La Grippe coloniale, T2 : Cyclone la peste - Par Huo-Chao-Si & Appollo - Vents d’Ouest

  • Enfin !
    Après près de dix années d'attente, voici la suite et fin de ce récit historique décalé qui reçut le prix de la critique BD en 2003.

Rappelez-vous : le 31 mars 1919, des Réunionnais héros de la Grande Guerre s’apprêtent à retrouver leur île natale. Ils s’imaginent que leur quotidien va changer. Comme si la guerre avait redistribué les cartes du jeu social…

Mais l’arrivée de l’épidémie de grippe espagnole va bouleverser la donne : selon certaines estimations, quelque 20 000 décès sur les 150 000 habitants de la Réunion. Ce chamboulement de la vie quotidienne provoque un gigantesque exode. Les habitants terrifiés se cloîtrent dans leurs maisons ou fuient vers les hauteurs. Les cadavres s’amoncellent dans les rues.

Dans cette atmosphère de fin du monde, les quatre amis survivent comme ils peuvent. Mais ces « Héros de guerre » sont surtout les témoins de la fin d’un monde colonial qui se croyait privilégié et coupé du reste du monde. Témoins de ce qui fait l’essence de l’humanité, exacerbés dans de tels moments où l’homme montre ce qu’il a de plus beau... et ce qu’il a de pire en lui.

La Grippe coloniale, T2 : Cyclone la peste - Par Huo-Chao-Si & Appollo - Vents d'Ouest

Si le premier tome de ce récit hors-norme reçut le Prix de la critique BD, c’était essentiellement pour marquer un ton de récit bien particulier : une documentation historique bien fouillée pour une réalité humaine souvent révoltante, le tout servi dans un cadre enchanteur, mais qui présentait une société en fin de vie : la colonie.

On ne s’y est d’ailleurs pas trompé, car Appollo a multiplié par la suite les scénarios, passant des bouts d’essai aux coups de maître : Fantômes blancs, Biotope, Pauline (et les loups-garous), Commando colonial, sans oublier Ile Bourbon 1730 dessiné par Trondheim, alors Grand Prix d’Angoulême, excusez du peu.

Mais voilà, le lecteur est un perpétuel insatisfait, et après tous ces récits, une même question revenait inlassablement : à quand la suite de La Grippe coloniale ? Voilà donc cette attente comblée avec la fin du diptyque tant attendu. On retrouve avec beaucoup de plaisir les gueules cassées du début, et même si l’effet de surprise ne joue plus, c’est réellement les travers humains qui deviennent les maîtres-mots du récit : égoïsme face à l’épidémie, dédain face à ceux qui se dévouent pour les autres, le racisme pour cacher sa peur, puis surtout une bêtise crasse qui caractérise tellement le genre humain.

Le dessin de Huo-Chao-Si n’a rien perdu de sa gouaille : il est direct et incisif, portant une estocade claire avant de virevolter dans une parade acrobatique. La fin du XIXe siècle présentée dans ce microcosme de l’Île de la Réunion, c’est bien entendu la fin d’un monde, surtout pour les survivants. Même si des clivages continuent de subsister, il ne faut pas s’illusionner.

Pour toutes ces qualités, La Grippe coloniale méritait bien un second opus, histoire de ne pas le cataloguer dans les bons premiers tomes qui n’eurent jamais de suite, mais qu’on pourra plutôt présenter comme un exemple de ténacité quand on a un bon sujet et un vecteur original à portée de main. À découvrir d’urgence, si ce n’est déjà fait.

(par Charles-Louis Detournay)

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