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Appollo : "Je peux difficilement échapper à ce qui à fait mon histoire, mon passé"

Par Nicolas Anspach le 12 septembre 2009                      Lien  
Fils d’enseignants coopérants, le scénariste réunionnais {{Appollo}} a beaucoup bourlingué durant sa jeunesse. Il se sert de son passé pour nourrir les ambiances de certains de ses récits comme {Commando Colonial}, où il aborde l’histoire de la France coloniale durant la Seconde Guerre mondiale. Il se fond néanmoins dans d’autres univers pour développer des récits de genre. Rencontre.
Appollo : "Je peux difficilement échapper à ce qui à fait mon histoire, mon passé"

Est-ce facile pour un auteur réunionnais de se faire un nom dans la bande dessinée lorsque l’on vit aussi loin de l’Europe ?

Les bandes dessinées naissent avant tout grâce à des rencontres. J’ai commencé à faire des BD avec des amis à la Réunion, notamment avec Serge Huo-Chao-Si (La grippe Coloniale). J’ai aussi un peu voyagé en Europe, au festival de la BD d’Angoulême notamment. J’ai fait la connaissance de Stéphane Oiry via un groupe discussion autour de la BD sur Internet qui s’appelait le FRAB. Nous avons échangé beaucoup d’e-mails. Nous nous sommes vus une première fois, à Angoulême, alors qu’il s’apprêtait à lancer, avec Gwen De Bonneval, le magazine mensuel Capsule Cosmique. J’y ai d’ailleurs collaboré quelques temps. Un libraire de la Réunion voulait inviter quelques auteurs européens, et m’a demandé des conseils. J’appréciais beaucoup le travail de Brüno, et je lui ai donc parlé de lui. Il est venu à la Réunion pendant quinze jours. Nous nous sommes directement entendus et nous avons rapidement évoqué une collaboration. Son dessin a un côté néo-classique, très moderne, qui me séduisait.

Stéphane Oiry nous a raconté que vous échangiez beaucoup d’idées d’ambiance par e-mail pour Pauline (et les loups-garous).

Oui. Il voulait dessiner un récit qui mélangerait les ambiances des films de Russ Meyer et de Éric Rohmer. Nous avions beaucoup de goûts en commun en littérature, en BD, en musique rock. Nous avons échangé des messages sur ce sujet. Et le récit s’est construit peu à peu de la sorte. Stéphane a amené les atmosphères de la Vendée et des stations balnéaires que je ne connaissais pas. D’une manière générale, je me base toujours sur les envies et les goûts de mes dessinateurs pour construire un récit. Je leur envoie des idées, qu’ils sélectionnent. Le récit nait suite à des échanges continuels. Les dessins qu’ils m’envoient m’inspirent souvent…

Même pour Lewis Trondheim, avec qui vous avez signé île Bourbon, 1730 ?

Pareil ! Je lui ai fait remarquer qu’il n’avait pas encore dessiné d’histoire de pirates. Il m’a regardé en me demandant si j’avais une idée. À vrai dire, je ne pensais pas qu’il allait me proposer de lui en fourguer une. J’étais pris au dépourvu, au piège. Je ne voulais pas me dégonfler. Je lui ai rapidement inventé un récit axé sur la fin de la piraterie à la Réunion dans une ambiance crépusculaire. Cette histoire lui plaisait beaucoup. J’ai inventé la trame générale, et nous avons fait vivre nos personnages comme des enfants qui joueraient au playmobil. Je lui envoyais une séquence, et il en bâtissait une autre. C’était très ludique !

Vous semblez avoir un goût particulier pour les histoires décalées, non linéaires, que cela soit avec Biotope ou Pauline (et les loups-garous)

Je dirais surtout que ces histoires appartiennent à un registre de genre. Cela m’intéresse de dynamiter ces registres, de partir sur des chemins de traverse. Je suis peu lecteur de science-fiction, mais il me semblait pertinent d’utiliser ce genre pour en faire tout autre chose. Biotope, finalement, relève plus du roman noir que de la science-fiction.

Vous avez conclu la série Biotope en deux tomes. N’avez-vous pas eu l’envie de rester dans cet univers-là, de poursuivre la série en étudiant les interactions entre les personnages dans ce microcosme ?

C’est une félicité qui m’a effleuré l’esprit. Mais en y réfléchissant, je n’étais pas persuadé que cet univers se prêtait à d’autres histoires, tout aussi intéressantes.

