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Neal Adams, la légende des comics, a 80 ans !

  • SUPER-HÉROS DES COMICS. Véritable icône et légende de la bande dessinée américaine, considéré, globalement, comme un des plus grands artistes de toute l'histoire de ce pays, Neal Adams, sa majesté Neal Adams a-t-on envie de dire tant l'homme sait jouer de son charisme, vient tout juste de fêter ses 80 ans, le 15 juin dernier ! Sortez le champagne, poussez les chaises et les usurpateurs potentiels : attention Grand Prix du FIBD - une stature autant qu'un statut- en puissance, un vrai ! D'autant plus que ce 80e anniversaire a bien failli ne jamais arriver.

Il y a seulement quelques artistes qui ont vraiment influencé la façon dont les histoires dessinées en BD sont racontées, Neal Adams est parmi eux. Clairement, il y a un "avant et un "après" Neal Adams dans l’Histoire des comics.

Neal Adams, la légende des comics, a 80 ans !
Voilà Neal Adams qui arrive avec Batman à qui il donne une présence envoûtante, personnage qu’il a standardisé. Quoi qu’il arrive c’est à cette version que l’on revient.
© DC Comics, Neal Adams.

Arrivé sur la pointe des pieds dans le milieu, tombé tout droit des comic strips -ces BD quotidiennes qui ont fortement contribué à améliorer les ventes des journaux d’informations généralistes- et de la pub, il amène aux comic books un certain sens du réalisme photographique (on utilise beaucoup la photo référence dans les milieux du strip et de la pub), une efficacité supplémentaire, esthétique et narrative ; quand il a fait irruption chez les éditeurs du genre dans les années 1960.
Badaboum : les comics ne seront plus jamais les mêmes en terme de dynamique et de crédibilité !

Ben Casey, strip pour les journaux dans les années 1960, version dessinée d’un feuilleton TV médical. Adams y peaufine son utilisation de la référence photo.
© Newspaper Enterprise Association, Neal Adams.

Alors que Jack Kirby le "King of Comics" et co-créateur de la plupart des personnages iconiques de Marvel vient tout juste de bousculer les ressorts du médium pour leurs insuffler une énergie insensée et stylisée : John Buscema avec son dessin 100% de mémoire chez Marvel et Neal Adams, le roi de la référence photo bien assimilée, chez DC Comics, vont définitivement bousculer dans les années 1960 et 1970 jusqu’à encore aujourd’hui, la notion de réalisme dans les comics.

Conan, par les deux figures de proue du moment : Adams et Buscema.
© Neal Adams, John Buscema.

Bien sûr, Joe Kubert, Carmine Infantino, Gene Colan (un autre roi de la référence photo mais version "gris") Jim Steranko et Gil Kane sont là aussi.

Une des fameuses scènes de taverne de John Buscema, encrée par les "Crusty Bunkers" de Neal Adams.
© Marvel Comics, John Buscema, Neal Adams.
Le crayonné, version dessin finalisé de l’époque. Aujourd’hui les crayonnés sont beaucoup plus poussés et propres, sans vraie marge pour l’encreur. Ou plus simplement "noircis" numériquement.
© Marvel Comics, John Buscema, Neal Adams.

De retour dans le milieu, l’avisé et néanmoins immense Will Eisner va vite comprendre qu’il est dépassé. Et, en incontournable créateur et subtil homme d’affaire totalement revendiqué, il va se diriger vers des récits plus intimistes, pour un public supposé différent, et développer le discours qui convient jusqu’à omettre de manière tout à fait consciente -mensonges par omission, silences et flou artistique, clivages finement orchestrés- une série d’éléments historiques et factuels en direction de lecteurs, vendeurs et commentateurs, souvent plus aisés, qui ne demandaient qu’à le croire.

Will Eisner est avec Joe Kubert et Bob Kane (Batman) un des rares artistes à ne pas s’être fait arnaquer dans le milieu des comics. C’est une qualité, on va le voir.

