Jeunesse

Luce comprend tout trop vite - Par Adriansen & Clerpée - Jungle

Par David TAUGIS le 4 novembre 2022                      Lien  
Elle va plus vite que les autres, et la maîtresse ne sait plus quoi faire. Les parents s'épuisent en rendez-vous à l'école. Le déclic se produit quand un remplaçant comprend que Luce peut brûler les étapes... Manuel fictionné pour parents d'enfants "à haut potentiel" qui se garde bien de creuser le sujet, tout en proposant un récit bien mené.

Sujet casse-gueule par excellence : une écolière "à haut potentiel" est incomprise par son instit qui ne voit en elle qu’une insupportable égocentrique. Les parents se rongent les ongles, la petite Luce perd ses amis qui la trouvent frimeuse... Jusqu’à l’arrivée providentielle d’un remplaçant (barbu à lunettes, cela va sans dire) qui décèle immédiatement les qualités intellectuelles de la demoiselle. En parallèle, une gentille psy accepte de lui faire passer des tests qui confirment… devinez quoi ?

Le sujet des HPI (haut potentiel intellectuel) fait les choux gras de la télé (série sur TF1 au succès monumental) et même des hebdos (Télérama, Society, entre autres) placardent le sujet en une. Si cet album aborde le problème avec des gros sabots, le propos parvient quand même à rester pédagogue, et a clairement pour mission de rassurer certains parents, public-cible de ce récit (cf. page de conseils et de ressources en fin de lecture).

Le graphisme à la fantaisie maitrisée, bien rythmé malgré ses 62 pages, est à la portée à la fois d’un pré-ado et de ses parents. Dans cette histoire, on trouve quelques minorités visibles pour faire bonne mesure, mais le milieu social de Luce est bien caucasien, et favorisé.

Le fond du sujet n’est pas aussi joyeux ; bien des adultes rêvent de ces trois lettres magiques qui couronneraient un accomplissement admirable (quoi ? On a fabriqué un.e génie ?) et répondrait à nombre de questions de comportement en classe. Pas si simple. Cette précocité, à la fois dans le primaire et le secondaire, mène parfois à la révolte, car l’enfant lui-même ne voit pas toujours sa scolarité comme facile, et les cours comme trop lents. Ce serait oublier le problème des relations avec les camarades, le sentiment de différence, voire dans certains quartiers, la gêne d’être "trop bon" élève. Car oui, un ou une HPI peut aussi provenir d’une communauté guère habituée aux compliments scolaires : un obstacle de plus pour l’épanouissement de l’enfant.
D’autant qu’un ou une HPI ne brille pas forcément dans TOUTES les matières et pas tout le temps. Et puis au bout du compte, l’album favorise certains clichés : les profs ne verraient rien, empêtrés dans la routine, et l’Education Nationale gâche les talents.

Bien sûr, Luce comprend tout trop vite ne va pas jusque-là, mais on peut craindre que ses lecteurs choisissent cette direction.

(par David TAUGIS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782822236560

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1 Message :
  • "Sujet casse-gueule par excellence : une écolière "à haut potentiel" est incomprise par son instit qui ne voit en elle qu’une insupportable égocentrique."

    C’est le cliché qui est forcément casse-gueule. Pourquoi une écolière HPI serait forcément rebelle et incomprise par son instit ?
    Le système scolaire, pour les enfants brillants, ça marche. Les profs ne sont pas recrutés pour leur incompétence. En revanche, pour les parents qui croient que leur gamin ingérable est un génie, ça marche pas. Bizarre, non ?

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