Oh My God ! Floc’h annonce qu’il a un "Blake et Mortimer" en préparation !

10 juillet 2021 18
  • Interviewé par le site anglophone Europe Comics, Floc'h a admis plancher sur une reprise de la célèbre série "Blake et Mortimer", dont la succession était déjà assurée par une multitude d’auteurs depuis la disparition d’Edgar P. Jacobs en 1987. Figure fondatrice du mouvement de la Ligne claire, Floc’h semblait jadis tout désigné pour perpétuer l’œuvre de Jacobs envers lequel il n’a jamais caché son admiration et l’emprunt de ses codes. De pasticheur, il est devenu rapidement un auteur reconnu et s'était toujours refusé à accepter de prendre la succession du maître. Il a changé d'avis.

Qui est donc Floc’h, potentiel nouveau porteur du flambeau Blake et Mortimer ? On le sait exigeant envers lui-même et son art, puisque cet illustrateur élégant, So British, est passé par les Arts-Déco avant de s’associer avec le scénariste François Rivière pour créer une première bande dessinée très influencée par Edgar P. Jacobs, Le Rendez-vous de Sevenoaks (1977).

Dès son deuxième album, Floc’h revendique très clairement son appartenance à l’école de la Ligne claire, ce groupe d’auteurs qui perpétuent le travail d’Hergé et de quelques-uns de ses assistants : Jacobs, Martin, Bob De Moor…) à la ligne épurée. À la fin des années 1970, une génération de pasticheurs comme Joost Swarte, Ted Benoit, Yves Chaland (dont Floc’h était proche) ou même Tardi érigent ce style graphique en idéal artistique.

Floc’h se démarque très rapidement par une manière propre, alliant le réalisme documentaire de la Ligne claire à une déconstruction du récit bien éloignée des aventures candides à la Hergé – et un classicisme dans le dessin qui rend hommage à Jacobs. Son talent d’affichiste se retrouve dans ses albums qui cultivent un certain art de la pose –un dandysme graphique à tout dire– qui colle bien à son image de gentleman british.

Travaillant à ses débuts de concert avec François Rivière, Floc’h signe de nombreux albums d’inspiration jacobsienne, réunies dans l’intégrale Albany et Sturgess.

Oh My God ! Floc'h annonce qu'il a un "Blake et Mortimer" en préparation !
Floc’h va abandonner un temps ses personnages pour se concentrer sur Blake & Mortimer.
© Dargaud

S’il lui est proposé une première fois de prendre la succession de Jacobs en 1997, Floc’h refuse pourtant. Surprenant ? Pas tellement. Floc’h tient à sa liberté créative. Il dit à ce sujet : « Je ne peux m’intéresser à quelque chose qui me semble voué à l’échec. Ce qui ne veut pas dire que cette reprise n’a pas été bien négociée. Mais je n’y crois pas. Je comprends le cahier des charges de Dargaud. Il s’agit d’effectuer une transition souple avec Jacobs, donc d’en épouser tous les tics, graphiquement et dans la narration. Pour moi, le côté scientifique, fin du monde, Troisième Guerre mondiale, c’est du pipeau. J’avais suggéré à Benoit [repreneur de la série à l’époque] de situer son histoire aux États-Unis. Parce que c’était un univers qu’il connaissait très bien et que Jacobs n’avait jamais exploré. Il y avait là une chance extraordinaire de moderniser Blake et Mortimer. Le succès colossal de l’entreprise ne me fait pas changer d’avis, au contraire. Je ne veux pas être Jacobs. Un auteur n’existe que par lui-même. »

Floc’h était malgré tout envisagé comme LE successeur le plus crédible de Jacobs… mais il se désintéresse peu à peu de la bande dessinée pour retourner à ses premières amours : l’écriture et l’illustration de livres et la création d’affiches de films. Sa dernière œuvre en date s’intitule La Femme de ma vie (2021, Le Dilettante), fiction autobiographique légère et enjouée.

On le croyait perdu pour la bande dessinée jusqu’à ce que, comme nous tous, Floc’h se retrouve enfermé avec ses pensées pendant une année complète, pendant le confinement de la crise de Covid-19. Relisant sans doute sa collection de Blake et Mortimer à cette occasion, il s’aperçoit à quel point il n’apprécie pas du tout la tournure prise par la série au fil des ans, ce qui lui donne envie d’y remédier.

