Le triomphe de « Persepolis »

28 juin 2007 9
  • En faisant hier à Paris à 14 heures un démarrage en trombe qui laisse ses concurrents loin derrière, Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud confirme un phénomène auquel on s’attendait. Mais c’est surtout au niveau de la critique que le film remporte tous les suffrages. Tour d’horizon d’un démarrage exceptionnel.

C’est un des lancements les mieux réussis de l’histoire du dessin animé hexagonal. Déjà, en avril dernier, nous écrivions : « C’est un des buzz les plus fameux du cinéma français et à n’en pas douter un succès annoncé. » Cela se confirme. A la première séance à Paris hier à 14 heures, celle que tout le monde scrute pour évaluer le succès à venir en salle, Persépolis a réalisé 1996 entrées sur 23 copies, loin devant son suivant, Roman de gare (826 entrées et 18 copies), ce qui laisse présager une entrée triomphale dans le box-office.

Ce triomphe, on le doit à un Prix du jury ex-aequo à Cannes, une publicité savamment orchestrée (une présence massive des réalisateurs à la télévision, un affichage intelligemment organisé), à une auteure charismatique qui n’a pas peur des caméras mais aussi à une critique dithyrambique. Florilège.

Thomas Sotinel dans Le Monde : « Persepolis est l’adaptation par Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi de la bande dessinée en quatre volumes et à succès réalisée par cette dernière entre 2000 et 2003 (éd. L’Association), dans laquelle elle évoque un fragment décisif de sa vie, de la chute du régime du Chah en Iran en 1978 (Marjane a 8 ans) jusqu’à l’exil en Autriche de l’adolescente rebelle qu’elle est devenue six ans plus tard.
Que l’on considère ce qui le sépare (le mouvement, la fictionnalisation) ou ce qui le relie (le noir et blanc, le réalisme stylisé dépouillé du trait) à la BD, ce film témoigne de qualités humaines et artistiques qui le destinent, bien au-delà de la trame historique et du drame intime, à un public universel.
 »

Le triomphe de « Persepolis »
Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
(c) Diaphana Films

Arnaud Schwartz dans La Croix : « Comme par magie, le spectateur ne peut que s’identifier au destin de cette petite fille effrontée, percevant à 8-9 ans les clameurs de la révolution à travers le filtre de son insouciance, affichant un logo « Punk is not dead » sous le voile de rigueur, testant son penchant pour la rébellion et sa révolte d’adolescente face aux enseignants ou aux gardiens de la révolution. »

Pierre Murat dans Télérama : « Avant de se mettre au travail, Marjane Satrapi et son complice de cinéma, Vincent Paronnaud, ont visionné des films, en noir et blanc, bien sûr – La Nuit du chasseur, de Laughton, et La Soif du mal, de Welles –, pour en retrouver le climat de cauchemar. D’où l’angoisse que l’on ressent, dans l’Iran de Khomeyni, avec ces arrestations et ces exécutions qui se multiplient. Dans de somptueux dégradés de gris, toutes ces silhouettes qui passent à la trappe semblent avalées par une diabolique machine à tuer. Imaginez Ubu dans l’univers expressionniste de Fritz Lang… »

Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
(c) Diaphana

Marie-Noëlle Tranchant dans Le Figaro : « Cette grande fresque autobiographique est une entreprise vraiment originale, prix du jury à Cannes. D’abord par sa forme artistique de dessin animé en noir et blanc, prolongement cinématographique de la bande dessinée initiale : il est rare que l’animation soit employée pour raconter une expérience humaine aussi personnelle et complexe, et en ce sens, Persepolis ouvre à cet art des perspectives nouvelles. La stylisation du trait, la liberté d’interprétation du réel que permet le dessin animé apportent une force et un humour qui correspondent au tempérament de l’héroïne-auteur. »

Ce n’est pas Persepolis, c’est Byzance !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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9 Messages :
  • Le triomphe mérité de « Persepolis »
    28 juin 2007 14:20, par BD75Paris

    Effectivement, un bien beau film qui prolonge la BD en lui donnant une nouvelle dimension (au lieu de simplement l’adapter fidèlement). Les décors travaillés et la bande-son très soignée forcent l’admiration. Ce film fera forcèment date dans l’histoire du film d’animation à la française.

