Laurent Paturaud : « Les multiples facettes de Mata Hari m’ont permis d’exprimer une large palette de sentiments. »

2 octobre 2019 0 commentaire
  • L'auteur de "Succubes", de "Victor Hugo" ou des "Passants du clair de lune" partage son temps entre la bande dessinée et l'illustration. Après six ans d'absence, il revient avec un one-shot consacré à la plus célèbre des espionnes : Mata Hari.

Laurent Paturaud : « Les multiples facettes de Mata Hari m'ont permis d'exprimer une large palette de sentiments. »Comment êtes-vous intéressé au personnage historique de Mata Hari ?

Esther Gil, scénariste de cet album, et moi-même avons été visiter le Musée des Confluences à Lyon, où l’on retrouve une grosse concentration des pièces réunies par Émile Guimet. Et nous avons vraiment été séduits par cette ambiance orientale générée par toutes ces pièces glanées à travers le monde à la fin de XIXe siècle et ramenées à Paris par ce collectionneur.

Connaissant votre œuvre, j’imagine que cette ambiance historique du XIXe siècle devait effectivement faire écho à votre propre sensibilité ?

Tout à fait, c’est une période que j’affectionne particulièrement. Celle de ces grands découvreurs européens qui allaient chercher des pièces en Afrique, au Moyen-Orient, en Inde et en Asie. Ils voulaient partager avec le monde occidental tout l’exotisme de ces contrées. Nous avons vraiment été transportés lors de cette visite.

Peu de temps après, un de nos amis nous a offert un superbe ouvrage sur les Cocottes, ces demi-mondaines qui ont surtout vécu au Second Empire jusqu’à la Belle Époque. Et là, nous avons découvert la biographie de Mata Hari. Ma scénariste a dévoré cette partie du livre et est tombée sous le charme de son parcours atypique, versant même une larme sur son destin. Elle me l’a présentée en m’expliquant que cela me conviendrait graphiquement et qu’on pourrait réaliser le lien avec le Musée Guimet pour lequel nous avions également eu un coup de cœur. Nous avons d’ailleurs commencé notre travail concernant cet album en allant visiter le musée Guimet de Paris, afin de réunir la documentation concernant cette partie où Mata Hari a réalisé des danses privées à l’endroit-même du musée. Nous étions lancés...

Les danses privées qui vont lancer la carrière de Mata Hari au sein du Musée Guimet

Votre découpage fait d’ailleurs la part belle au musée Guimet, une façon de le mettre en avant ?

Effectivement, car le dernier élément d’époque encore présent dans le musée est justement cette fameuse bibliothèque qui prend une page complète de l’album. Tout le reste a été remis à neuf, et aucune archive de l’ancienne implémentation n’a été conservée. J’ai donc fouillé dans les archives du musée de Lyon pour retrouver quelques photos de ce second musée. Et comme les installations lyonnaises se sont fortement inspirées du modèle parisien, on peut considérer que l’agencement était globalement similaire. J’ai utilisé ces photos lyonnaises afin de reproduire au plus près de la vérité ce musée dont les aménagements d’époque ne sont pas parvenus jusqu’à nous.

L’envie de vous lancer dans ce nouvel album provient donc de la confluence entre le personnage médiatisé de Mata Hari (mais qui conserve une part de mystère...), cette époque que vous chérissez et votre coup de cœur pour le musée Guimet ?

Exactement ! Avec ma scénariste Esther, nous avions déjà fixé le cadre de l’album avant d’identifier sa thématique : une période qui va de Bonaparte à la Belle Époque. Je ne dis pas que je travaillerai toujours cette même partie de l’Histoire, mais je n’ai pas encore exploité toutes ses facettes et elle demeure à mes yeux la plus passionnante à explorer.

Le Musée Guimet profite de très grandes et belles cases

D’où vient cet attrait pour le XIXe et le tout début du XXe siècle ?

En tant qu’auteur, je puise plus mon inspiration auprès des illustrateurs et peintres de cette époque que des contemporains ou des auteurs de bande dessinée. J’effectue de véritables fouilles au sein de l’iconographie historique : des illustrations, des photographies et des peintures de cette époque afin de me documenter et de m’inspirer. Mucha a été à ce titre une figure essentielle pour cet album. Je suis un inconditionnel de son œuvre depuis très longtemps, mais je n’avais jamais eu l’occasion de l’utiliser, parce que cela ne s’y prêtait pas.

