaux Tsars. Outre les planches noires et blanches de cet album, vous découvrirez les premiers dessins et études de Tanâtos, de très belles illustrations de Jules Verne et du Neptune, ainsi que certains plans inédits des Brigades du Tigre : une belle occasion de saisir les différentes facettes de Delitte.

(par Charles-Louis Detournay)

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