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  • Le triomphe de « Persepolis »
    28 juin 2007 14:54, par Dorothée

    Persepolis est un film magnifique !
    Je l’ai vu hier soir et j’en ai été agitée toute la nuit…
    C’est à la fois dense et poignant, émouvant, et toujours drôle.
    Un grand bravo à Marjane et Winschluss !

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  • Le triomphe de « Persepolis »
    30 juin 2007 08:02, par Poisson Radieux

    Je propose à ceux que le sujet intéresse la lecture de ce petit article, qui propose un point de vue intéressant et différent, quoiqu’un peu contestable par endroits et assez peu nuancé dans la forme. Il pose des questions, me semble-t-il, qui dépassent le cadre de Persépolis et intéressent la création au sens large.

    N’ayant pas encore vu le film (erreur bientôt réparée !), je remets mon jugement à plus ample informé.

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    • Répondu par Rifra le 4 juillet 2007 à  12:20 :

      En effet, j’ai lu aussi l’article de Matière Focale. Il est assez juste sur le fond, mais un peu trop dur. Persepolis au cinéma apporte quand même une production de qualité dans l’animation française (connaissant peu le sujet, je pense surtout à "Corto Maltese et la cour des arcanes", qui est sans rythme, long et ennuyeux) qu’on avait pas vu depuis quelque temps.
      Bon, il est vrai que le film de Marjane Satrapi donne surtout l’impression d’un enchainement de scènes vaguement reliées entres elles par ce flash-forward en couleur dans l’aéroport, et que le tout parait un poil putassier (le désir de faire rire est bien prononcé), mais si on se laisse porter sans rechigner, c’est pas désagréable.

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  • Le triomphe de « Persepolis »
    30 juin 2007 10:33

    Quelque chose me dérange...J’ai souvent lu des interviews des membres de l’association (dont Marjanne Satrapi) expliquer, justifier leur style plat et sans relief(a part peut etre pour sfar) par de tres intelligentes et tres modernes théories...et là comme ça d un coup, fini les belles théories sur le "dessin écriture" on passe au volume ,meme si on tente de le camoufler avec des grands applats noirs... J’étais déja scandalisé quand Trondheim affirmait que la bd couleur 47 pages ne valait rien ,alors que c’est elle qui lui avait donné la renommé, je suis un peu troublé de voir comment Satrapi, n’hésite pas finalement à renier ses choix plastiques avec une facilité deconcertante...ça me gêne tout ça...Est ce qu’au fond tout ce discours intello de la "nouvelle bd" ne cache pas surtout une forme d’opportunisme ?

    ps : on est heureusement libre de changer,bien sur ! mais qu’on ne vienne pas nous faire la leçon ...

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    • Répondu par ElGreco le 30 juin 2007 à  14:09 :

      Réduire l’Association à un "style plat et sans relief" est absurde et mensonger : quid de Mattt Konture ou d’Henriette Valium par exemple ? de Vanoli ? de tant d’autres ? vous semblez très mal connaître le catalogue de l’Association et sa richesse...

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      • Répondu le 30 juin 2007 à  14:55 :

        Maladresse de ma part :
        .je ne fais pas le procés de l’association (il n’y a pas de raison)
        .et certains auteur ont effectivement tenté l avanture du volume et de la lumiere)

        Mais non, ça n’est, il me semble ,ni absurde ,ni mensonger de pretendre que certaines productions de l’association sont "plates et sans relief".et, à mon sens les dessins de Marjanne Satrapi,(dans la Bd) sont pauvres.

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    • Répondu par f*Parme le 30 juin 2007 à  19:31 :

      la taille d’une vignette de BD n’est pas celle d’un écran TV et encore moins celle d’un écran de cinéma. Par conséquent, on ne peut pas développer son discours de la même façon... Sans compter qu’avec un film, on a du son et pas de bulles. Une image de BD n’est pas une image de dessin animé... elle n’est pas construite de la même façon... etc...
      f*

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      • Répondu le 2 juillet 2007 à  09:12 :

        Il existe des animés russes qui permettent de penser qu’on aurait pu garder la frontalité de la BD. ça n’est pas qu’une question de médium. Evidement que l’annimation posséde ça spécificité, mais pour ma part passé au volume comma ça dans l’annimé de Persepolis et les couvrir de noir pour faire style "c est comme dans la BD" ça me géne...

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