"Hilda" de Kovacq : possession et perversion

28 mars 2021 0
  • Deux ans après le premier tome, Dynamite poursuit (enfin) sa réédition d'Hilda, que l'on peut considérer comme l'une des meilleurs séries érotiques de la fin des années 2000. Une bien utile redécouverte.
"Hilda" de Kovacq : possession et perversion
Le premier tome réédité en 2019

C’est en janvier 2019 que La Musardine prenait le relais des Éditions Rebecca Rils pour rééditer ce que beaucoup considère comme le chef d’œuvre d’Hans Kovacq : Hilda.

« Chef d’œuvre »... Un statut un peu vite accordé à un auteur de bande dessinée érotique qui n’a jusqu’ici réalisé que deux séries... Mais ce serait oublier que derrière ce pseudonyme se cache le dessinateur Bernard Dufossé, actif dans la bande dessinée et les livres illustrés (souvent catholiques) depuis les années 1960 : Le Club des Cinq pour le Journal de Mickey, Baden-Powell, Les Mouflons pour les magazines des Scouts de France et bien d’autres, sans oublier Tärhn, Prince des étoiles dans les années 1980 ainsi que la série Les Sanguinaires réalisée avec Patrick Cothias pour Vécu.

Kovacq joue avec les codes de Disney pour présenter la belle-mère manipulatrice au lecteur

« OK, le gars sait dessiner, mais cela doit ressembler aux autres séries de Bédé X dont le scénario tenait sur une feuille de papier à cigarette ! » direz-vous... Détrompez-vous ! Si Hilda est effectivement une série érotique sans équivoque (difficile de trouver une planche dénuée d’ébats passionnés), son scénario est sans doute l’un des plus élaborés du genre !

En effet, dans le premier tome, on fait connaissance avec la belle Hilda, qui rêve chaque nuit qu’elle est la princesse Hildegarde, prisonnière malmenée dans les geôles d’un donjon médiéval. Ses délires se complexifient au fil du temps et, pour préserver un peu de sa santé mentale, Hilda accepte la proposition de sa sœur Sandra de consulter un psychologue spécialisé dans les phénomènes parapsychiques.

Mais comme son nom le laisser présager, le Dr Baalt est un médecin aux intentions plus troubles qu’il n’y paraît. Il propose d’abord aux deux jeunes femmes d’emménager chez lui pour observer les terreurs nocturnes d’Hilda. Bientôt, cette dernière se retrouve sous l’emprise du vieux docteur et de son assistance, une pulpeuse créature bisexuelle et dominatrice. Car Baalt est en réalité un démon qui a connu la précédente incarnation d’Hilda en 1234, à savoir l’Hildegarde qui hante ses rêves. Il cherche des réponses aux faits qui se sont produits au XIIIe siècle et que l’on découvre au fur et à mesures des incursions oniriques d’Hilda. Le démon/docteur Baalt place la jeune femme sous hypnose pour ne pas perdre une miette de son récit.

La narration oscille en permanence entre deux époques différentes : de nos jours, et au XIIIe siècle. Et cette succession de flashbacks ne se situe pas non plus dans l’ordre chronologique : alors que l’on assiste dès les premières pages du tome 1 à des tortures sexuelles infligées à Hildegarde pour lui faire avouer ses prétendus crimes dont elles est accusée : inceste, régicide et commerce avec le démon, le tome 2 nous donne plus de détails sur les faits qui ont conduit Hildegarde devant l’inquisition. Alors qu’on imaginait que ces accusations n’étaient que manigances ourdies par sa belle-mère, la nouvelle reine, pour s’accaparer du royaume, une réalité tout autre se dessine progressivement : Hildegarde aurait frayé avec le démon du vice pour nourrir ses pensées.

À ses réveils, Hilda subit encore de plein fouet (!) les sévices ou ébats d’Hildegarde. De quoi rechercher un peu de réconfort, sans se douter ce ce qui l’attend...

Au-delà des sévices SM déjà bien présents dans le premier tome, la question de l’inceste prend maintenant le pas. Même s’il n’est pas du tout question de relation forcée, le sujet reste éminemment sensible ! Mais l’auteur s’en tire habilement, laissant parler ses personnages de leurs fantasmes sans nullement absoudre la pratique. Le propos reste néanmoins sulfureux et la série demeure donc adressée à un public des plus avertis.

Il en est de même des planches extrêmement explicites : les hypertrophies phalliques se disputent à la succession de séquences bondage, les sévices aux relations intra-familiales, sans oublier les multiples mutations du démon Baalt et de son assistante androgyne. Hilda reste donc réservé à un public adulte, mais le soin apporté au dessin, à la mise en page et au rythme du récit le place néanmoins dans ce qui a de meilleur dans la bande dessinée érotique.

Un récit dense et savamment construit, au service d’un érotisme débridé. Avec ici la langue d’Hilda en proie à un maléfice des plus étranges

Si cela vous tente, venez donc vous frotter aux fantasmes sulfureux de cette série hors du commun. Surtout que son éditeur, Dynamite, nous promet une publication régulière : un tome 3 pour 2022 ainsi un quatrième et dernier opus pour 2024, auquel succèdera l’autre série érotique de Kovacq, Diane de Grand Lieu. C’est donc le parfait moment pour découvrir ou redécouvrir l’artiste !

(par Charles-Louis Detournay)

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Hilda, tome 2, par Hanz Kovacq (Dynamite) : bande dessinée pour adultes avertis.

Lire également notre article : Le retour d’Hilda chez Dynamite.

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Toutes les illustrations sont tirées du tome 2 d’Hilda : © La Musardine.

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