Lâchez le Geluck, et il revient au galop !

17 novembre 2011 2 commentaires
  • Après Geluck se lâche, l'humoriste revient avec un second opus plus mordant et tout aussi dévastateur : un mélange de textes corrosifs et de dessins sans concession ! Du Geluck pur jus !

La stratégie de Philippe Geluck est maintenant bien rodée : une année sur deux, c’est un nouveau album du Chat, en alternance avec la parution d’un recueil de textes et de dessins inédits. Beaucoup plus mordant et corrosif que les albums du Chat, ces pensées impertinentes sont nées sous la houlette d’un autre grand provocateur : « C’est dans Siné-Hebdo que j’avais redécouvert cette face cachée qui sommeillait en moi, nous expliquait Geluck. Le journal s’est arrêté, mais pas moi ! Puis, je vais continuer à y contribuer dans Siné-Mensuel ! »

Un premier recueil paru il y a deux ans : Geluck se lâche !, avait été très bien accueilli par le public, remportant un grand succès. Ce deuxième opus devrait facilement atteindre le même résultat, car il est au moins tout aussi drôle, et surtout autrement plus corrosif que le premier !

Lâchez le Geluck, et il revient au galop !
Surfant sur l’actualité, Geluck se permet toutes les infamies... Et le lecteur en redemande !

L’attrait de la face sombre

« Chaque nouveau livre est un test dans les limites que je tente de repousser. nous confiait l’auteur. D’ailleurs, c’est souvent le lecteur qui m’interpelle en disant qu’il aime lorsque je me lâche complètement et que je ne devais pas hésiter y aller encore plus fort ! J’ai donc accentué l’effort débuté dans Geluck se lâche. Mais il me faut le reconnaître au grand jour : dans mon moi le plus profond, je suis un brave type, un ange ! Mais ce sont mes lecteurs qui me demandent d’écrire des choses sordides, que je suis bien obligé de leur donner ! Même combat avec Voici ou Gala : le paparazzi est foncièrement un brave homme, mais à la place de belle photos de mariage ou de baptême, il est obligé de réaliser les clichés compromettants réclamés par les lecteurs ! Les gens sont ignobles… »

Geluck nous explique d’ailleurs par le détail pourquoi nous sommes malgré nous attirés par cette face sombre qu’il présente : « Avec “Les Sopranos” et autres, tu te prends à aimer de véritables ordures et à espérer que les bons du FBI ne les attrapent pas ! Ce mouvement est d’ailleurs postérieur à ce qui s’est passé dans l’art. Après le culte de la beauté, car l’art se devait de présenter de belles choses, le XXe siècle a accouché de dissonances, voire de culte de la laideur, que cela soit en peinture, en musique, etc. On ne cherche plus à présenter du beau, mais on désire surprendre, et tordre les canons antérieurs. Pour ma part, je ne veux écrire de manière absconse, mais j’utilise l’humour pour mieux stigmatiser certaines personnes ou actions que je déplore. »

Dénonçant toujours autant les injustices, Geluck attaque les religions, prouvant d’ailleurs dans un texte de ce recueil que Dieu n’existe pas !

Mélange de textes mordants et de dessins impertinents

Alors que les livres du Chat sont essentiellement des dessins, voire des strips, les textes occupent ici la place principale : Geluck s’y lâche sans retenue et critique acerbement notre société ou les travers qu’elle peut vivre. Certains d’entre eux sont d’ailleurs reliés à une précédente actualité, comme les joueurs de couleur blacklistés, tandis que d’autres sont aussi intemporels que croustillants. Même si certains dessins sonnent parfois plus creux, la plupart d’entre eux sont tout aussi percutants, donnant parfois de l’air après un texte plus dense.

« Le dessin et l’écriture sont deux aspects très différents, continue Geluck, l’instantanéité du premier et l’immersion progressive de la seconde. C’est comme la douche et le bain ! Le dessin est une douche qui vous saisit, tandis que le texte est un bon bain chaud dans lequel on peut rentrer et on peut traîner. Tous deux ont leur intérêt. Le dessin inclut aussi une distance, on sent moins que c’est moi qui parle, tandis que le texte, comme il est écrit à la première personne, reprend des méchancetés qui pourraient être plus facilement prises au premier degré. »

Etre le fer de lance du "bien penser" place parfois Geluck face à ces responsabilités... mais il assume !

Avouons-le, si le premier Geluck se lâche contenait quelques évocations positives ou optimistes, ce second opus est bien plus vachard, mais on se délecte d’autant plus de la parfois fausse mauvaise foi de l’auteur. En s’adressant d’ailleurs directement au lecteur, avec lequel il signe un pacte dans l’introduction du livre, son style n’en est que plus direct et efficace !

