Le Comité d’Entreprise du CNBDI inquiet pour son avenir

21 janvier 2007 1 commentaire
  • Le Centre National de la Bande Dessinée et de l’Image (CNBDI) doit faire face à un certain nombre de mutations structurelles, alors même que la réflexion sur les relations et les perspectives des institutions de la bande dessinée à Angoulême (FIBD, Magelis, Musée de la BD…) en est au status quo. Son Comité d’Entreprise vient d’adresser un communiqué (reproduit intégralement à la fin de cet article).

La situation des différentes institutions liées à la bande dessinée à Angoulême est l’héritière de son passé. Le Festival a été créé il y a 34 ans par une bande de passionnés qui ont logé leur activité dans une association de Loi 1901, le FIBD. Là-dessus est venu se greffer un projet muséal, le Musée de la Bande dessinée, dépendant du ministère de la culture, en relation avec une institution, le Centre National de la Bande Dessinée et de l’Image, dont l’ambition dépasse le simple caractère culturel, aboutissant à la création d’une véritable « Vallée des Images » aux enjeux autant industriels que politiques.

Le Comité d'Entreprise du CNBDI inquiet pour son avenir
Jean Mardikian, président du CNBDI
En 2006, ce fondateur du Festival avait été brutalement débarqué du FIBD.

En février 2005 nous écrivions dans ces pages : « Les conclusions d’un rapport ministériel, le rapport Ladousse, commandé par l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon, constituent pour les parties une vraie pomme de discorde. Le haut fonctionnaire préconise en effet d’englober toutes les institutions BD de la ville dans une structure commune. Dans un communiqué publié en janvier 2004, le Ministère de la Culture annonçait « une refondation et un recentrage des institutions dédiées à la bande dessinée à Angoulême », autour de trois fonctions cardinales : une fonction patrimoniale, avec l’enrichissement des collections du musée associé à un dépôt légal de la BD à Angoulême ; une fonction de mise en valeur de la création (en clair : le financement d’expositions) ; une fonction de veille économique de la bande dessinée. Le tout logé dans un établissement public de coopération culturelle à caractère industriel et commercial (EPCC) régi par toutes les collectivités locales et l’Etat, ainsi que par les partenaires privés, professionnels et associatifs du secteur, coiffés par une direction commune, qui travaillerait en étroite association avec la médiathèque, le pôle image (Magelis) et les différents programmes de formation aux métiers de l’image de la région et de la ville. Ce nouveau « Centre International de la Bande Dessinée » représenterait la BD en France comme à l’étranger. Toutes les parties, disait le communiqué, « ont réservé un accueil positif à ces propositions. »

Le Centre National de la Bande Dessinée et de l’Image
Un des piliers de la bande dessinée à Angoulême.

Notre article décrivait un président du FIBD, Yves Poinot, se méfiant de cette entité : « C’est une structure dans laquelle le Festival serait représenté sans cependant y être englobé », déclarait-t-il. Son successeur, Dominique Bréchoteau, interrogé par nos soins en janvier 2006 se tenait davantage dans l’expectative, remettant la balle dans le camp des politiques : « Il faut demander au maire d’Angoulême, M. Philippe Mottet, et au président du Conseil Général M. Michel Boutant, quel est leur sentiment sur cette question... Il y a trois possibilités : L’EPCC avec le Festival ; l’EPCC avec le festival comme filiale ; le festival hors de l’EPCC. Il faudrait leur demander quelle est leur position ; ensuite l’assemblée générale de notre Association Loi 1901 prendra sa décision. » Voilà pour le FIBD.

Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture
L’état chercherait-il à se désengager ?

Entre-temps, le fondateur historique du Festival Jean Mardikian, adjoint au maire et toujours aujourd’hui président du CNBDI, était éjecté de l’association du FIBD... « Du côté de l’État, poursuivait l’article, la position du ministre Renaud Donnedieu de Vabres, qui se déclare être un amoureux de la BD, est on ne peut plus claire : « Par une politique audacieuse, intelligente et inscrite dans le long terme, déclarait-il à Philippe Mottet dans un discours public le 28 janvier dernier, la ville a déjà développé autour du festival de solides structures dédiées à la BD. Parmi ces institutions originales, il y a, bien sûr, le Centre national, mais aussi la remarquable Maison des auteurs. En plus de ces réalisations, la ville fourmille de projets nouveaux. Je pense au musée de la BD dont la nouvelle implantation permettra de dévoiler enfin aux yeux du public une collection unique au monde. Et la future médiathèque de l’agglomération viendra bientôt compléter ce riche paysage. La fédération des énergies reste désormais le principal défi à relever et je tiens à saluer la bonne volonté des partenaires actuels de ces projets. Je suis certain que vous saurez incarner un nouveau progrès de la décentralisation culturelle telle que je la conçois, où l’État et les collectivités territoriales construisent ensemble au service des publics et du rayonnement des territoires. » En clair : privé et public étaient intimés de collaborer ensemble ! « Pour le maire comme pour le président du FIBD, soulignait notre article, les sourires restent de rigueur. Mais ils sont de façade. » Depuis, la Mairie, un peu forcée par les circonstances, s’est lourdement engagée dans la pérennité de la manifestation charentaise.