Un bel hommage de Neal Adams à Joe Kubert (avec qui Adams va multiplier les actions en faveur de la mémoire de la Shoah) et à quelques-uns des plus célèbres élèves de son école de BD.
Où Kubert se préoccupe très justement de former des narrateurs séquentiels, et pas des graphistes, illustrateurs ou danseurs de claquettes. Parce que bien sûr en soi, la BD est un art. Tout à fait autonome et mature. © Neal Adams.

L’arrivée d’Adams est une révélation pour beaucoup de lecteurs et professionnels époustouflés par la qualité viscérale de son style réaliste, son sens de la mise en page. Tous deux particulièrement novateurs pour l’époque, avec son utilisation de la perspective, des ombres et du raccourci (perspective du corps) qui étaient sans précédent. Entre autres genres, il a complètement reconfiguré la façon de voir les super-héros et fait encore école. Il est l’un des artistes qui ont vraiment fait entrer DC Comics dans l’âge de bronze, si l’on appolique la nomenclature de l’Histoire des comics classée en différents âges (Gold, Silver, Bronze...).

Adams expérimente des jeux de narration...
© DC Comics, Neal Adams.
... Aidé par son sens de la dramaturgie, des angles novateurs et de la perspective.
© Marvel Comics, Neal Adams.

Qualifié de « réalisme romantique », avec un style qui donne une version des personnages iconiques des comics, surtout surhumains, dans l’apparence qu’ils auraient s’ils existaient vraiment, Adams est considéré comme l’un des rares artistes de cette industrie à pouvoir dessiner tous les personnages majeurs et les rendre meilleurs -entre juste exagération et réalisme parce que ça reste du dessin, narratif, et pas de la décalque- que représentés par tous ceux qui les ont dessiné avant et après.

Neal Adams un narrateur hors-pair et un artiste de couvertures remarquable. Deux talents bien différents.
© Marvel Comics, Neal Adams.
© Marvel Comics, Neal Adams.

Mais, ce 80e anniversaire, Neal Adams a bien failli ne jamais le fêter : "Il y avait de fortes chances pour que je sois mort" a-t-il dit peu avant cette date du 15 juin, jour de sa naissance. Ainsi, dans une vidéo du 6 juin 2021 sur sa page Facebook, il a confirmé qu’il avait résisté à une septicémie. Une très grave infection sanguine qui l’a conduit dans une unité de soins intensifs pendant onze jours, pour subir une dialyse pendant quatre de ces jours. Mais Neal Adams le super-héros des comics a survécu à cette maladie, dont décèdent de 40 à 60 % des patients atteints.

Un incurable combattant, même s’il y a laissé des plumes.

Investissement pour les artistes de comics.

Alors, est-il un super-héros des comics, Neal Adams ? Oui, vraiment oui ! Car en plus d’un talent énorme et décisif pour le médium, ce géant de la BD est un défenseur acharné des droits des créateurs, dans ce milieu assez impitoyable.

Sans compter tous les débutants qu’il recevait dans son studio, sur l’heure, car cette superstar était volontairement dans l’annuaire téléphonique, pour leurs prodiguer conseils et leurs trouver du travail quand il les estimait prêts. Son aura était si grande que si Neal Adams téléphonait pour recommander quelqu’un, les editors US accueillaient l’aspirant de bonne grâce "Si Neal estime que... Alors !"
Oui, sa majesté Neal Adams (avec toute l’ironie et l’admiration possible de celui qui écrit ces lignes tant l’artiste sait jouer de son "personnage") a estimé ! Estimé au service des autres !

Neal Adams et Frank Miller deux authentiques révolutionnaires de la BD qui ont chacun donné une version définitive de Batman.
© DR.

Un certain Frank Miller tout juste débarqué de son Vermont, un carton à dessin tenu par de la ficelle, lui dit merci. Fidèle à son habitude Adams l’a fortement critiqué pour tester sa motivation, quelques jours plus tard Miller revenait pour présenter les résultats des conseils reçus, pari gagné pour Adams. On connaît la suite... 