Vous ne vous sentez pas l’homme d’une série ?

Si ! Je réalise, avec Brüno, Commando Colonial, une série dont les références lorgnent vers la BD franco-belge classique. On poursuivra cette expérience le temps qu’il nous plaira. Si nous nous ennuyons, nous inventerpns d’autres univers.

Vous avez placé de nombreuses histoires à la Réunion, puisque vous êtes issu de cette île. Vous vivez actuellement en Afrique. Est-ce que cette région vous inspire ?

Je peux difficilement échapper à ce qui à fait mon histoire, mon passé ! J’ai passé une partie de ma vie à la Réunion. J’ai travaillé au Nigéria et en Angola. Je vis depuis la fin du mois d’août au Congo, à Kinshasa.

J’aimerais effectivement écrire sur l’Afrique. Nous souhaiterions, Brüno et moi-même, réaliser une fantaisie autour du veilleur de Mobutu. Ce serait une sorte de roman noir dans un Kinshasa fantasmé, avec des personnages qui ressembleraient à des super-héros, une sorte de Watchmen zaïrois (Rires). Non : une histoire avec des super-héros en collants ! Ma présence à Kinsasha m’a définitivement convaincu d’écrire cette histoire.

Êtes-vous directif avec vos dessinateurs ?

D’une manière générale, je n’interviens pas dans le dessin. Nous sommes souvent sur la même longueur d’onde. Je demande parfois des modifications par rapport à la narration, au rythme de lecture, lorsque je reçois le story-board des planches.

Vous allez retravailler avec Stéphane Oiry…

Oui. Ce récit sera dans la lignée de Pauline (et les loups-garous). Nous raconterons la dernière nuit d’un adolescent qui s’apprête à quitter sa ville. Teenage Kicks sortira aux éditions Futuropolis.

Extrait de "Teenage Kicks"
(c) Oiry, Appollo, Futuropolis

Encore une histoire autour de la fuite. Ce thème vous poursuit…

Effectivement. Dans Pauline les personnages fuyaient. Dans cette nouvelle histoire, nous suivrons le personnage principal avant son départ. J’ai quitté la Réunion à 18 ans pour faire mes études à Paris. J’ai ressenti un flottement, presque nostalgique, les derniers jours avant mon départ. Cet état me plaisait beaucoup. On est un peu comme le personnage principal du roman L’Attrape-cœur, de Salinger, qui quitte son lycée pour passer une nuit dans New-York.

Avez-vous d’autres projets ?

Avec Stéphane Oiry, je co-dirige le collectif Nous sommes Motörhead qui paraîtra chez Dargaud à la fin octobre. Jean-Christophe Menu, Brüno, Killoffer, Rupert et Mulot, notamment, ont collaboré à ce livre. Nous en avons un peu marre de voir des collectifs sur Pascal Obispo ou Yannick Noah ! Philippe Ostermann, éditeur aux éditions Dargaud, aime beaucoup le rock et a été emballé par cette idée de livre…

Par ailleurs, je me suis lancé dans une collaboration avec Hippolyte, avec qui je vais faire, pour Dupuis, un gros livre de BD-reportage sur les îles éparses, ces quelques confettis déserts du canal du Mozambique qui appartiennent à la France, et que j’ai commencé à visiter de manière exceptionnelle en août.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Lire les chroniques de :
 Commando Colonial T1 et T2 (avec Brüno)
 Biotope T1 et T2 (avec Brüno)
 Pauline (et les loups-garous) (avec S. Oiry)
 Ile Bourbon 1730 (avec Trondheim)
 Fantômes blancs T1 (avec Li-An)

Lire également les interviews de :
 Brüno : "Hergé et Morris faisaient passer la fluidité et la narration avant l’esbroufe graphique" (Juin 2009)
 Stéphane Oiry : "Pauline s’inscrit dans la longue généalogie d’héroïnes romantiques et névrosées" (Juillet 2008)

Lien vers le blog d’Appollo

Photo : (c) Nicolas Anspach

 
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2 Messages :
  • Appollo : \
    26 septembre 2009 13:08, par Grippe

    Il a quand même facilement échappé à cette question sur son passé : quel est le statut actuel de La Grippe coloniale, dont on attend toujours le deuxième et dernier tome depuis 2003 ?

    Répondre à ce message

    • Répondu par Grospatapouf le 26 septembre 2009 à  17:40 :

      Oulah ! C’est pas le moment de nous parler de grippe !

      Répondre à ce message

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