Malaise chez Dupuis : Sergio Honorez explique le licenciement de Daniel Bultreys

6 février 2009 8 commentaires
  • Comme vous avez pu le constater sur notre forum, un grand nombre d'auteurs ont été choqués d'apprendre le départ du responsable éditorial de la collection Repérages. Cette nouvelle restructuration chez Dupuis provoque des remous. Sergio Honorez a bien voulu répondre aux questions que nous lui avons posées à ce sujet..

Est-ce là l’effet de la crise ou le énième épisode du feuilleton Dupuis qui ne cesse d’alimenter la chronique depuis le rachat de la société par Média-Participations ?

Il semble plutôt que ce soient de simples considérations financières. Depuis longtemps, Média-Participations considére qu’il y a "trop d’éditeurs" chez Dupuis. Les explications de Serge Honorez le démontrent : on se préoccupe de rayer une ligne budgétaire dans la colonne des coûts. José-Louis Bocquet, jusqu’ici à mi-temps, passe à plein-temps et assume désormais deux collections à la voilure réduite, aidé en ce qui concerne le catalogue ado-adultes par Louis-Antoine Dujardin. Un catalogue freiné, quoiqu’en dise le directeur éditorial de chez Dupuis.

Malaise chez Dupuis : Sergio Honorez explique le licenciement de Daniel Bultreys
Daniel Bultreys

Il y a du gâchis, forcément, ne fut-ce que parce que les auteurs entretiennent un énorme rapport affectif avec leur éditeur comme en témoigne Christophe Bec : « [Daniel Bultreys] était venu me rencontrer chez moi à Albi, à l’époque j’avais des problèmes de travail avec mon ancien directeur de collection sur la série Bunker, j’avais fait part de mon malaise à la direction au travers d’une lettre. Benoît Fripiat avait réagi immédiatement et m’avait proposé de travailler avec Daniel. Le courant était aussitôt passé, ses qualités correspondaient à ce que j’attendais d’un directeur de collection : la franchise, la compétence et la disponibilité. Ils s’étaient, lui et Benoît Fripiat, déplacés spécialement de la Belgique jusque dans le Sud de la France. J’avais énormément apprécié cette attention. Ils m’avaient fait comprendre que je comptais pour la boîte. On était repartis sur de bons rails. »

Cet auteur ne ménage pas ses louanges pour le directeur de collection limogé. Il l’a même recommandé à d’autres éditeurs. Sur notre forum, les témoignages de sympathie défilent depuis deux jours.

Les auteurs sont inquiets et surtout choqués d’apprendre cette éviction par des voies détournées : « J’ai appris le licenciement de Daniel Bultreys par le biais d’un autre auteur, mieux informé que moi visiblement », poursuit Christophe Bec. « Idéalement c’est vrai que ça n’aurait pas dû se passer comme ça. Mais que voulez-vous, on ne demande jamais leur avis aux auteurs. [Un ’collègue’ me] disait que quand le fermier prend des décisions qui concernent sa ferme, il ne demande pas leur avis aux vaches ! [Bien sûr,] j’aurais préféré l’apprendre de la bouche même de l’éditeur. Ce dernier s’en est excusé depuis lors. »

Souhaitons bon vent à Daniel Bultreys. Nous sommes persuadés qu’un éditeur de cette qualité ne saurait rester en dehors du petit monde de la bande dessinée.

Lors de l’exposition rétrospective consacrée à Baru, à Charleroi, Daniel Bultreys, s’émerveillait devant le travail de l’auteur.

Serge Honorez : « Je reste à l’entière disposition des auteurs pour répondre à leurs questions »

Pouvez-vous nous expliquer votre choix de licencier Daniel Bultreys ?

Sergio Honorez : A l’occasion de ces vingt ans, notre collection Aire Libre a fonctionné à plein régime pendant cette année, pour pouvoir sortir 20 titres, dont 10 ré-éditions spéciales. Fort de cette expérience, nous avons préféré confier la direction commune de Repérages et d’Aire Libre à José-Louis Bocquet, afin de maintenir une ligne commune ado-adulte. Il n’est pas du tout question de supprimer la collection Repérages, mais comme Aire Libre va maintenant revenir à son rythme de croisière (sans doute 5 albums par an pour garder la qualité et éviter la surproduction), nous devions réaliser une économie d’échelle pour éviter le doublon d’éditeurs au même niveau.

Comment jugez-vous le travail réalisé par Daniel Bultreys, et que vont devenir les dernières séries signées chez Repérages ?

Sergio Honorez : Daniel a très consciencieusement prolongé la ligne éditoriale de Repérages, et nous maintenons bien entendu tous les choix qu’il a posés lorsqu’il dirigeait la collection. Cette ligne ado-adulte nous tient à cœur, et c’est pour cela que nous voulons lui donner de la cohérence en nommant un éditeur commun avec Aire Libre.

Les auteurs ont eu le sentiment de ne pas être soutenus, n’apprenant souvent la nouvelle que par des moyens détournés ?

José-Louis Bocquet, après avoir été le timonier de Aire Libre, il s’occupera d’une grande partie des titres ado-adultes de Dupuis

Sergio Honorez : C’est un choix de communication que nous avons décidé avec Daniel. Il a souhaité avertir par mail les auteurs qu’il avait particulièrement suivis. Ensuite, avec José-Louis, nous voulions appeler personnellement chacun des auteurs, cela nous semblait plus approprié que d’envoyer un simple mail pour les assurer de notre soutien. Bien entendu, cela prend du temps, mais je préfère cela à un message général, même sur ActuaBD, car ce type de contact est très important pour nous.