Vous vous êtes laissé influencer sans tomber dans le piège de le recopier, dans les postures des femmes, les drapés, les voiles…

Oui, j’ai voulu m’en inspirer tout en maintenant mon style. Le risque bien présent était d’être étouffé, car son graphisme est beaucoup trop identifiable. Je voulais qu’on puisse le reconnaître, tout en comprenant que j’avais travaillé « à la manière de »…

Ma chance réside dans le fait que Mucha n’a jamais représenté Mata Hari, alors qu’il a souvent travaillé avec des femmes et des artistes à la mode à son époque, comme Sarah Bernhardt par exemple. J’ai donc pu jouer sur cet espace laissé vacant : il y a beaucoup de photographies de Mata Hari et très peu de représentations picturales. J’ai donc pu réaliser un mix entre les photos et le style de Mucha, tout en apportant ma propre touche.

Comment vous vous y êtes pris pour la représenter ? ?

J’ai brassé énormément de documentation. Et je voulais que l’image que j’allais donner des personnages, et donc de l’héroïne, colle globalement à l’image que les lecteurs en avaient, pour ceux qui avaient vu les diverses photographies auparavant. Car je ne voulais pas casser le mythe. De base, j’ai déjà tendance à idéaliser mes personnages. Et dans le cas de Mata Hari, elle a également joué de son charme, de son physique et de son charisme. J’ai donc voulu garder cet esprit original dont elle a témoigné, voire le pousser un peu plus si c’était possible. Mais je voulais maintenir un propos crédible, également dans le cadre de l’époque. Je suis donc reparti des photos en noir et blanc, pour imaginer quelles couleurs elle aurait pu utiliser pour se mettre en beauté. J’ai choisi de jouer sur ces teintes dorées en lien avec la traduction de Mata Hari : le soleil levant.

Pour ma part, j’ai relevé beaucoup plus d’expressions dans le visage de cette dernière héroïne par rapport à vos personnages précédents : des sentiments, des doutes, des regards…

Tout d’abord, la plupart de mes autres personnages étaient des personnages fictifs. C’est vrai que je ne maîtrisais pas encore totalement cet aspect des choses. Je ne parvenais pas à le rendre aussi bien que je l’aurais souhaité. Dans ce cas-ci, nous nous sommes tellement imprégnés du personnage qu’elle a réellement vécu sous mon trait. Dans la foulée de ce que j’avais commencé à faire avec Victor Hugo dans mon précédent album, je m’en suis cette fois complètement emparé. Surtout que nous avons choisi une héroïne qui me correspondait très bien ! En effet, j’ai toujours eu tendance à mettre en scène des femmes, tant du point de vue graphique que psychologique, cela me correspond, voire c’est une nécessité. De ce point de vue, Mata Hari était la personne idéale, d’autant qu’elle était fantasque, floue, et mythomane en imaginant sans cesse sa propre vie ! Ses multiples facettes m’ont donc permis d’exprimer une large palette de sentiments qui sont venus se greffer sur elle.

Cela se ressent surtout lorsqu’elle joue son propre rôle, puis lorsqu’elle abandonne son masque dans la case qui suit. Ce récit à la première personne permettait-il aussi de percer à jouer le mystère de ce personnage hors normes.

Nous avons choisi ce point de vue pour que l’on soit dans les pensées de Mata Hari, que ce soit elle qui écrive sa propre histoire. Ce choix nous a permis de nous l’approprier pleinement, et d’éviter cette vision que l’on retrouve souvent dans les autres œuvres (cinématographiques, biographies romancées ou pas) où l’auteur se met en retrait, donnant un point de vue, réaliste ou pas. Pour notre part, nous avons voulu nous mettre à sa place et imaginer quels auraient pu être ses propres sentiments.

Justement, on ressent de la mélancolie dans l’illustration de la couverture, loin d’une Mata Hari conquérante comme on aurait pu se l’imaginer. Est-ce un message adressé au lecteur ?

Effectivement, le grand public continue à la percevoir comme une femme sûre d’elle-même, presque arrogante. Alors que pour moi, c’est tout le contraire ! Il s’agit d’une femme qui voulait jouir de la vie, mais qui a enchaîné les désillusions. Certes, elle a usé de son charme pour séduire, mais les hommes se sont tout autant servi d’elle : avoir Mata Hari à son bras apportait une part de prestige. C’était donnant-donnant. Au final, elle a été trahie par sa naïveté et sa mythomanie. Elle a tellement voulu enjoliver sa vie que ses mensonges l’ont rattrapée en pleine guerre. Même son fameux statut d’espionne n’est finalement pour moi qu’un rôle de plus qu’elle a endossé, sans en percevoir les risques, ni les dangers. En face d’elle se sont dressés des manipulateurs. Alors cette Mata Hari qui se voulait libre et usait de ses charmes à une époque où les femmes ne possédaient pas cette liberté, elle était le parfait bouc-émissaire pour un rappel à l’ordre et regonfler la confiance de la nation envers ses dirigeants.

Au-delà de l’icône, vouliez-vous dégager de l’humanité de ce personnage ?