Au CNBDI, l’exposition Buzelli en janvier 2006
Une réalisation du Musée de la Bande Dessinée.

Deux ans plus tard, du côté des institutions muséales, le processus poursuit son chemin, les missions allouées aux différentes structures pesant de plus en plus lourd, du fait des effets de la mondialisation, tandis que le Comité d’Entreprise du CNBDI dénonce dans son communiqué du 19 janvier 2007, « un défaut de politique concertée » autour de la bande dessinée à Angoulême et pointe le désengagement des tutelles concernées : «  ... l’absence de dialogue et de communication, la totale indigence du propos culturel tenu sur les perspectives de développement du futur EPCC, l’impression de décisions prises au nom d’impératifs financiers qui visent uniquement à réduire la participation des tutelles concernées… »

Le Festival mettant pendant quatre jours la BD sur le devant de la scène, il est normal que ces questions restées pendantes soient mises en avant. Mais on se rend compte que les décisions sont avant tout politiques et gouvernées, en ces périodes d’élection, par le flou qui régit d’ordinaire les interrègnes.


LE COMMUNIQUE DE PRESSE DU CONSEIL D’ENTREPRISE DU CENTRE NATIONAL DE LA BANDE DESSINEE ET DE L’IMAGE (19 janvier 2007

Par la voix de son comité d’entreprise, le personnel du Centre national de la bande dessinée et de l’image souhaite aujourd’hui manifester son amertume et sa colère face à la situation actuelle de l’établissement, et son inquiétude quant à son avenir.

Depuis son ouverture en 1990, le CNBDI assure dans le domaine de la bande dessinée des missions de conservation (planches originales, albums, journaux, objets dérivés), de lecture publique, de diffusion (musée, expositions, édition, librairie, Internet, cinéma art et essai), d’animation (ateliers pour les scolaires et les particuliers, visites guidées), de formation professionnelle, de réflexion (université d’été, colloques), d’information (ressources documentaires), d’accompagnement de projets et d’expertise... Il n’est pas exagéré de dire que, pour l’ensemble de ses missions, méconnues du grand public mais aussi des professionnels du 9e art, son travail a valeur de référence en France comme à l’étranger.

Depuis maintenant plus de dix ans, alors que les coûts de fonctionnement ont logiquement augmenté, que sa collection s’accroit sans cesse, les subventions accordées par les tutelles (ville, département, région, Etat) n’ont pas bougé, les effectifs n’ont pas cessé de diminuer, et les conditions de travail de se dégrader (salaires bloqués, personnel non remplacé, activités réduites par manque de moyens).

Le personnel s’interroge sur l’intérêt que les tutelles portent au seul établissement culturel français dédié à la bande dessinée et Pôle associé de la Bibliothèque Nationale de France en ce domaine. Il estime actuellement impossible, avec les moyens qui lui sont alloués, d’assurer correctement ses missions à la fois locales, nationales et internationales.

Les décisions récemment prises de l’intégration à très court terme du CNBDI et de la Maison des auteurs dans une structure juridique nouvelle (Etablissement public à vocation culturelle, industrielle et commerciale) l’ont été selon un calendrier et dans des conditions de mise en place qui ne lèvent aucun des doutes qu’éprouve le personnel du CNBDI quant à l’implication et surtout à l’ambition des tutelles qui le gouvernent aujourd’hui, ce sont les mêmes qui administreront et financeront demain l’EPCC. Le défaut de politique concertée autour de la bande dessinée à Angoulême, l’absence de dialogue et de communication, la totale indigence du propos culturel tenu sur les perspectives de développement du futur EPCC, l’impression de décisions prises au nom d’impératifs financiers qui visent uniquement à réduire la participation des tutelles concernées, tout cela nous incite à penser que la mise en place de l’EPCC ne se fait pas pour résoudre la situation dénoncée plus haut, mais bien plutôt pour la camoufler dans un « machin » dont la nouveauté servira dans un premier temps au moins à masquer le désengagement de ceux qu’une politique culturelle ambitieuse appliquée à la bande dessinée à Angoulême devrait concerner au premier chef.

Le personnel du CNBDI prend aujourd’hui la parole pour dire qu’il n’entend plus supporter une telle situation et demande que les pouvoirs publics et les politiques prennent enfin leurs responsabilités. Il espère que les professionnels de la bande dessinée entendront ce message, le comprendront et le soutiendront. Il se tient à leur disposition pour l’expliquer et en débattre pendant le week-end du Festival et surtout au-delà.

Le Comité d’entreprise du Centre national de la bande dessinée et de l’image.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photos : (c) D. Pasamonik

 
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1 Message :
  • Je crois malheureusement que le comité d’entreprise a vu juste. Il doit poursuivre son interpellation des pouvoirs publics qui font la preuve de leur incapacité à travailler en synergie, trop occupé à renvoyer les responsabilités sur l’opposant (voire la querelle vaine autour de l’ESI, chacun se disant disposé à travailler avec l’autre et s’arrangeant pour que rien ne se réalise, ou l’absence de décisions pour la ZAC Magelis), et montrant une absence de vision pour ce projet.
    Une seule personne pourrait donner une impulsion à ce projet c’est Jean Mardikian, à condition que Messieurs Mottet, Lavaud et Boutant acceptent de servir l’intérêt général...

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