Vous comprenez tout de même que cette valse d’éditeurs (ce sera le quatrième en cinq ans à la tête de Repérages) ne facilite pas ce climat de confiance que vous souhaitez instaurer.

Sergio Honorez : Je le comprends d’autant mieux que je suis en place depuis un an et demi. Je ne nie pas qu’il y a eu beaucoup de changements chez Dupuis depuis quelques temps, suite à cette période de "vacance du pouvoir" avant que je n’arrive chez Dupuis. Conséquence de cette vacance, il est important de mettre les choses d’équerre. C’est pour cela que nous devons procéder à certains réajustements. Une fois de plus, je comprends l’aspect sentimental que cette affaire puisse prendre chez les auteurs ; je reste à leur entière disposition pour répondre à leurs questions.

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.


Photos (c) Nicolas Anspach

Cet article a été modifié le dimanche 8 février 2009, suite à certaines précisions apportées par Sergio Honorez.

 
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8 Messages :
  • Il serait bon de rappeller que plusieurs auteurs à succès sont partis à la concurrence suite aux premiers soubresauts. Il convient également de signaler que depuis ceux-ci, Dupuis a été l’écart de toute la vague "vintage" dont le Lombard (entre autres) a pleinement profité. Dupuis doit être stabilisé sur ses structures existantes et non secoué au gré des humeurs de quelques uns. Se tirer une balle dans le pied fait mal, et la cicatrisation dure depuis presque deux ans : le sang à peine coagulé, voilà qu’un coup de scalpel remet la blessure à vif. Sympathies à Daniel.

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  • Mmh... A lire les réactions des auteurs, j’ai l’impression que c’est d’abord l’aspect professionnel qui est évoqué et non "l’aspect sentimental"...

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  • Sergio Honorez : C’est un choix de communication que nous avons décidé avec Daniel. Il a souhaité avertir par mail les auteurs qu’il avait particulièrement suivis. Ensuite, avec José-Louis, nous voulions appeler personnellement chacun des auteurs, cela nous semblait plus approprié que d’envoyer un simple mail pour les assurer de notre soutien. Bien entendu, cela prend du temps, mais je préfère cela à un message général, même sur ActuaBD, car ce type de contact est très important pour nous.

    C’est tellement important pour Honorez et Bocquet que le premier n’appelle pas (ou que les stars ?) et que le second est en vacances (sans doute pour fêter ses nouvelles responsabilités)...

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  • Le départ de Daniel Bultreys n’est hélas qu’un épiphénomène, le dernier avatar d’une succession de déboires qui ont étés déjà étés largement commentés ici même.

    C’est un secret de polichinelle : l’ambiance chez Dupuis est délétère et l’équipe en place patauge dans la semoule. En manque de repères, elle prend ses décisions à l’aveugle. Plusieurs séries au succès pourtant honorables vont être arrêtées sous peu. (Certes, elles étaient rentables mais cela ne suffit plus pour un groupe de cette taille, il convient désormais d’être très très rentable)

    Je ne suis même pas sûr qu’il faille charger outre mesure la barque de l’actuelle équipe dirigeante sachant qu’elle est largement inféodée à la direction de Média-Participation (c’est d’ailleurs cette absence d’autonomie qui avait provoqué le départ de Dimitri Kennes). Beaucoup d’auteurs de la maison vous le diront, lorsque vous voulez en savoir plus quant à l’avenir de l’éditeur, vous n’obtenez que des réponses évasives. L’ambiance sent la fin de règne et toute une série de rumeurs alarmistes circulent.

    L’une d’entre-elles étant que Média-Participation chercherait à faire mourir Dupuis à petit feu. Objectif de la manœuvre, réduire au minimum les coûts de production : logistique, personnel, bâtiments… A terme, seules les séries les plus rentables (une partie du back catalogue et quelques blockbusters comme Kid Paddle, Largo Winch…) seraient conservées. Et Dupuis ne serait plus qu’un label de Média-Participation sans existence propre.

    Evidemment, tout ceci ne sont que rumeurs sans aucun fondement.

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    • Répondu le 6 février 2009 à  16:45 :

      Evidemment, tout ceci ne sont que rumeurs sans aucun fondement.

      Celà va sans dire...

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  • Parlons-en des considérations financières ! Certes, il y a beaucoup plus de Directeurs de collection chez Dupuis qu’à la concurrence (même chez Dargaud et Lombard qui appartiennent au même groupe), mais virer un homme aussi compétent que Daniel n’est pas acceptable. Surtout quand on sait que certains à Marcinelle, sans être salariés, touchent des rémunérations indécentes.
    Bonne chance Daniel !

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    • Répondu le 8 février 2009 à  15:07 :

      Si les considérations financières peuvent justifier le départ de l’editeur de largo Winch (gros bestseller si je ne m’abuse), que va t’il arriver aux éditeurs de séries moins vendeuses ? Tous à la trappe ?

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  • Sergio Honorez : A l’occasion de ses vingt ans (et non Ces vingt ans)

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