Son dessin s’est certes bien amélioré avec le temps et il a conservé la lucidité de ses débuts, mais aura-t-il toujours la flamme pour tenir une telle entreprise ? Lui seul a la réponse.

(par Auxence DELION)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Photo DR. Dargaud.

 
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18 Messages :
  • Avec Rivière au scénario ?

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    • Répondu le 10 juillet à  16:21 :

      Il était le plus légitime depuis le début pour reprendre la série. Il était le plus légitime mais il avait toujours refusé. Il vient de céder lui aussi. C’est une épidémie. La bande dessinée franco-belge meurt de ne pas savoir créer de nouveaux personnages. Elle n’invente plus rien. La faute aux éditeurs qui ne pensent qu’à l’argent. Cela dit, le résultat sera sûrement admirablement dessiné, comme toujours avec Flo’ch.

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      • Répondu par Sergio Salma le 10 juillet à  21:50 :

        C’est vrai ,à part Blake&Mortimer et Astérix il n’y a rien dans les librairies. Pas une sortie ,rien depuis des années. Les boutiques sont vides ,les rayons sont vides, aucune offre,pas une seule nouveauté depuis au moins pfouh ! plus que ça . Pas un seul nouvel auteur à l’horizon, pas l’ombre d’une
        autrice, aucun nouvel éditeur, un vrai désert. La bédé c’est le Sahara, non le Gobi non c’est la lune. Silence sidéral . Rien , nada. Le cosmos .

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        • Répondu par denis le 11 juillet à  10:29 :

          Il y a effectivement des nouvelles séries et de la créativité mais il faut reconnaître que les gros succès sont des reprises ou des "vu par" de séries sorties de la naphtaline, et que le public de la bd franco-belge du moins, est assez nostalgique et vieillissant

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        • Répondu le 11 juillet à  10:47 :

          Il y a une offre pléthorique mais l’effort d’investissement financier, promotionnel, les moyens humains mis en œuvre et la communication des gros éditeurs tourne autour de la perpétuation de franchises anciennes et éprouvées, dont on entend encore tirer profit tant que la cible vieillissante est encore là. Les grosses maisons d’édition ne cherchent plus à inventer la bande dessinée, les récits et les personnages de demain. Ils laissent l’underground défricher les talents, puis s’en emparent, en tirent quelques profits, puis étouffent leur originalité en leur confiant la reprise d’une ancienne série plus rentable que les nouvelles créations. La liste est longue des nouveaux talents qu’on a tués, avec leur assentiment, pour leur enjoindre de réactiver de vieilles franchises au lieu de les laisser développer leur propre imaginaire : Vehlmann, Ferri, Bouzard, Bonhomme, Blutch, Blain, Zidrou, bientôt Vivés et j’en oublie,

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          • Répondu le 11 juillet à  14:37 :

            Flo’ch a une belle carrière derrière lui. Ses dessins ornent l’autoroute A6 sur 600 kilomètres. Il peut se permettre de faire un Blake et Mortimer maintenant et s’offrir une belle retraite ensuite. Simple question de timing. Pellejero aussi avait assez de bouteille pour reprendre Corto. Par contre les petits jeunes qui succombent très vite aux sirènes de la reprise de séries classiques, c’est autre chose. C’est l’appât du gain et c’est un piège qui se referme sur eux.

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            • Répondu par Sir francis le 12 juillet à  08:16 :

              Bonjour, je ne sais pas qui vous êtes, mais votre commentaire m’a fait hurler de rire. Je tente de vous répondre en essayant de faire aussi comique, sans certitude d’y parvenir.

              Donc si j’ai bien tout compris, la carrière de Floch est derrière lui, pourquoi ne pas dire sa vie, tant qu’on y est. Son oeuvre ornementale autoroutière mesure 600 km, le ticket de visite s’achète au péage.
              Ensuite, afin de pourvoir aux nécessités de sa retraite et continuer à se payer des pantoufles fourrées d’Edimbourg dont il raffole, Floch reprend opportunément une série pour l’argent.
              Dans votre brillante analyse, on apprend également que Pellejero est détenteur du permis bouteille, indispensable laisser passer pour reprendre Corto Maltese. Un dernier mot pour la jeunesse. De toute évidence elle succombe trop facilement aux chants des sirènes classiques de l’appât du gain sans se méfier du piège qui l’attend. Des protections auditives doivent de toutes urgence lui être prescrite.