Décidément, Neal Adams, quel palmarès : superstar, auteur, éditeur, propriétaire d’un magasin de BD, syndicaliste avec la "Comics Creators Guild"... Mais ce n’est pas tout : à la tête d’un studio, Continuity Studios , destiné à faire profiter d’autres médias et supports des avantages de la narration BD, en plus d’ouvrir des opportunités aux artistes (son studio avait un département dédié à l’encrage sous le nom collectif des "Crusty Bunkers", où il a formé, avec Dick Giordano, quelques-uns des meilleurs et plus décisifs encreurs des décennies suivantes)...

Adams également progressiste de la première heure au delà de la simple posture, l’opportunisme et le goût pour le contrôle des autres...

Mais plus encore opiniâtre promoteur du média BD, lobbyiste et activiste infatigable, avisé, pour le bénéfice commun, quand, en numéro 1 du milieu, il aurait pu se contenter de penser seulement à sa pomme...

Donc oui, décidément, Neal Adams qui a été longtemps l’artiste le plus respecté du milieu et occupait une position que personne dans les comics n’a depuis lors atteint, est incontournable.

Les super-héros face aux réalités du monde. Pas si simple.
© DC Comics, Neal Adams.

On le voit l’appellation "super-héros des comics" est totalement justifiée, puisqu’on ne compte plus les fois et la façon dont ce justicier des créateurs en détresses, a utilisé son influence de superstar dans les années 1970 et ensuite, pour faire avancer les droits des créateurs, souvent spoliés.

Par exemple il a joué un rôle déterminant, avec Jerry Robinson, dans le soutien aux deux créateurs de Superman, Joe Shuster et Jerry Siegel, en grande détresse physique et financière. Avec ; finalement, une reconnaissance créative des deux auteurs alors que le film Superman de Richard Donner allait sortir en 1978, et une allocation à vie de la part de DC Comics, éditeur du personnage, qui jusqu’ici, leur avait été refusée.

Adams le super-héros des comics avec Joe Shuster et Jerry Siegel, les créateurs de Superman, qui vont enfin sortir de la malchance et de la misère.
© DR.

Neal Adams a également utilisé son envergure et son statut, pour pousser les principaux éditeurs à récompenser davantage les créateurs, plus équitablement, avec la mise en place d’un système de royalties plus motivant, pour un système gagnant-gagnant avec des artistes forcément plus investis. Il a également milité très activement pour que les éditeurs rendent les œuvres d’art originales aux artistes (originaux souvent détruits), une belle source de revenus supplémentaires.

De plus, fort de sa dimension d’incontournable et d’intouchable dans le milieu, alors que ses comics s’arrachaient, il n’a pas hésité à travailler frontalement pour DC et Marvel en même temps, alors que ces deux éditeurs-phares l’interdisaient formellement. Un autre avantage certain, désormais, pour les créateurs de comics moins victimes de la précarité, dans l’attente de commandes.

Adams arrive sur les X-men d’avant la refonte par Dave Cockrum et Len Wein et va encore marquer les esprits. Chez Marvel où Stan Lee l’accueille, évidemment, à bras ouvert
et lui propose de dessiner ce qu’il veut, Adams demande la série la moins vendeuse pour être plus libre et, surtout, ne pas prendre du travail à un autre dessinateur. © Marvel Comics, Neal Adams, Roy Thomas.

Encore une fois Neal Adams a remporté sa bataille pour les droits, en 1987, lorsque Marvel a enfin rendu ses planches originales à Jack Kirby, régulièrement humilié depuis les années 1960, quand l’éditeur new-yorkais, qui craignait une perte de droits sur ses personnages-phares pensait, de mauvaise grâce, qu’il possédait légalement ces originaux.

