Green Arrow & Green Lantern - Par Dennis O’Neil et Neal Adams (Trad. Martin Winckler) - Urban Comics

1er septembre 2014 0 commentaire
  • Entreprise culte du début des années 1970, associant deux super-héros que tout pourrait opposer, le lumineux Green Lantern et l'orageux Green Arrow, ce {run} mené par Dennis O'Neil et Neal Adams nous plonge littéralement dans les errements d'une Amérique qui, alors, se cherche et se questionne. Sans conteste l'une des publications comics les plus importantes de l'année.

Un homme agressé, un super-héros passant par là qui le sauve : la situation a tout pour être simple. Sauf que le monde de cette Amérique des années 1970 ne l’est pas, que l’agressé s’avère être un escroc, ses agresseurs les victimes désespérées par ses malversations.

Il faut alors au naïf et manichéen Green Lantern découvrir l’envers du décor et cette nécessaire plongée dans le corps social américain, déliquescent. C’est grâce à Green Arrow, le franc-tireur, qu’il va l’opérer. Au strict respect de la loi et de l’autorité, à cette justice abstraite et absolue qu’incarnent les Gardiens, répond une autre justice, en prise avec l’environnement et le contexte historique, tâtonnante et hésitante. Et c’est de la saisir autant que de la façonner dont il sera question ici.

Green Arrow & Green Lantern - Par Dennis O'Neil et Neal Adams (Trad. Martin Winckler) - Urban Comics
Une triste réalité s’impose à Green Lantern dès les premières pages de cette saga.
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics
Green Lantern prend conscience des différentes formes du mal.
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics

Lorsqu’ils "invitent" Green Arrow dans la série Green Lantern en 1970 [1] Dennis O’Neil et Neal Adams s’apprêtent à changer le paradigme d’écriture des comics. En effet, ce run est souvent désigné comme l’étape qui mène à l’Âge de Bronze du Comics, ce moment où des batailles stellaires, on passe aux préoccupations immédiates des gens. Et ce n’est pas autre chose que dit, d’emblée, Green Lantern, le héros galactique, lorsque Green Arrow l’alerte sur les besoins de la planète et de ses concitoyens.

Ces deux héros représentent un alpha et un oméga de l’Amérique, et c’est en se heurtant, en se questionnant mutuellement, en s’affrontant autant qu’en se complétant qu’ils permettent au propos d’avancer. La friction des contraires, qui pourtant poursuivent le même but, accorde à ce récit une dynamique particulière, remarquable, essentiellement dialectique.

D’autant qu’à ces deux personnages déjà, en eux-mêmes, intéressants, s’ajoute une galerie d’interlocuteurs passionnants à suivre, à commencer par une invitée de luxe : Dinah Lance alias Black Canary. Sans oublier la première apparition de John Stewart, le Grenn Lantern afro-américain.

Débute alors, dans un premier temps, sur le mode du road-movie réactivant les grands mythes américains, une exploration des maux de l’Amérique. Qu’ils soient sociaux (l’exploitation des ouvriers, la pression immobilière...), sociétaux (l’égalité homme/femme, la drogue...), historiques (le traitement des Indiens...), politiques (racisme, parodie de justice...) écologiques (surpopulation, traitement des déchets...) ou moraux (la manipulation, le meurtre...)

Démonstration de Black Canary
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics
Introduction de John Stewart, appelé à devenir la doublure de Hal Jordan sur Terre
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics

Parmi les histoires déployées, citons par exemple cette aventure au sein d’une école dont les enfants deviennent les antagonistes de nos deux super-héros : les deux principaux opposants, une petite fille mutante manipulée par un cuisinier, apparaissant sous les traits de... Richard Nixon et son Vice-Président Spiro Agnew !

Spirow Agnew et Richard Nixon grimés dans un comics !
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics
Vaincus par des enfants !
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics

Ou encore la fameuse découverte par Green Arrow que son pupille, Speedy, se drogue à l’héroïne. Incroyable audace, alors même que le Comics Code Authority imposait fermement sa loi dans les publications pour la jeunesse. La représentation directe de la drogue et de ses effets, physiques et sociaux, servant un discours volontaire sur le sujet.

Violence et absurdité de la réaction de Green Arrow lors de cette découverte et désarroi d’un Speedy se sentant délaissé
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics
Ravages de la drogue sur les pouvoirs de Green Lantern
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics
La mort comme conséquence ultime
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics

Formidable d’un bout à l’autre, ce volume se révèle d’une maturité et d’une acuité que l’on associe malheureusement peu aux comics, notamment de super-héros. Confirmant que la bande dessinée, y compris celle a priori destinée à un jeune public, peut véhiculer un discours aussi puissant que profond, ce récit de Dennis O’Neil offre, à travers une succession d’histoires courtes, un incroyable panorama de la société américaine, de ses idéaux, de ses valeurs et de ses tourments.

Servi par le trait splendide de Neal Adams et une recherche graphique constante dans la composition des planches et la mise en scène des personnages, Green Lantern & Green Arrow constitue un pur régal. On notera en particulier la série des pages de couvertures des chapitres qui à chaque fois livrent un incroyable condensé du propos à venir.

Profitant d’une édition américaine récente de ce run mythique, Urban comics monte la barre en proposant non seulement une préface mais aussi une traduction du fameux romancier Martin Winckler (La Maladie de Sachs), spécialiste de la culture populaire américaine. De quoi faire du volume une véritable référence, à tous points de vue.

Couverture annonçant ce nouveau partenariat sous forme d’affrontement
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics
Un épisode qui évoquera la manipulation des individus par un gourou
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics
Passage par la science-fiction pour évoquer la surpopulation
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics
Un cauchemar éveillé : des enfants pour adversaires !
© Dennis O’Neil / Neal Adams / DC / Urban Comics

(par Aurélien Pigeat)

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Green Arrow & Green Lantern. Par Dennis O’Neil (scénario) et Neal Adams(dessin). Traduction Martin Winckler. Urban Comics, collection "DC Archives". Sortie le 13 juin 2014. 368 pages. 35 euros.

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La Collection DC Archives d’Urban Comics, sur ActuaBD :
- Kamandi T1
- Kamandi T2
- Batman la Légende T2

[1De manière continue du numéro 76 d’avril 1970 au numéro 87 de décembre 1971-janvier 1972, ainsi que dans le numéro 89 d’avril-mai 1972 et en supplément de quatre numéros de Flash (Flash 217, 218, 219 fin 1972 et Flash 226 début 1974).

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