La Rentrée 2013 des petits labels (3/3) - La Cerise, Flblb, Alter et Hey !

13 septembre 2013 5 commentaires
  • Les petits labels ne désemparent pas : ils sont présents dans cette rentrée à côté des grosses machines éditoriales. Continuons notre petit tour d'horizon et aiguisons notre regard à leur approche...

Comme dirait Desproges, on reconnaît les petits labels au fait qu’ils sont petits. Ce sont de frêles esquifs, des coquilles de noix qui, précisément en raison de leur faible taille, surnagent le plus souvent sur le tsunami de la production éditoriale en fin d’année.

La Rentrée 2013 des petits labels (3/3) - La Cerise, Flblb, Alter et Hey !
"Welcome" de Guillaume Trouillard aux éditions de la Cerise (novembre)

Même si leurs ouvrages ne figurent qu’à un ou deux exemplaires dans l’interstice des étals surencombrés, ayez l’œil et ne les ratez pas : ils constituent le condiment idéal à une consommation massive de bandes dessinées formatées, un antidote même qui offre au lecteur avide de sensations nouvelles des saveurs et des perspectives inédites.

Nous aimons en particulier ceux qui ne sont pas dans la pose exclusive d’une "autre bande dessinée", imbue et arrogante, agressive et revancharde, mais dans l’expression d’une différence, parfois sérieuse, parfois festive, mais toujours intéressante. C’est le mot de Champfleury que nous affectionnons : "Il n’est point de pauvre image pour un esprit curieux".

Goût de cerise

Deux nouveautés en cette fin d’année pour les éditeurs de la revue Clafoutis, les éditions de la Cerise, qui fêtent cette année, on s’en rappelle, leur 10e anniversaire et dont aucune des productions ne nous laisse indifférents.

Diletta de Tezuka chez Flblb (septembre)

C’est d’abord le grand retour de Guillaume Trouillard qui nous avait subjugués avec son Colibri et sa Saison des flèches (avec Stento au pupitre) qui nous revient le 28 novembre avec Welcome, un inventaire à la Prévert de toutes les menaces aberrantes qui attendent sa fille qui vient de naître : Pavillons de banlieues, espèces menacées, méga-yachts, nains de jardin, champignons atomiques, masques à gaz... Un monde idéal ? Welcome, en effet...

L’autre grande nouveauté des éditions de la Cerise en cette fin d’année est La Fille maudite du capitaine Pirate de Jeremy Bastian, un jeune dessinateur américain féru de graphisme victorien qui nous livre un album sophistiqué que l’on n’est pas étonné de retrouver dans le catalogue de l’éditeur bordelais.

Quoi de neuf ? Tezuka ! Le "Dieu des mangas" disparu en 1989 continue à nous subjuguer par sa modernité et son humanisme. Avec La Grande Pagaille du Diletta, les éditions Flblb font une rentrée en fanfare grâce à une fable anti-consumériste sur la société médiatique qui est la nôtre (septembre). Élégant, simple et, comme souvent chez Tezuka, intelligent autant que visionnaire.

Diletta de Tezuka chez Flblb (septembre)
Un Gars et un Gars de Ype Driessen chez Flblb

Autre nouveauté décoiffante, dans le registre du roman-photo, les petits albums d’Ype Driessen parus en août : Un gars et un gars et Homme Sweet Homme où le dessinateur hollandais raconte par le menu et en photos sa vie avec son compagnon. Inventif, drôle, décalé... Un cadeau de saison à déposer dans la corbeille des mariés "pour tous"...

Dans Yékini, Lisa Lugrin & Clément Xavier se penchent sur un sport qui est bien plus populaire que le foot au Sénégal : la lutte. Trois lutteurs de génie se disputent le titre de « roi des arènes » : Tyson, Yékini et Balla Gaye 2. Celui qui porte le titre de l’album saura tirer son épingle du jeu et échapper aux pressions de toutes sortes, que ce soit de l’entourage sportif ou des médias.

Homme Sweet Homme de Ype Driessen chez Flblb

Les éditions Alter continuent leur petit bout de chemin avec des propositions chaque fois pertinentes. C’est d’abord un petit album de Fabcaro, un auteur qui fait son trou aussi bien chez les grands éditeurs (Dargaud, Fluide...) que dans les petits labels comme Alter où il publie Jour de gloire, un recueil de comic-strips charmants et drôles.

Une BD à trois euros contre la crise par Lionel Serre aux Editions Flblb

On ne passera pas à côté de Serge, d’Ed, qui retrace la vie d’une famille argentine de Buenos Aires au travers de la parole de l’Évangile selon Saint-Jean. Comme disait l’auteur des Voix du silence : "Le XXIe siècle sera un siècle de spiritualité ou ne le sera pas." On placera ce saint opuscule dans notre bibliothèque entre La Vie de Mahomet de Charb (Les échappés) et La Bible de Geluck (Casterman) qui paraissent ces jours-ci...

Toujours chez le même éditeur, Thoreau à Walden de John Porcelino revisite la pensée du philosophe Henry David Thoreau de façon pertinente.

Enfin, on ne se ruinera pas en achetant les deux volumes de Lionel Serre (3 euros chacun) : Workman contre la crise qui deviendra, à n’en pas douter, le livre de chevet de Gilles Ratier et de Xavier Guilbert, les Roux & Combaluzier du marché de la BD.

Sous l’aile protectrice la très active Ankama, mais surtout sous l’œil fertile de son directeur éditorial Run, la Hey Team d’ Anne & Julien sort ses crocs avec sa quinzième livraison (couverture en médaillon de cet article) toujours en marge de l’illustration, de la peinture, du happening, du graphisme,... Un brassage des arts low brow comme on aime.

Fabcaro revient chez Alter Editions

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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5 Messages :
  • Un brassage des arts low brow comme on aime.

    Houla, "low brow" ? Vous êtes sûr d’avoir l’aval des ayatollahs qui survolent les commentaires pour employer ce terme ?

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    • Répondu par Geraud le 14 septembre 2013 à  08:52 :

      Hum.

      Je ne sais pas si ça fait "ayatollah" de poser cette question, mais ça veut dire quoi, "Un brassage des arts low brow" ??

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      • Répondu le 14 septembre 2013 à  19:39 :

        Se poser des questions est le contraire de ce que fait un "ayatollah". Lowbrow, en un seul mot, fait référence à un mouvement informel de créateurs contemporains qui utilisent dans leurs oeuvres du matériel ou des références à la culture populaire. Des étiquettes de boîtes de conserves aux bandes dessinées de grande consommation, au recyclage d’objets communs pour sculptures... Le résultat est souvent un objet ou une oeuvre qui elle-même a pour ambition de rester populaire/non-intellectuelle. Contrairement au Pop-Art qui en est un précurseur, une oeuvre lowbrow revendique son statut d’art mineur. Ma définition, me corrige qui veut ou peut...

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      • Répondu le 16 septembre 2013 à  00:52 :

        Le low brow est un peu le pendant populo du schlokmeister.

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        • Répondu le 16 septembre 2013 à  14:01 :

          Ou l’inverse, le shlockmeister serait plus du high brow.

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