Old West – Par Chiaki Maeda – Éd. Omaké manga

24 juin 2020 2 commentaires
  • Old West est une compilation de cinq histoires courtes dépeignant un Ouest américain sur le déclin, rattrapé par l’industrialisation et la technologie. La fin d’un idéal de liberté tout en nuances récompensé par le 75e prix Shogakukan du premier manga en 2014.

La première nouvelle, qui donne son titre au manga, nous présente la vie du jeune Ethan, fils de fermier doué à l’école et encouragé à poursuivre ses études par son maître. Sur son temps libre, le jeune Américain aime écouter les histoires d’antan du vieux Bremner, ancien combattant de la Guerre de sécession et surtout cow-boy.

Les histoires de ces deux personnages vont s’entremêler dans un torrent d’émotions allant de la fatalité à l’espoir, de la désillusion à l’irrésistible rêve de liberté. Le vieux Bremner se résignera-t’il à rejoindre sa fille à l’Est et verra-t-il un jour la mer ? Le jeune Ethan parviendra-t-il à s’échapper de la ferme familiale ?

Old West – Par Chiaki Maeda – Éd. Omaké manga
© Omaké manga

Second récit constituant le manga : Coyotes Must Kills. Violence et trahison au cœur d’une bande de hors-la-loi. On retrouve les personnages typiques de l’imaginaire américain. Ces hommes déclassés et vivant hors du système ont pour certains tenté le pari de l’adaptation, en vain. Ils se feront finalement, pour nombre d’entre eux, happer par la modernisation et le renforcement de l’emprise institutionnelle sur le territoire.

Le lecteur fait alors la rencontre de Jake, petit protégé du nouveau chef de bande, Dario. Jake est un jeune homme sensible qui ne parvient à se résoudre à user de son calibre (ou tout autre type de violence) bien qu’il soit un excellent tireur. Ce véritable OVNI pour l’époque vous transporte au cœur d’un tourbillon de violence dont l’intensité est superbement rendue graphiquement. On apprécie tout particulièrement la puissance et l’expressivité des regards des personnages.

© Omaké manga

Dans No Limit, découvrez la partie de poker la plus épique de l’histoire de l’Ouest ! Chess Ramley est un professionnel. Il affronte celui que les casinos surnomment l’empereur, le meilleur joueur en activité. Le jeune prodige parviendra-t-il à l’emporter ? Et surtout raccrochera-t-il définitivement pour filer à l’Est avec la belle Mary ? Si l’enjeu de ce récit peut paraître trivial, l’autrice questionne en réalité l’addiction au jeu, les sensations qu’il procure et dresse un intéressant parallèle entre la table de jeu et l’ouest lui-même.

© Omaké manga

Le quatrième récit, intitulé Beautiful Dreamer, met en scène une histoire de vengeance sur fond d’alcoolisme et de meurtre, permettant ainsi à Chiaki Maeda d’investir un lieu emblématique de l’Ouest : le saloon ! Notons que ce récit avait été écrit bien avant le prix qu’elle reçut en 2014 et ne parut jamais dans les pages du magazine Big Comic (édité par Shogakukan), à l’inverse des trois précédents. Beautiful Dreamer fût donc révélé pour la première fois aux yeux du public en juin 2018 à l’occasion de la parution du manga chez l’éditeur Futabasha.

© Omaké manga

Il est suivi de Wind in Wolves, cinquième et dernière nouvelle du recueil, spécialement créée pour la publication au format manga. L’histoire met en scène la traque d’un redoutable prédateur, le loup surnommé « Old Black ». Un chasseur, appâté par la prime qui pèse sur la tête de l’animal, se lance à sa recherche, épaulé d’un indien surnommé John. L’occasion pour l’autrice de représenter le monde sauvage d’alors tout en mettant en lumière le racisme subi par les populations amérindiennes.

Omaké manga

En tout juste cinq nouvelles, Chiaki Maeda nous donne à vivre une expérience de lecture puissante et immersive. Le recueil constitue finalement une chronique sociale, à hauteur d’homme, d’un Ouest vieillissant et peuplé de personnages inadaptés aux réalités changeantes de leur environnement.

L’imaginaire du Far West a été exploré à de très nombreuses reprises en bande dessinée, comme au cinéma d’ailleurs. Aujourd’hui, chaque nouvelle production se revendiquant du genre « western » est soumise à une critique minutieuse, menée à l’aune d’une série de codes régissant le genre. Dans certains cas, le procédé peut nuire à la créativité de l’auteur en lui imposant un cahier des charges à respecter trop important. S’en défaire et jouer avec n’est donc pas chose aisée, et c’est là tout le talent de Chiaki Maeda.

L’autrice se réapproprie les codes du western de façon rafraîchissante, d’autant plus que rares sont les mangas à investir l’Ouest américain. On pense notamment au cultissime Gun Frontier du grand Leiji Matsumoto ou plus récemment au triptyque Billy the kid 21 par Noboru Rokuda, tous deux publiés aux éditions Black Box.

En reste un très bon premier manga et une autrice à suivre !

(par Thomas FIGUERES)

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