Jack Kirby (à gauche) et Neal Adams dans les années 1970.
© Comic-Convention Memories

Une dernière pour la route : quand au début du nouveau millénaire le dessinateur Dave Cockrum -un des plus brillants designers de personnages version super-héros qui a créé graphiquement les nouveaux X-men- gravement diabétique, est hospitalisé dans un état sévère, Neal Adams fait jouer son réseau et, de manière bienvenue, un journaliste d’un grand périodique américain téléphone chez Marvel qui s’apprête à sortir un film avec les X-men, succès qui va lancer les adaptations de personnages comics suivantes qui vont générer des milliards de dollars.

Les X-men première version à droite et les nouveaux X-men à gauche, par Dave Cockrum. Des personnages qui vont relancer l’industrie des comics à coup de millions de ventes.
© Marvel Comics, Dave Cockrum, TwoMorrows Publishing.

Le journaliste appelle pour prévenir qu’il a appris que le créateur de ces personnages était en train de mourir sur un lit d’hôpital, faute de pouvoir payer les soins nécessaires, et qu’il comptait en faire un article ! Aussitôt Marvel décida, comme par miracle, que ce n’était pas la peine. OK, pas de problèmes, surtout pas : l’éditeur va généreusement prendre en charge les onéreuses dépenses de santé de Cockrum pour cette hospitalisation...

Bon, on s’arrête là, et on souhaite un bon anniversaire -un peu tardif- et un bon rétablissement à l’immense Neal Adams, cet authentique super-héros des comics et Grand Prix du FIBD potentiel -si les votants actuels avaient un peu plus de culture...

Car si la BD est un art et pas un simple alignement de cases, ce genre de choix serait utile. Du genre à ramener ce Grand Prix -qui sera décerné dans quelques jours- à sa vraie et juste dimension.

(par Pascal AGGABI)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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9 Messages :
  • Neal Adams, la légende des comics, a 80 ans !
    22 juin 11:59, par Alain ANDREY

    Neal Adams a bien été une "figure" importante du "Bronze Age" des comics, autant artistiquement que pour la reconnaissance des créateurs par l’industrie, mais les dithyrambes ronflants qui jalonnent cet article me laissent partagé entre sourires narquois et soupirs agacés. Heureusement, nombre de ses pairs sont cités au fil de l’article, qui peuvent sans rougir équitablement partager ces pompeux lauriers. Mais le paragraphe sybillin sur "le grand Will"
    ( Eisner, " à l’égal de Shakespeare", pour rester dans le ton emphatique), ce, donc, paragraphe obscur me laisse perplexe. Et pour terminer de casser l’ambiance, je dirais que, sur le plan artistique, la "seconde carrière" (après 1980) de Neal Adams a été bien décevante.

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    • Répondu par Capitaine Kérosène le 23 juin à  09:08 :

      Entièrement d’accord avec vous.
      Neal Adams a cessé d’inventer et s’est auto-parodié à partir des années 70.
      Ses récents Batman ont été, à juste titre, sévèrement critiqués. Aussi bien pour le scénario dont il était l’auteur que pour son graphisme surchargé et tape-à-l’œil.
      Quand à ses Fantastic Four que Panini sort ce mois-ci, c’est une catastrophe.
      En fait, assez vite, Adams s’est mis à utiliser des tics dont il ne s’est plus jamais débarrassé dans la suite de sa carrière.
      Son influence considérable ne fait aucun doute, mais cet article sans réserve me dérange un peu.

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  • Neal Adams, la légende des comics, a 80 ans !
    22 juin 17:42, par jean claude camano

    Grand, très très grand dessinateur, avec Denis O’Neil ils ont révolutionné l’approche des comics dans les années 70 et son combat pour défendre le droit des auteurs et leur dignité est en tout point remarquable...

    Happy Birthday great Man.

