Monsieur désire ? - Par Hubert et Virginie Augustin - Glénat

8 octobre 2016 0 commentaire
  • L'Angleterre victorienne, marquée par ses révolutions et ses contradictions, demeure une source inépuisable d'inspiration y compris pour la bande dessinée. C'est dans ce cadre fascinant, que nous assistons à un étrange duel, dont les tenants et les aboutissants trouvent une certaine résonance avec notre époque actuelle.

Lisbeth travaille comme domestique au service d’Édouard, noble oisif et coureur de jupons invétéré. Une nuit, elle recueille et soigne son maître en piteux état, après une énième escapade qui a viré au guet-apens. Son existence prend alors un tournant inattendu et elle se retrouve propulsée au rang de confidente auprès du jeune Lord, qui la convoquera régulièrement pour lui révéler ses penchants les plus sordides. Il n’aura alors de cesse de mettre à l’épreuve sa patience et d’essayer de la corrompre. Au fil des séances, une forme de complicité nait entre eux, ce qui n’est pas du goût de ceux qui tiennent à maintenir une certaine idée des hiérarchies sociales.

S’engage un combat psychologique intense et éprouvant, entre deux figures symboliques que tout oppose. Celle du vice d’un côté, incarnée par Édouard, et celle de la vertu personnifiée par Lisbeth. Le premier cache sous le masque de la beauté et de l’indolence un caractère cynique, un esprit désabusé, nourri par des pulsions morbides le poussant à se détruire à petit feu avec le sourire. La seconde, malgré son physique ingrat, est capable par son simple regard, miroir d’une âme simple et généreuse, de troubler et d’émouvoir quiconque s’y plonge.

Qui aura le dernier mot ? Chacun fera part de ses arguments, via des dialogues soignés aux propos parfois crus et cruels, mais malheureusement indéniables. Car à travers cet affrontement s’élève le spectre d’une société fermée, hypocrite et particulièrement injuste envers les femmes et les pauvres.

Un dossier très documenté, situé en fin d’album, permet à ce sujet, de mieux cerner la mentalité de cette époque.

Monsieur désire ? - Par Hubert et Virginie Augustin - Glénat
Réception mondaine à l’ère victorienne - Hubert et Virginie Augustin © Glénat

Toutefois, l’auteur ne sombre pas dans le manichéisme total, apportant quelques subtilités intéressantes. Ainsi les multiples provocations d’Édouard apparaissent au final davantage comme des signaux de détresse lancés à l’être cher. Une fois sa vulnérabilité mise à nu, et les raisons de son attitude dévoilées, il devient difficile de le détester complètement. Contrairement à certains domestiques qui se révèleront parfois plus malintentionnés et plus obtus que leur employeur. Quant à Lisbeth, elle apporte une lueur d’espoir dans un monde empreint de pessimisme, surmontant les épreuves avec courage et obstination.

Coté dessin, Virginie Augustin nous charme une fois de plus. À la fois vif et délicat, son trait se pare d’élégance lorsqu’il s’agit de dessiner les silhouettes, même les plus tortueuses. Les architectures et les décors détaillés rendent pleinement compte de l’environnement dans lequel les personnages évoluent et facilite l’immersion. Les couleurs expressives et l’utilisation de hachures nerveuses accentuent le sentiment d’oppression émanant aussi bien des demeures luxueuses que des lupanars miteux. La mise en page propose un découpage clair et maitrisé. Certaines planches muettes s’avèrent plus éloquentes que tout le reste.

exemple de planche muette en gaufrier - Hubert et Virginie Augustin © Glénat

Peinture sociale aboutie, Monsieur désire ? offre, en plus d’un portrait de femme forte, une vision sans concession de la nature humaine.

(par Tahani Biernat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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