« J’essaye d’écrire de manière alerte, même si ces textes ne peuvent être réellement lus à la radio ou la télé, car je ne les ai pas imaginés comme tels. Mais j’aime apostropher le lecteur ! D’ailleurs, mon maître Frédéric Dard me surprenait toujours en écrivant tel qu’il pouvait parler. »

Le retour du Chat

Si l’auteur avait boycotté son héros fétiche dans le premier livre, le martyrisant d’ailleurs en couverture, le Chat parti par la porte, s’en est revenu par la fenêtre, faisant quelques impressionnantes apparitions ! Tout ceci est résumé dans un très beau dessin en quatrième de couverture : « Ce dessin avait été réalisé pour un autre objectif, mais des proches m’avaient partagé leurs sentiments. C’est donc une façon de célébrer nos noces d’or : on ne peut plus vivre l’un sans l’autre. Mais j’espère que je partirai avant lui ! »

Nous avons également pu vivre la Minute du Chat qui envahit nos téléviseurs à l’heure des journaux télévisés. La qualité des sketches est parfois sanctionnée par la brièveté du programme, car il est en effet parfois difficile de se placer rapidement au diapason. Mais les audiences semblent bonnes, et la Semaine du Chat qui reprend les séquences quotidiennes plus des bonus rend mieux hommage à l’esprit du programme.

« La Minute du Chat fonctionne bien, commente Geluck. On progresse sur les différentes chaînes, avec des pics à plus 3 millions de spectateurs sur France 2. Pour moi, cela doit s’installer sur le long terme, même si c’est toujours compliqué sur un programme aussi court. La Semaine du Chat que la télévision publique belge diffuse également témoigne sans doute mieux de ce que je veux mettre dans ce programme. Mais je pense que France 2 devrait s’y intéresser prochainement. Quoiqu’il en soit, le DVD reprendra ces quinze fois six minutes (la durée d’une Semaine du Chat) reprenant la première saison de ce programme. Cela sortira en février. Concernant la voix interprétée par Jean-Yves Lafesse, j’entends presque une unanimité quant à ce choix : On entend dans sa voix, non pas uniquement de la drôlerie, mais également cette profondeur et cette sensibilité qui donnent toute l’épaisseur au personnage. »

La série animée ayant pris beaucoup de temps, Geluck a dû marquer une petite pause sur Scott Leblanc ; celle-ci ne devrait être que de courte durée. En attendant, Devig sortira un album en solo pour Casterman, qui devrait paraître sans doute en 2012.

Quoiqu’il en soit, ce Geluck enfonce le clou est sans doute un des meilleurs livres-albums que l’humoriste ait donné à son public : que cela soit sur le terrain de l’impertinence ou celui de la réflexion poussée à son paroxysme, ce qui amène parfois des conclusions pas si dénuées de sens. Ce recueil prouve une fois de plus la place à part que Geluck a prise dans le paysage culturel francophone.

Pour se convaincre encore du caractère spécifique de Geluck, nous terminerons avec cette saillie qui lui est typique : Alors que la conversation dévie, nous venons à un événement du moment, à savoir le film de Tintin, et il avoue alors être content d’aller visionner le film. Il a d’ailleurs vu tous les films de Spielberg, qu’il a tous aimés, excepté un ! « Je dois être le seul à avoir pris ce film sur cet angle de vue, mis à part Guy Bedos qui a partagé le même sentiment que moi confie le comique : j’ai vu La Liste de Schindler en me disant que Liam Neeson était un Jacques Chirac jeune ! Et bien, revoyez ce film avec cette nouvelle optique, vous allez comprendre mon souci, car c’est sûrement une œuvre admirable, mais pas avec cela dans la tête ! »

Humour et vision décalée : du Geluck pur jus !

(par Charles-Louis Detournay)

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2 Messages :
  • Quelques fautes : "...nous sommes attiréS...","...de manière absconsE...", "...s’adressant AU lecteur..."( et non avec le lecteur), "...concernant la VOIX de Lafesse..."( et non la fois, ce qui ne veut rien dire ; à la rigueur la foi, mais concernant Lafesse ça m’étonnerait, ou le foie, ce qui pourrait éventuellement convenir dans ce cas particulier :) ), ..."MIS à part..."(et non mise à part...".

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    • Répondu par ActuaBD le 17 novembre 2011 à  19:25 :

      Mais oui, bon sang ! Que foutent les correcteurs ? C’est corrigé, merci.

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