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    • Répondu le 22 juin à  22:02 :

      Une question que je me pose : est-ce qu’à l’époque où Neal Adams a commencé à utiliser des photos, des lecteurs ou certains de ses confrères s’en sont émus et l’ont accusé de « tricher » en ayant recours à la photo ? Car aujourd’hui encore, dès qu’un dessinateur est soupçonné d’utiliser de la doc photo, certains ignorants qui fréquentent ce forum lui tombent dessus en le traitant littéralement d’escroc, comme si l’art de Bd devait à 100% ne tolérer que le dessin de mémoire, à la différence d’autres disciplines comme la peinture où le recours à l’image photographique est pratiqué depuis des siècles.

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      • Répondu par Capitaine Kérosène le 23 juin à  09:18 :

        La photo, depuis des siècles ? Vous y allé un peu fort.
        Les dessinateurs à recourir à la photo étaient nombreux dans les comic strips comme le signale l’auteur de l’article. Alex Raymond, par exemple et son successeur Austin Briggs sur Flash Gordon utilisaient des modèles et tout était dessiné d’après document.
        C’est une vieille tradition aux Etats-Unis.
        Il est vrai qu’en France, c’est mal vu.
        Il faut dire aussi que payer des modèles, des accessoires et des développement photo était l’apanage de dessinateurs très bien payés. Ce qui n’a jamais été le cas des dessinateurs en France. Toutefois je me souviens d’un entretien paru dans Phénix dans lequel Adams niait utiliser des photos affirmant qu’il avait parfaitement intégré ce qui faisait la spécificité d’un dessin photographique. J’ai de sérieux doutes. Adams est une grande gueule et ses interviewers, pas plus que ses éditeurs, n’ont jamais osé le contester.
        Fershid Barucha, l’éditeur de l’Echo des Savanes spécial USA et grand diffuseur de Neal Adams en France a travaillé chez Continuity, la boîte de pub d’Adams.

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        • Répondu le 23 juin à  10:44 :

          Merci pour ces précisions. Oui, la photographie n’existe que depuis un peu plus d’un siècle, mais dès la Renaissance, les peintres utilisaient la chambre noire, ou caméra oscura, qui est l’ancêtre de la photographie. En effet, en France, l’utilisation de la photo est mal vue, parce qu’on manque de culture en matière d’histoire de l’art, mais elle est très répandue chez les dessinateurs réalistes.

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      • Répondu par Pascal Aggabi le 23 juin à  13:46 :

        Il ne faut pas confondre créateur de comic strip et de comic book, le statut n’était vraiment, vraiment, pas le même.

        Ses confrères connaissaient l’utilisation éventuelle de photos, pour y piocher quelques repères, se documenter ou se rafraîchir la main ou l’oeil. Les lecteurs étaient moins au fait -merci aujourd’hui Internet et autres revues- donc indifférents, le plus souvent. Même si admiratifs du résultat la plupart du temps.

        Le principe de la référence "photographique" est en effet très vieux et peut remonter dès les hommes des cavernes qui utilisaient déjà les jeux d’ombres projetés (les mains) sur les parois pour créer. Certains n’hésitent pas à y voir même les débuts de l’animation, avec des figures représentées en plusieurs lignes successives à qui un mouvement de l’éclairage approprié donne un semblant de mobilité.

        Pour les tics il faut se rappeler à quelle vitesse les comics étaient produits, avec délais serrés et grosses amendes des imprimeurs en cas de retard. Alors forcément...

        Si, oui, effectivement, Neal Adams est une grande gueule, dérangeante, avec un sacré ego -d’où l’ironique "sa majesté"- ces qualités ont bien servi aux autres. D’ailleurs cette activité généreuse et engagée lui a bien compliqué les choses quand il s’agissait de tenir les délais de livraison de ses planches. Pourtant...