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              • Répondu le 12 juillet à  10:08 :

                Pas bien compris ce qu’il y avait de si comique dans le commentaire du monsieur précédent. D’ailleurs vous vous contentez de le paraphraser presque mot pour mot.

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              • Répondu le 12 juillet à  13:12 :

                Sir Francis trouve de l’humour là où il n’y en a pas. Et quand il veut être drôle, il n’y parvient pas non plus. Il y a des gens comme ça.

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          • Répondu par zilch le 11 juillet à  17:28 :

            En tout, une excellente nouvelle ! Fromental au scénario...

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            • Répondu par Sergio Salma le 12 juillet à  14:52 :

              QUOI ?! Les grosses machines éditoriales occuperaient-elles le terrain ?! QUOI ?! Elles sont plus visibles que les livres à plus petit tirage ?! ça alors !

              HEIN ?! Des auteurs sont détournés, débauchés, avilis, esclavisés, corrompus ?
              QUOI ?! Combien ?! Une douzaine sur 3000 auteurs . DOUZE ?! On me dit qu’ils seraient même quatorze dans l’oreillette. QUATORZE !!! C’EST UN SCANDALE !

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            • Répondu par JLF le 13 juillet à  18:43 :

              Pas tout seul, très cher. Il a fallu s’y mettre à deux. José-Louis Bocquet est de la partie. Diable, l’homme vaut bien ça (je parle de Floc’h, pas d’Olrik).

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    • Répondu par JLF le 13 juillet à  18:40 :

      Il semblerait que ce soient plutôt deux petits jeunes, un nommé Biquet ou Bacquet et un certain Flormentral, qui se penchent en ce moment sur le berceau de ce bébé de la dernière heure. Des scénaristes surgis de la nuit qui signent du bout de leur porte-plume d’un Z qui veut dire Zarma ! J’ai connu Actua’bd mieux informé.

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 14 juillet à  07:54 :

        Mon cher JLF, ActuaBD serait mieux informé si ton éditeur n’accordait pas cette exclusivité à sa quasi filiale. OK pour un déjeuner pour que tu nous racontes tout cela dans les détails, si ton éditeur te laisse faire ;)

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        • Répondu par JLF le 15 juillet à  19:40 :

          C’est toi, mon DP ? Toujours partant pour déjeuner (dès que je serai rentré de vacances). Et je te rappelle que je n’ai soufflé mot de tout ça à personne jusqu’ici, pas plus à la quasi-filiale qu’à quiconque. C’est pas de ma faute s’il y a des gros bavards ou de vastes oreilles. Je te garde l’exclu des détails (croustillants, of course). Tu vas en apprendre de belles sur les deux Anglaises et l’incontinent… 

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  • "On le croyait perdu pour la bande dessinée jusqu’à ce que, comme nous tous, Floc’h se retrouve enfermé avec ses pensées pendant une année complète, pendant le confinement de la crise de Covid-19."

    Pourquoi la pandémie l’aurait enfermé dans ses pensées pendant une année complète ? Le confinement est l’art de vivre de la majorité des auteurs, non ?
    Vous en connaissez beaucoup des auteurs qui ne sont pas enfermés dans leurs pensées ?

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  • Pour retrouver l’article/interview par Aug Stone sur Europe Comics c’est par ici : https://www.europecomics.com/intreview-floch/

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    • Répondu le 14 juillet à  11:43 :

      La meilleure vente de BD du printemps c’est le Lucky Luke de Mathieu Bonhomme. Ces franchises, Lucky, Asterix, Corto, Blake et Mortimer sont de véritables machines à cash. Ce serait une faute professionnelle de la part des éditeurs de ne pas en tirer le maximum tant que c’est possible. Par contre, il serait intelligent de réinvestir les bénéfices dans la création de nouveaux personnages et de nouvelles BD pour inventer les succès du futur. Et par contre aussi, c’est pas bien quand certains auteurs ne font plus que de la reprise de séries au détriment de leurs propres créations, souvent bien plus intéressantes que leur travail de repreneur. Par exemple, Ferri qui ne fait plus qu’Asterix et c’est dommage.

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