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Giovanna Casotto : « Quand je dessine, je me réfère exclusivement à mes fantasmes »

Par Charles-Louis Detournay le 17 décembre 2023                      Lien  
Au rayon érotique des intégrales de fin d'année, un ouvrage s'impose de manière incontournable : l'intégrale des histoires couleurs réalisées par Giovanna Casotto. Une belle occasion pour interviewer l'autrice italienne : une star qui s'est imposée et demeure une icone du genre, notamment par l'appui de la photographie et le fait de se mettre elle-même en scène dans ses propres récits.

Giovanna Casotto : « Quand je dessine, je me réfère exclusivement à mes fantasmes »L’intégrale de Dynamite rassemble vingt-quatre histoires, que vous avez partiellement mises en couleurs tout en laissant souvent les personnages en noir et blanc. Comment a évolué votre style graphique au cours de votre carrière ? Vous êtes passée par des planches uniquement crayonnées à d’autres complètement en couleurs, pour arriver finalement à ces planches où les couleurs et votre crayon se mélangent ?

En réalité j’ai toujours dessiné principalement en noir et blanc, afin de privilégier les nuances, et en ajoutant des notes de couleurs ici et là. Une seule fois, j’ai décidé de colorer complètement une histoire (Let’s Swing !), mais ce fut une expérience isolée. Cependant, il est vrai qu’à certaines occasions, des histoires en couleurs ont été publiées. À ce stade, je suis obligé de vous raconter une anecdote que je n’ai jamais racontée jusqu’à présent : il m’est arrivé, à l’approche d’une livraison, de découvrir que j’étais à court de marqueurs pour faire du noir et blanc et, pensant que l’impression serait toujours réalisées en noir et blanc, j’ai utilisé des marqueurs de couleur pour qu’ils restituent les nuances de gris souhaitées. L’éditeur a beaucoup aimé les couleurs ainsi proposées et a décidé de les publier en couleurs, avec les choix de couleurs particulières que j’avais utilisés. Je pourrais donc dire que la publication de mes histoires en couleurs sont le fruit d’une coïncidence fortuite, voire d’une erreur !

Quelle est votre technique pour réaliser des planches comme celles de cette intégrale ? Est-ce que vous commencez par travailler au crayon plus ou moins gras pour poser votre trait et les masses grises ?

Je n’utilise que du graphite et des marqueurs, même pour mes couleurs, je n’utilise absolument pas d’acrylique. J’aime travailler en noir et blanc, en ajoutant ici et là des notes de couleur. Je trouve que l’utilisation du noir et blanc favorise grandement le travail des nuances, qui est l’une des particularités de mes dessins.

Pourquoi est-ce que l’emploi de la photographie est si importante dans votre travail ? Pour accentuer le réalisme et donc le charme opéré par vos histoires ?

Le recours à une base photographique est bien plus répandu qu’on ne le pense chez les illustrateurs. Sans doute la démarche photographique est toujours évidente lorsqu’on se trouve face à des clichés d’un certain type. Le cliché photographique est une aide valable dans la recherche de la « tridimensionnalité » et du réalisme. Pour autant, je n’ai jamais travaillé avec ou dans un studio de photographie. J’ai toujours créé les scénarios et photographié chez moi, à la maison.

L’une des pin-ups pleine-pages reprises dans cette intégrale des histoires en couleur

Ces histoires profitent parfois de belles et grandes cases où la qualité de votre travail gagne en visibilité. Comme réalisez-vous le découpage de l’histoire : est-ce que vous réalisez tout d’abord le storyboard de votre histoire, puis vous prenez en photo les postures sélectionnées, ou prenez-vous tout d’abord les photos pour ensuite vous en inspirer afin de composer la planche ?

Les réalisations pleine-pages ont été incluses parce que j’aime prêter attention à la composition et je me suis inspiré des dessins enchanteurs de Sergio Toppi. Concernant le développement de l’histoire, je suis toujours partie de la préparation d’un storyboard, pour ensuite passer aux photos, puis aux dessins finaux.

