Jirô Taniguchi, entretiens pudiques

9 novembre 2012 0 commentaire
  • « Quartier Lointain » et « Le Journal de mon père » ont fait de Jirô Taniguchi l’auteur de manga le plus apprécié du public adulte francophone. Pudique et mesuré, le Japonais s’est confié à Benoît Peeters, dans un livre d’entretiens au long cours.

Benoît Peeters et Jirô Taniguchi se croisent depuis bon nombre d’années déjà. Leur première rencontre remonte à une vingtaine d’années. Admiratif du travail du dessinateur nippon et curieux de mieux comprendre ce qui l’anime, le scénariste des « Cités Obscures » a proposé à Taniguchi de publier un livre d’entretiens, menés à l’été 2011, avec l’indispensable concours de Corinne Quentin comme interprète.

Jirô Taniguchi, entretiens pudiques
"L’Homme qui marche", premier titre de la collection Casterman Manga paru en septembre 1995,
un livre charnière pour Jirô Taniguchi.

Découpé en six chapitres (Les années de formation, profession mangaka, un parcours d’auteur, le manga et la bande dessinée, le style Taniguchi et un regard sur le monde), le livre s’attache à percer la carapace pudique de l’auteur japonais, qui se livre par petites touches. Les entretiens font surtout mesurer nombres de différences culturelles entre les bandes dessinées européennes et japonaises. Par exemple, le rôle très interventionniste des éditeurs japonais surprendra le lecteur européen, habitué à l’idée que les artistes créent de leur côté avant de proposer un projet bien délimité à un éditeur.

Présenté comme un échange de point de vue entre deux auteurs, « Jirô Taniguchi, l’homme qui dessine » n’est pas une monographie, mais donne un aperçu très large et abondamment illustré de la carrière de l’auteur, dont le succès en Europe apparaît presque comme une méprise. Dans sa vie, Taniguchi a dessiné près de 15.000 planches de manga, dans tous les styles. Avant de réaliser « L’Homme qui marche », petite merveille contemplative qui fut un échec cuisant au Japon, Taniguchi était plutôt connu comme un dessinateur réaliste tous terrains, capable d’enchaîner un polar, un manga sportif, un récit érotique et une fable animalière.

C’est seulement lors de ses premiers contacts réguliers avec la bande dessinée européenne, qu’il admirait depuis l’adolescence et ses débuts comme assistant de Kyukta Ishikawa et Kazuo Kamimura, que Taniguchi a pu explorer la voie intimiste qui allait constituer le socle de son succès en France.

Jirô Taniguchi et Benoît Peeters
© DR - Éditions Casterman

Un succès européen qui se prolonge depuis plus de dix ans : deux prix à Angoulême (l’un pour le dessin, l’autre pour le scénario), une adaptation cinématographique de « Quartier Lointain » (par Sam Gabarski) et des chiffres de vente plus importants en francophonie que dans son pays natal... Joli clin d’œil pour un auteur assez justement considéré comme le plus occidental des mangakas.

Ce livre d’entretiens découvre un homme charmant, résolument éclectique, ému par la nature, dans la retenue, mais visiblement mûr pour se prêter à l’exercice d’un premier bilan sur sa carrière.

(par Morgan Di Salvia)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

"Jirô Taniguchi, l’homme qui dessine." Entretiens avec Benoît Peeters, avec la collaboration de Corinne Quentin. Éditions Casterman.

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A propos de Jirô Taniguchi, sur ActuaBD :

> « Il faut apporter une nuance dans l’état intérieur des personnages pour susciter l’émotion » (Entretien en novembre 2010).

> Les Années Douces T1

> (Le Chien) Blanco

> Un Ciel Radieux

> Encyclopédie des animaux de la préhistoire

> Garôden

> Le Gourmet Solitaire

> K

> Mon Année T1

> Le Promeneur

> Quartier Lointain T2

> Le Sauveteur

> Seton, le naturaliste qui voyage T4 et T2

> Le Sommet des Dieux T3 et T2

> Au Temps de Botchan

> Un Zoo en Hiver

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