Rattrapage estival : "Grand Océan" - Par F. Grolleau & Th. Brochard-Castex - Cambourakis

27 juillet 2020 0 commentaire
  • Quand la Terre ne sera plus qu'une mer... À la suite d'une catastrophe écologique mondiale, quelques survivants s'organisent sur le "Grand Océan". Un père et son fils naviguent tant bien que mal, affrontant les éléments et les souvenirs. Retour sur une aventure post-apocalyptique signée Fabien Grolleau et Thomas Brochard-Castex.

Est-ce si invraisemblable ? Une civilisation entièrement disparue, quelques êtres humains ayant survécu on ne sait comment, de minces espoirs de progrès... Entre le réchauffement climatique et la crise sanitaire, ces caractéristiques d’un monde post-apocalyptique relèvent de moins en moins de la science-fiction. Elles donnent à Grand Océan, bande dessinée de Fabien Grolleau et Thomas Brochard-Castex parue chez Cambourakis en octobre 2019, une base crédible, et terrible.

Rattrapage estival : "Grand Océan" - Par F. Grolleau & Th. Brochard-Castex - Cambourakis
Grand Océan © Fabien Grolleau / Thomas Brochard-Castex / Cambourakis 2019

Dans un futur proche, la Terre ne mérite plus son nom : elle est recouverte d’un seul océan, aux profondeurs insondables et à la genèse terrifiante. Après une série de catastrophes provoquées par le réchauffement climatique, toutes les terres émergées ont disparu. Les rares hommes et femmes encore en vie n’ont plus de sol à fouler. Toutes les ressources et les dangers viennent maintenant de ce « Grand Océan ».

Dans ce contexte peu propice à l’optimisme, un père et son fils naviguent à vue. Ils logent, littéralement, sur l’océan. Ils affrontent les éléments - l’eau et ses créatures parfois menaçantes - tout en se racontant des histoires. Ils entretiennent également le souvenir de la mère, que l’enfant ne peut qu’imaginer. Comment ont-ils été séparés ? Et ont-ils, eux, un espoir de survie ?

Grand Océan © Fabien Grolleau / Thomas Brochard-Castex / Cambourakis 2019

Récit post-apocalyptique, Grand Océan brasse, si l’on peut dire, de nombreux thèmes. Les questions inhérentes au genre sont abordées, quoique rarement de front. Les préoccupations environnementales, en particulier, sont sous-jacentes mais déterminantes : les hommes n’ont plus qu’à assumer les conséquences des drames qu’ils ont eux-mêmes engendrés. La planète, elle, finira par se renouveler.

Le choix du scénariste Fabien Grolleau de centrer son histoire sur la relation entre le père et le fils, entretenue à la fois par la solidarité indispensable à la survie, l’affection réciproque et le souvenir de la mère, n’est pas unique. On pense par exemple à La Route de Cormac McCarthy (2006) ou à The Walking Dead de Robert Kirkman, Tony More et Charlie Adlard (2003-2019), qui dans le genre post-apocalyptique mettent également au cœur du récit un duo père / fils. Dans Grand Océan, ce choix permet d’éviter les clichés tout en apportant beaucoup de sensibilité.

Les influences et références sont importantes, qu’elles soient tues ou revendiquées par les auteurs. Le récit plonge ses racines dans la littérature du XIXe siècle. Le poète britannique Alfred Tennyson est directement cité pour son texte The Kraken (1830). Herman Melville et son Moby Dick (1851) sont aussi évoqués. Mais c’est surtout Jules Verne et ses Vingt Mille Lieues sous les mers (1869-1870) qui sont convoqués. La structure de l’histoire, qui mêle des éléments scientifiques à une pure fiction en faisant la part belle à l’aventure, et l’esthétique un peu surannée mais magnifiée par le trait de Thomas Brochard-Castex, en sont directement héritées.

Le XXe siècle n’est pas oublié, même si les références sont beaucoup plus allusives. Lovecraft, Hergé, Hemingway et bien sûr Waterworld de Kevin Reynolds (1995) transparaissent dans certains pages. Mais ce sont avant tout les problématiques environnementales contemporaines qui marquent l’esprit du lecteur : elles sont un point de départ qui n’a jamais été aussi tangible, même si actuellement les médias s’y intéressent moins du fait de la pandémie.

Contrastant, de prime abord, avec cet ancrage très contemporain, le dessin de Thomas Brochard-Castex contribue de beaucoup au souffle de l’aventure. Il renvoie aussi l’homme à sa condition de petit être noyé au milieu du vaste océan. Grâce à ses hachures qui, là encore, rappellent Jules Verne dans ses versions illustrées des éditions Hetzel, et à ses visages très stylisés mais expressifs, il donne un aspect de conte au récit, le dédramatisant un peu en lui conférant une dimension épique. Certaines planches sont particulièrement impressionnantes et poussent à s’immerger longuement dans le dessin.

Les récits post-apocalyptiques sont légion depuis quelques années. Effet de mode ou conséquence des crises systémiques - économique, environnementale, sanitaire... - qui nous enserrent ? Sûrement un peu des deux. Toujours est-il que tous ne sont pas aussi captivants que Grand Océan.

Grand Océan © Fabien Grolleau / Thomas Brochard-Castex / Cambourakis 2019
Grand Océan © Fabien Grolleau / Thomas Brochard-Castex / Cambourakis 2019

(par Frédéric HOJLO)

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