Exactement ! À la fois dans sa représentation graphique, nous voulions imposer presque une figure mythologique, comme une demi-déesse. Et en revanche dégager beaucoup de réalisme dans le registre sentimental, pour que les lecteurs perçoivent derrière la façade assez hiératique et charismatique de cette femme dite fatale, qu’il s’agissait d’une femme qui souffrait, qui avait des envies, des rêves et des peurs. Pour réaliser notre livre qui se déroule sur une période de vingt années, nous avons justement choisi des moments précis qui permettent de comprendre sa démarche, ses sentiments, au-delà de sa période de gloire qui n’a duré que très peu de temps, à savoir deux-trois ans.

Pour traiter justement du temps qui passe, vous avez composé plusieurs double-pages, dont une où vous reprenez toute une série d’affiches de l’époque.

Compte tenu des vingt ans de sa vie que nous voulions évoquer, nous nous sommes rapidement rendus compte que c’était presque impossible en 64 pages. Nous avons choisi de nous focaliser sur les grandes périodes de sa vie, et par moments évoquer cette forme de frénésie qui semble la gagner en éclatant la mise en page afin de générer un rythme différent. Dans ces cas-là, le lecteur peut marquer un arrêt et se plonger dans une période de plusieurs années en voyageant au gré des différents visuels évocateurs qui sont présentés. En la suivant au travers de ces quelques témoignages, le lecteur traverse donc le temps avant de la retrouver dans une période plus tardive. Comme dans le précédent Victor Hugo qui recelait quelques clins d’œil, j’ai voulu jouer avec l’époque et placer ma propre sensibilité au sein de ces affiches si caractéristiques, qui servent aussi de repères de référence pour le lecteur.

Concernant les références pour les lecteurs, on recense trois grandes parties dans votre album : l’île de Java, le Paris de la Belle Époque, et la guerre. Vous avez utilisé des tons, voire parfois des traitements graphiques différents pour distinguer ces trois périodes dans la vie de votre héroïne.

Concernant les premières pages dans l’île de Java, j’ai voulu me mettre à la place de Mata Hari qui venait de Hollande, et donner le sentiment qu’elle arrivait dans un paradis terrestre, qui prend d’ailleurs pour elle l’apparence d’un nouveau départ, en estompant un peu l’arrière-plan afin d’apporter ce côté diffus. J’ai surtout voulu épingler ces différences de périodes dans les tons utilisés : très vifs sur Java avec des fonds plus diffus, plutôt dans le doré pour le Paris où elle devient Mata Hari et vit sa pleine gloire, puis des tons progressivement plus ternes et froids pour la période de la guerre. Je voulais que le lecteur puisse ressentir ces ambiances et comment cela influait sur notre héroïne.

L’arrivée sur l’île de Java

J’imagine que vous n’avez pas été jusqu’à Java pour vous imprégner des lieux...

Mon beau-frère a travaillé à Java pendant deux ans et il m’a donc prodigué de précieux conseils. J’ai aussi déniché toute une série de photographies prises à l’époque, ainsi que des films tournés vers 1930 par les colons néerlandais qui témoignaient merveilleusement de l’atmosphère que l’on pouvait y ressentir. Avec ces superbes films en sépia, j’ai ainsi pu m’imprégner des habitants, des costumes, des temples, etc.

Restons sur le plan technique : quels sont vos outils préférés ?

Globalement, tous mes crayonnés et mon encrage restent traditionnels, sur le papier. Je ne réalise que mes couleurs en numérique. Pour mon encrage, j’utilise alternativement le pinceau et le feutre. Je garde le pinceau pour générer un certain dynamisme, surtout pour les avant-plans, lorsque je désire jouer sur les modelés. Mais j’avoue ne pas maîtriser suffisamment bien l’outil pour mes décors. Or comme je veux rester assez rigoureux, je passe donc au feutre fin pour les arrière-plans. La différence d’outil génère aussi ce décalage entre mes plans. Pour la petite histoire, j’ai même réalisé quelques pages de cet album au stylo bille, parmi les toutes premières de l’album, juste pour essayer.

L’une des premières pages de l’album, étonnamment réalisée au stylo bille

Et vous aimez alterner entre bande dessinée et illustration pour continuer à essayer différentes techniques et vous surprendre ?

La narration graphique demeure mon aspect préféré dans la bande dessinée. Je n’ai pourtant pas assez de projets pour enchaîner les albums. Et comme j’aime également réaliser des illustrations, afin de me ressourcer et de reprendre mon souffle, je prends maintenant un ou deux ans hors de la bande dessinée proprement dite. Cela me permet de décompresser avant de me réinvestir pleinement dans le futur projet. À chaque album, je veux apporter quelque chose d’autre, un aspect novateur dans ma technique, afin de ne surtout pas me répéter. Quant aux illustrations, j’ai une obsession pour le portrait réaliste. Mon peintre préféré n’est d’ailleurs pas issu du XIXe siècle, car il s’agit de Rembrandt, ce maître du portrait et de l’autoportrait qui me fascine.