Il est important de parler de ce que vous racontez dans vos histoires. Vous jouez de la culture populaire, de la vie quotidienne, pour mieux explorer les fantasmes de vos lecteurs ?

Non, je n’ai jamais cherché à placer volontairement des références à la vie italienne... Quand je dessine, je me réfère exclusivement à mes fantasmes et je ne pense pas aux lecteurs. Ce sont des fantasmes qui restent cependant imaginaires et n’ont bien entendu aucun rapport avec ce que je vis ou ce que je vis dans ma sphère privée.

Quel objectif poursuivez-vous avec vos histoires ?

Le but est de partager mon désir avec les lecteurs. Je dois être la première à vibrer, à ressentir de l’excitation. À ce stade, je ne pense absolument pas aux émotions que peuvent ressentir les lecteurs. Même si je suis ravie qu’ils les apprécient autant que moi.

Comment revoyez-vous vos histoires avec le recul ? En préférez-vous certaines à d’autres ?

De toutes les histoires que j’ai dessinées, je préfère celles que j’ai réalisés avec Lillo (alias Pasquale Petrolo) et également celles avec Franco Saudelli.

L’intégrale ne reprend pas que des récits en bande dessinée, mais également une série de portraits…

Oui, onze portraits couleurs en pleines pages ont été intégrés à cette intégrale pour montrer cet autre aspect de mon travail. Comme les lecteurs avaient d’ailleurs déjà pu le voir dans l’intégrale de mes pin-ups parus l’année dernière également chez le même éditeur.

À vos côtés, l’Italie peut s’enorgueillir de disposer de talentueux auteurs érotiques : Manara, Crepax, Saudelli, Serpieri, Magnus, Baldazzini, et bien d’autres. Peut-on penser que la bande dessinée érotique est mieux acceptée dans votre pays ?

Je ne peux pas me positionner pour ces auteurs. Quant au lectorat, pour être honnête, il me semble que la bande dessinée érotique est beaucoup plus populaire en France qu’en Italie !

Vous êtes longtemps restée l’une des rares autrices italiennes qui réalisait des bandes dessinées érotiques ? C’est une différence qui s’exprime dans vos histoires ?

En toute honnêteté, je n’y ai même jamais pensé ! J’ai réalisé mon travail sans me demander si nous étions peu ou plusieurs autrices dans ce créneau. Je n’ai presque jamais regardé au-delà de la page que j’étais en train de dessiner. D’ailleurs, au début de ma carrière, j’ai proposé à mes premiers éditeurs de signer mes ouvrages d’un prénom masculin. Ils ont refusé !

On retrouve maintenant d’autres femmes dans la bande dessinée érotique, comme Katia Even en France ou Elena Ominetti en Italie pour ne citer qu’elles. Pensez-vous que plus de femmes devraient s’emparer de l’érotisme ?

Je dois avouer que je ne connais pas vraiment les autres dessinateurs. Je ne connais pas réellement leur travail ni leurs noms, à l’exception de quelques-uns, très bons, qui ont commencé plus ou moins en même temps que moi. La raison est simple : je ne lis pas de bandes dessinées ! Je n’ai jamais été une acharnée du neuvième art, je préfère de loin la photographie. La bande dessinée, pour moi, a toujours été un simple prétexte pour dessiner les silhouettes humaines, les corps.

J’ai toujours travaillé sans trop regarder autour de moi et sans me demander s’il existait ou non une diversité de points de vue. J’étais intéressée par le mien ! (rires) Si d’autres dessinateurs proposent leur propre point de vue certainement intéressant, eh bien… tant mieux pour eux !

Quels sont vos futurs projets ? Est-ce que la bande dessinée est définitivement derrière vous (même s’il reste les intégrales) car vous préférez vous consacrer à vos pin-ups ?

Oui, pour moi, la bande dessinée appartient au passé. Elle ne m’intéresse plus. Depuis quelques temps je me consacre presque exclusivement à l’aquarelle.

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782362345838

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