François Deneyer ("Quand Gillain raconte Jijé") : « Jijé était curieux de nature »

23 juillet 2014 4 commentaires
  • Considéré à juste titre comme l'expert de référence pour l’œuvre de Jijé dans le milieu de la bande dessinée, François Deneyer revient sur la réalisation de la biographie "Quand Gillain raconte Jijé", ainsi que l'exposition qui lui est consacrée jusqu'au 4 août 2014.

Quel était l’angle pour aborder la carrière d’un maître tel que Jijé ?

François Deneyer ("Quand Gillain raconte Jijé") : « Jijé était curieux de nature »Tout d’abord, la date du centenaire de la naissance de Jijé approchait à grands pas. Je me suis dit que si je ne réalisais pas un ouvrage à ce propos, personne d’autre ne s’y consacrerait. En réalité, j’avais déjà eu l’idée de la présentation de cette monographie en 2000, en lisant les Dossiers de la Bande Dessinée (DBD) de Frédéric Bosser. J’avais alors expliqué à Bosser que j’avais le matériel nécessaire pour illustrer un dossier qui pourrait être consacrée à Jijé (planches, illustrations, etc.). Il s’était orienté vers des auteurs plus modernes, mais j’ai gardé le coup de cœur pour le dossier qu’il avait précédemment réalisé sur Tillieux, dans lequel il faisait parler l’homme, par-delà la mort.

Vous avez ainsi pris la suite, en reprenant des interviews données en son temps par Jijé ?

Oui, Bosser avait piqué des morceaux choisis, tout en inventant les questions, auxquelles Tillieux répondait donc (selon l’illusion ainsi créée). Pour autant, je me voyais mal réaliser un livre sur Jijé sans le faire parler. C’est ainsi que j’ai voulu chapitrer sa vie et ses activités (sa jeunesse, sa vie, la peinture, les séries, etc.). J’ai donc retranscrit toutes les interviews de Jijé que je connaissais (dans des fanzines, à la télévision, etc.) et j’ai choisi les passages qui me paraissaient les plus intéressants.

L’exposition à la Maison de la Bande Dessinée propose encore pour quelques jours une exposition en lien avec cette monographie. On y retrouve quantité de documents rares et étonnants réalisés par Jijé...

Outre cette volonté de laisser Jijé parler de lui et son œuvre, vous laissez également une grande place aux documents. Comment avez-vous réalisé ce choix ?

... dont cette magnifique illustration de Spirou !

Effectivement, je ne voulais pas me mettre en avant, mais laisser Jijé parler de son œuvre et de sa vie. Concernant l’iconographie de cette monographie, je collectionne Jijé depuis bien des années, j’ai donc beaucoup de documents originaux, mais je connais également les personnes qui en possèdent d’autres, et je maintiens d’excellents contacts avec la famille Gillain. J’ai donc pris mon scanner et mon ordinateur sous le bras, et pendant une année, j’ai été scanner tous les documents qui me semblaient les plus évocateurs. Quant au choix des illustrations, je fais écho à un autre livre, Héroïc, où Vincent Odin alternait les originaux, les mises en couleurs et les photographies.

Jijé avait réalisé une grande partie de son œuvre chez Dupuis, il semblait donc logique qu’ils publient cette monographie ?

Admiratif du soin apporté à Héroïc, j’avais tout d’abord proposé cette idée à Daniel Maghen, qui l’a acceptée. Mais le projet a été plusieurs fois repoussé, et j’ai craint qu’on ne loupe la date anniversaire du centenaire. J’ai donc été trouver Dupuis qui était ravi de rendre hommage à cet auteur historique pour la maison de Marcinelle.

À la lecture de votre livre, on se rappelle que Jijé a abandonné beaucoup de ses personnages à d’autres auteurs, comme Blondin & Cirage, Valhardi, et Spirou ! Comment expliquer cette volonté ?

Si vous êtes à Bruxelles avant le 4 août, ne manquez pas cette occasion unique de voir regroupés tant d’originaux !

Jijé était curieux de nature, il n’avait donc aucune gêne à s’attaquer à d’autres projets. Cette polyvalence et le fait qu’il ait dessiné autant de séries lui permettaient d’entreprendre des projets personnels éloignés de la bande dessinée, comme construire une piscine dans son jardin, transformer une voiture en caravane ou lancer une laverie ! On peut considérer ces entreprises comme des hobbies ou des coups de folie, mais cela faisait partie de l’homme.

On reste admiratif au soin apporté à cette édition : le choix du papier, la qualité apportée à l’illustration, le signet de lecture, etc.

Il faut rendre hommage au maquettiste Benoît Gillain [Le fils de l’artiste. NDLR.]. Nous avons travaillé huit mois d’affilée pour la rédaction et la finition du livre, avant d’arriver avec un produit fini chez Dupuis. Nous ne voulions pas d’ingérence quant au contenu du livre, et Dupuis l’a respecté. Bien entendu, il y a eu certaines discussions sur la mise-en-page, mais jamais sur l’iconographie. Le dialogue avec Dupuis a été très constructif.

Vu l’ampleur du travail de Jijé, est-ce que vous avez pu placer tout ce que vous vouliez ?

Non, j’ai mis de côté beaucoup de documents et de morceaux d’interviews qui n’avaient pas leur place dans cette monographie. Ce sera peut-être le terreau d’un prochain livre, qui serait alors une biographie, dans laquelle je raconterais son histoire. Ce futur livre serait donc un complément logique à Quand Gillain raconte Jijé.

La Collection Jijé en est déjà à son troisième tome, collant au plus près de la réalisation de ces albums mythiques.

Vous avez maintenu un bel équilibre entre des planches connues des fans de Jijé (qui seront contents d’admirer les scans des originaux), mais aussi des œuvres méconnues, comme les planches de Mon Nom est Personne, des illustrations des romans-photos (parus chez Deligne) et celles des livres Bonux très recherchés !

Oui, je sais qu’une bonne part du public ne connaît pas tout un pan de son œuvre. J’ai donc voulu en donner un aperçu. C’est aussi ce que je veux mettre en valeur dans la Collection Jijé que j’ai inaugurée l’année dernière. Ce sont des grands formats en noir et blanc qui collent le plus possible aux originaux. Je viens de publier les trois premiers Jerry Spring avec des scans de planches, avant de m’attaquer à d’autres histoires. Dans chacun des albums, je publie des inédits comme ceux que vous avez cités. Je pense aussi réaliser un album condensant tous les inédits ou les publications peu connues. J’ai toute la matière, il me reste à trouver le temps en espérant que cela intéressera des lecteurs.

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire notre présentation : Une biographie en images pour les 100 ans de Jijé

Exposition Jijé - Joseph Gillain
Du 3 décembre 2013 au 3 aout 2014
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Adresse :
Bd de l’Impératrice 1
1000 Bruxelles (Près de la Gare centrale)

Tel + 32 2 502 94 68
www.jije.org

Pour contacter La Maison de la Bande dessinée

On peut notamment lui commander directement ls ouvrages de la Collection Jijé dont le tirage trop limité ne permet pas une large diffusion en librairie.

 
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