        Bob McLeod qui a fait partie des Crusty Bunkers a dit à propos d’Adams et l’aide qu’il apportait : "Pat Broderick ( un dessinateur) m’a dit que je devrais vraiment rencontrer Neal Adams, qu’il avait rencontré chez DC Comics... À cette époque, Neal occupait une position avec un respect dans l’industrie que personne dans les comics n’a depuis lors atteint. Il était l’artiste le plus respecté du milieu... Neal a regardé une série de mes dessins et m’a demandé quel genre de travail je recherchais. J’ai dit : "Tout ce qui paie" (à ce moment-là, j’en étais à mes derniers 10 $...) Il a juste pris le téléphone et a appelé le directeur de production chez Marvel et a dit : "J’ai un gars ici qui a un certain potentiel comme, eh bien, un potentiel en tant que dessinateur, mais je pense qu’il a beaucoup de potentiel en tant que lettreur." J’ai été immédiatement embauché chez Marvel dans le département de production sur recommandation de Neal, alors qu’ils n’avait toujours pas vu mon portfolio. Si j’étais assez bien pour Neal, j’étais assez bien pour eux."

        John Byrne, un des plus retentissants héritiers graphique et narratif d’Adams, totalement assumé, vient tout juste de dire à propos de l’étonnement d’un lecteur au sujet de la qualité des BD faites dans les années 70 et début 80, avec la productivité, l’abnégation et le professionnalisme des artistes, pour rappeler aussi l’importance de l’action de Neal Adams en faveur d’une meilleure rémunération des artistes :
        - Le lecteur : "C’est étonnant pour moi de voir combien de bon travail a été fait même si, du point de vue d’aujourd’hui, il paraît " plus brut". George Pérez, Byrne, les frères Buscema (john et Sal) avaient chacun plusieurs livres à faire chaque mois à la fin des années 70 et faisaient un excellent travail, encore et encore, mois après mois."

        - Byrne, qui dans ces années est en pleine ascension, jusqu’à devenir un créateur extrêmement recherché, lui répond : "Une grande partie de cela, je pense, était liée au fait qu’il n’y avait pas de royalties, et pour beaucoup d’entre nous, ça qui équivalait à un salaire d’esclave. Nous étions là pour le plaisir du travail, pas pour chercher les titres les plus populaires et le plus gros salaire. Des temps plus simples.

        J’ai déjà raconté comment Jim Shooter (éditeur en chef de Marvel à l’époque) m’a appelé un jour pour me dire qu’il avait négocié une augmentation pour moi, et que désormais je recevrai le tarif de pages le plus élevé de Marvel "à l’exception de John Buscema".

        - "Qu’est-ce que ça veut dire ? " ai-je demandé. "Est-ce que je vais avoir le tarif le plus élevé ou pas ? "

        - "Vous obtiendrez le tarif le plus élevé", a déclaré Shooter, "sauf que Buscema a dans son contrat que si quelqu’un obtient le tarif plus élevé, le sien augmente."

        - "Alors je n’obtiens pas le tarif le plus élevé. Buscema obtient le tarif le plus élevé – et à juste titre. "

        - "Mais vous obtenez le tarif le plus élevé de tous les autres ! "

        - "Alors appelez ça comme ça ! Peu m’importe si Buscema obtient dix fois plus que moi, mais ne me dites pas que j’obtiens le tarif le plus élevé quand ce n’est pas le cas ! "

        Comme Adams Byrne avait déjà un gros caractère.

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        • Répondu par Capitaine Kérosène le 24 juin à  02:52 :

          En effet, Byrne a repris tous les tics d’Adams, tout comme Georges Perez, c’est bien pour cela que je n’arrive pas à lire leurs comics respectifs.
          Mais la liste de tous ceux qui se sont inspirés du Maître serait fort longue à dresser.
          Tous comme celle des auteurs de comics qui ne travaillent plus que d’après photo.
          A mon avis, le plus talentueux des héritiers d’Adams aujourd’hui est Brian Hitch.

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  • Neal Adams, la légende des comics, a 80 ans !
    23 juin 10:45, par JC Lebourdais

    Ca fiche un coup de vieux !
    Je me souviendrai toujours de son SuperDupont avec Gotlib dans Fluide... Oui Nide You !

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