Jacques Terpant s’attèle à développer l’univers de Jean Raspail

19 septembre 2010 0 commentaire
  • Après deux tomes fort bien réalisés, Jacques Terpant termine en beauté son triptyque des "Sept Cavaliers" et s'apprête déjà à entamer l'adaptation d'un autre roman de Jean Raspail. Les deux hommes se sont trouvés...

Après avoir réalisé la série Pirates avec Philippe Bonifay au scénario, Jacques Terpant désira se lancer seul dans l’adaptation d’un roman de Jean Raspail, Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l’Ouest qui n’était plus gardée, communément appelé Sept Cavaliers.

Dès le premier tome, on a pu admirer le travail impressionnant réalisé par l’auteur : chaque case tient du tableau, tandis que la couleur et la lumière deviennent des éléments propres à l’histoire pour mieux nous faire pénétrer au cœur du récit.

Jacques Terpant s'attèle à développer l'univers de Jean Raspail

Il faut avouer que le monde décrit par Jean Raspail est particulier : tout commence dans la capitale de ce pays dirigé par le Margrave succédant de père en fils depuis des générations. À une période que l’on pourrait situer vers la fin du XIXe siècle, les adolescents commencent à se comporter étrangement, se révoltant contre toute autorité. S’ensuit une décadence rapide et brutale de la société, et alors que presque tous ont déserté leur poste pour tenter de protéger leur vie, une dernière mission commandée par le colonel Pikkendorf regroupe sept cavaliers et tente de retrouver la fille du Margrave aperçue pour la dernière fois aux frontière du pays.

Un style graphique parfaitement... adapté

Tout l’art de Terpant constitue à restituer le mieux possible l’ambiance particulière de ce récit : la peur du danger et de l’inconnu, mais surtout l’espoir de trouver sinon une solution à cette décadence, sinon une échappatoire pour débuter une nouvelle vie.

Cet espoir est une des clés de cette lecture, ainsi que nous l’explique le dessinateur : « Le margrave du premier tome n’avait plus d’espérance. Il rentre dans sa vitrine, dans le rêve, comme dans un refuge. Mais, parmi les cavaliers, chacun a des réponses ou des attentes, même si elles sont différentes, car puisées dans leur monde intérieur. L’évêque a perdu la foi et sa quête est de se confronter à cette réalité, et d’y trouver une réponse. Le brigadier court après un fantasme de sa jeunesse, le cadet Vénier, lui, veut sauver ce monde qui est le sien, mais il a compris que cela doit se faire sans état d’âme, avec les armes de l’ennemi. Il est l’espérance que ce monde peut se maintenir, mais à quel prix ? »

Effectivement, le groupe des Sept cavaliers déjà déforcé à la fin du second tome n’en finit pas de s’étioler dans cette dernière partie. Chacun trouvant sa place telle qu’il se la définit. En plus de très beau travail graphique réalisé par Jacques Terpant, le lecteur ne connaissant pas le roman de Raspail sera également surpris par sa fin audacieuse. Elle séduira ou frustrera, mais dans les deux cas, elle demeure imprimée dans l’esprit du lecteur qui revient sur l’intrigue pour lui trouver un sens qui convienne.

Jean Raspail et Jacques Terpant
Photo A. Claes

« Au cours de ces trois livres, je me suis bien gardé d’imposer une interprétation globale au roman », explique Terpant. L’un de ses thèmes est l’espérance, différente pour chacun des sept cavaliers. Il est évident que la fin est celle de l’auteur. Si j’ai adapté ce livre, c’est que je l’ai fait mien. Pour nous les auteurs, il n’y a d’espérance que dans l’acte créatif. Le créateur espère, il y a un élan à faire. Pour aboutir à une joie peut-être, mais le résultat est souvent décevant. On recommence alors avec espérance… »

Une autre projet d’adaptation de Jean Raspail

« Alors que Sept cavaliers était en cours », continue l’auteur, « Jean Raspail a témoigné de son enthousiasme, notamment en signant ces livres comme ses propres ouvrages. Il m’a fait le plaisir de me dire que chacun de ses romans étaient à ma disposition. »

Comme il nous l’avait annoncé, Jacques Terpant adaptera donc un autre roman de l’écrivain, jetant son dévolu sur Les Royaumes de Borée, un roman dans lequel on retrouve des membres de la famille des Pikkendorf, un des héros de Sept Cavaliers.

« Le colonel major Silve de Pikendorff est un membre de cette famille fictive, que Jean Raspail a créée et qui traverse son œuvre. Parfois c’est un héros comme dans ‘Sept cavaliers’, parfois ce sont de simples silhouettes qui passent. ‘Les Royaumes de Borée’ se déroule sur quatre siècles. À chaque période, le héros est un Pikkendorff. Le lien avec Sept cavaliers s’est fait de lui-même. Je dois préciser que Jean Raspail a dressé une généalogie de tous ces personnages. Cet ouvrage n’est pas encore disponible, mais nous souhaitons le publier à la fin de ‘Royaume de Borée’, tel un dictionnaire illustré. »

Ce nouveau cycle est assez proche de Sept cavaliers : on se place dans une principauté qui n’existe pas : le Royaume de Valduzia, et qui se situe aux limites de Finlande et de la Russie. En face, s’étend un territoire inexploré que les géographes du XVIIe siècle ont nommé Borée. Un jour arrive au dernier poste avant la Borée, un nouveau commandant, Oktavius de Pikkendorff : le vide en face de lui va le fasciner.

« À chaque période aux avant-postes, à la lisière du monde civilisé et du monde sauvage dont on ne connaît rien, il y aura un témoin : un Pikkendorff. Le thème, c’est la rencontre entre l’homme des matins du monde, l’homme de la nature, et notre civilisation. Je structure l’histoire en quatre albums sur quatre périodes. On commence en 1658, le dernier tome se termine dans les années 1990. Comme dans ‘Sept cavaliers’, je modifie un peu les choses par rapport au roman, mais ma volonté demeure identique : restituer au mieux l’atmosphère du livre. Et pour cela, la traduction littérale n’est pas le meilleur chemin, on le sait. »

Le premier tome de ce nouveau cycle est attendu pour l’automne 2011. Avec son style posé, sa lumière et ses couleurs impressionnantes, Jacques Terpant devrait continuer à nous faire voyager dans ce monde unique et intrigant.

(par Charles-Louis Detournay)

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- « Pour bien adapter un roman, il faut cibler le thème, plutôt que de le respecter au mot près. »

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