Paul Gillon : « Je ne m’attendais pas à ce que Cicéron soit un tel succès ».

25 mai 2006 0 commentaire
  • Paul Gillon est à la fois un des doyens (80 ans ce mois-ci) et l'une des consciences de la profession. Il a commencé sa carrière dans {Vaillant}, juste après la Seconde Guerre mondiale et a été l'un des acteurs majeurs de l'aventure {Métal Hurlant}. Rencontre avec un géant.
Paul Gillon : « Je ne m'attendais pas à ce que Cicéron soit un tel succès ».
Cicéron T.1
Ed. Glénat

On ne peut être que frappé par la longévité de votre carrière : pas loin de soixante ans. On a l’impression que, dans cette carrière, il n’y a jamais eu de traversée du désert...

Oui, effectivement, je suis le premier surpris. Une carrière, cela a souvent des hauts et des bas, des moments de désaffection, et en fait, j’ai toujours été sollicité. Je n’avais qu’à répondre aux offres qu’on me faisait. C’était toujours agréable.

On retrouve avec L’Ordre de Cicéron un thème que vous aviez déjà abordé dans Au Nom de Tous les Miens , l’Occupation. C’est un thème qui vous concerne ?

Vu mon grand âge, c’est une période que j’ai connue. J’avais donc quelques références. Mais elle ne m’interpelle pas spécialement. En dehors de cela, j’avais accumulé pour ce premier album une documentation énorme, comme toujours quand je travaille sur un sujet. Je n’ai eu qu’à la ressortir pour L’Ordre de Cicéron. Elle était même surabondante.

Comment s’est passée la rencontre avec Richard Malka ?

Le mieux du monde. Avant même de prendre le pli de travailler ensemble, on s’est trouvé sympathiques l’un et l’autre. Cela s’est confirmé par la suite, on est devenu très copains immédiatement. Il répondait à l’avance à mes exigences en ce qui concerne mes collaborations. Il a de l’humour, il est jeune. Cela me plaît beaucoup de fréquenter des gens qui ne soient pas de la même génération que moi. Il y a un esprit de renouvellement qui se manifeste à travers eux et qui m’intéresse beaucoup.

Paul Gillon et Moebius en novembre 2005
Photo : D. Pasamonik.

C’était un scénariste débutant. Est-ce que vous avez eu à le « recadrer » de temps en temps ?

Un petit peu, je lui ai donné quelques conseils, cela a été un plaisir de le sentir aussi attentif. Il n’y avait pas de quoi le vexer : c’était juste des petits points de détail dans le processus narratif de la bande dessinée pour laquelle il n’avait pas encore un métier suffisant. Cela a été très vite corrigé. Il a encore des progrès à faire, mais tout le monde en a, moi y compris ! De temps en temps, il intervient dans ma démarche, et vice et versa.

Cicéron T.Z
Ed. Glénat

Vous avez un dessin hyper-classique. On a l’impression que vous n’êtes jamais passé de mode. Même à l’époque de Métal Hurlant, vous vous insériez dans le flux de ces jeunes créateurs sans que vous soyez jamais en rupture avec eux.

Métal Hurlant, c’est moi qui les ai sollicités. Je connaissais Dionnet un petit peu, mais superficiellement. Je pensais qu’il y avait là une forme d’expression de la BD à laquelle je devais participer absolument. J’ai profité des circonstances pour renouveler mon inspiration car c’était un magazine tellement ouvert qu’il permettait cela. Cela m’a un peu rajeuni en même temps, par osmose.

Le pari de L’Ordre de Cicéron n’est pas évident. Un récit qui se passe dans les prétoires, cela en doit pas être facile à illustrer...

C’est un boulot énorme. Il y a un effet répétitif. On est souvent dans des décors qui ne se renouvellement pas, qui sont immuables, d’une certaine façon. Et puis, L’Ordre de Cicéron est plus un thriller psychologique qu’un récit d’action. J’essaie de plier mon dessin aux circonstances, c’est ce qui m’a permis de survivre dans ce métier. Je n’ai jamais essayé de contrecarrer le courant que me proposait un scénariste.

Quintett de Paul Gillon & Frank Giroud
Ed. Dupuis

Juste après le premier album de L’Ordre de Cicéron, on vous a vu sur une série qui a aussi fait parler d’elle, Quintett de Franck Giroud. Vous redémarrez tout de suite sur Cicéron ou il va y avoir encore des intervalles ?

J’avais signé le contrat de Quintett avec Dupuis. J’étais donc un peu piégé. Je ne m’attendais pas à ce que Cicéron soit un tel succès, qu’il y ait une demande aussi forte, aussi rapidement, pour la suite. En plus, j’ai eu un petit problème de santé qui m’a retardé de deux mois supplémentaires.

Mais là, la forme est revenue.

Oui, oui. Il n’y a plus aucun problème. Dans les mois qui viennent, je vais m’attaquer au troisième tome. Je vais prendre quelques jours de vacances et dans les semaines qui viennent, je vais commencer à tourner autour du scénario, à le flairer, à sélectionner la documentation... Bref, à mettre en œuvre toute la préparation pour la suite. A un rythme de croisière de huit pages par mois, j’aurai fini ma part du travail cette année.

Propos recueillis par Didier Pasamonik, février 2006. Ils ont été précédemment publiés dans le dossier de presse de l’album aux Editions Glénat.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photos : D. Pasamonik

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