Vous ne mêlez donc pas bande dessinée et illustration en même temps, alternant par exemple une planche et un dessin ?

Surtout pas ! Je n’aime pas m’interrompre dans un album, et si je le fais, pour réaliser par exemple l’affiche du festival, cela reste tout à fait exceptionnel. J’ai besoin de m’investir totalement dans l’album, et ne pas m’extraire de ma bulle. J’ai besoin de ces challenges personnels pour m’investir dans la bande dessinée. Le jour où je ne trouverai plus de défis auxquels me confronter, je poserai le pinceau. Car un album de bande dessinée représente beaucoup de travail, il faut y croire et se jeter dedans corps et âme. Ce que je ne pourrais pas faire à moitié.

La dernière partie du récit se focalise sur la Première Guerre mondiale, dans des tons progressivement plus froids

En dehors de la réflexion liée au projet, des planches d’essais et de la présentation à l’éditeur, combien de temps vous a-t-il fallu pour réaliser Mata Hari ?

Jour pour jour : deux années. Ce qui a été plus rapide que le Victor Hugo qui m’a pris plus de trois ans. Cette fois, je dois avouer que nous avons terminé sur les chapeaux de roue afin de sortir cet album au mois de septembre. Au point que nous n’avons même pas vu les chromalins [1] avant l’impression. Mais nous sommes en terrain de confiance avec notre éditeur et son équipe. Et quand j’ai reçu l’album, j’étais enchanté du rendu des couleurs, c’était juste parfait, car c’était même mieux que ce que j’avais eu à l’écran. Or c’est justement la calibration des tons qui demeure le moment le plus compliqué à gérer. Surtout pour mon travail où la couleur est prépondérante.

Quelle relation entretenez-vous avec Daniel Maghen, votre éditeur ? J’ai l’impression qu’il est sur tous les fronts !

Au tout début de notre relation, c’est Daniel qui est venu me trouver en m’expliquant qu’il avait envie de travailler avec moi, et en me demandant si j’avais un projet à présenter. Or il se trouvait que nous avions effectivement proposé Victor Hugo, Aux Frontières de l’exil chez Glénat, mais la réponse se faisait attendre. On lui a donc montré ces planches d’essai qui l’ont convaincu. Par la suite, nous avons été enchanté du suivi que nous avons reçu, sans oublier le superbe travail de maquettiste réalisé par Vincent Odin, qui va entre autres à l’imprimerie pour gérer la qualité de l’impression comme je l’expliquais.

Puis, avec Daniel, on bénéficie d’une pagination libre et d’un cahier graphique. Surtout sur cet album où ma scénariste m’a poussé à exploser mes cases et dépasser les limites de ma mise en page. Pourquoi j’apprécie autant de travailler avec Daniel Maghen ? Parce qu’avec son équipe, ils s’investissent pleinement dans chaque album, de plus en plus avec le temps, avec un suivi remarquable de chaque projet, à la fois graphique, mais aussi scénaristique. Il est pointu et ne laisse pas passer n’importe quoi. En tant qu’auteur, on bénéficie donc d’une grande liberté sur la réalisation du projet (timing, pagination, etc.), d’une très grande confiance entre l’éditorial et la création, ainsi que de ce suivi pointilleux qui nous permet de dépasser nos attentes respectives. Ma scénariste et moi qui avons travaillé avec diverses maisons d’éditions, sur des albums publiés ou pas, nous n’avons jamais rencontré cette qualité relationnelle auparavant.

Un extrait du cahier graphique

Comme un marathonien, vous devez diminuer progressivement votre rythme après la course de cette fin d’album en réalisant des illustrations, comme le portfolio Second Empire après Victor Hugo ?

Après la fin de l’album, je reste effectivement encore dans l’univers, en réalisant différents travaux et illustrations. Cela me permet d’en sortir au fur et à mesure, pour m’acheminer vers le cadre du futur album. Cela m’aide aussi à réfléchir à mes prochains défis techniques, ceux que j’aurais envie de relever dans le prochain album. Je ressens la volonté de revenir à des méthodes plus picturales, à la couleur directe. Comme cela me prend beaucoup de temps, je m’entraîne sur des illustrations pour parfaire ma technique, car j’estime être arrivé actuellement à certaines limites des couleurs numériques. Même si rien ne m’empêche d’adopter une technique mixte : la couleur directe, assujettie d’un ajout numérique si besoin. Toutes les portes sont ouvertes… Mais je continuerai certainement à travailler le XIXe siècle !

(par Charles-Louis Detournay)

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Photo en médaillon et propos recueillis : Charles-Louis Detournay.

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[1Épreuves de contrôle en couleur pour le bon à tirer.

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