Yoann Kavege : “Les éditions Bubble ont eu un coup de coeur pour le personnage de Moon Deer”

28 avril 2021 1
  • À seulement 23 ans, et sans un seul album à son actif, Yoann Kavege concentre depuis quelques semaines l’attention de la bédésphère : lui, et les éditions Bubble, qui ont parié sur "Moon Deer", l’histoire SF de Kavege, pour lancer leur label ! Et ce, d’une manière peu conventionnelle : un financement participatif. Rencontre avec ce dessinateur prodige.

Pouvez-vous nous raconter la genèse du projet Moon Deer ?

C’est mon premier projet d’édition. J’ai fait des études d’animation, mais surtout pour apprendre à dessiner de la BD. À la fin de mon cursus, ça me manquait : je n’avais pas pu dessiner de planches pendant trois ans. Je me suis inscrit ay Cours destiné à la Formation Complémentaire en Bande Dessinée (FCBD) du Lycée Technologique d’Arts Appliqués Auguste Renoir à Paris, où j’ai réalisé de nombreuses histoires courtes. Cela m’a donné confiance pour me lancer dans un projet de plus grande ampleur.

Un roman graphique de 190 pages, c’est beaucoup de travail pour un débutant ! Mais les éditions Bubble vous ont fait confiance...

Ce qui a vraiment joué, dans mon dossier, c’est cette case que j’avais dessinée : on y voyait le visage d’un Moon Deer un peu effrayé, sans qu’on sache réellement ce qu’il y avait d’effrayant. Le personnage était mignon, mais il y avait une profondeur, quelque chose qui dénotait avec l’aspect purement jeunesse du héros. Cette case était vraiment parlante : Moon Deer part comme une aventure jeunesse, mais va plus loin. Les éditions Bubble ont eu un coup de cœur pour le personnage. C’est la BD qui ouvre leur collection : ils ont dû se dire, quitte à se lancer, autant assumer un projet qui sortait du cadre. Personne ne les attendait vraiment : c’était le moment ou jamais.

Yoann Kavege : “Les éditions Bubble ont eu un coup de coeur pour le personnage de Moon Deer”

Comment est né ce petit cerf de l’espace ?

J’y ai pensé en entendant des camarades de classe discuter d’un aventurier de télé-réalité (rires). Et ça a fait clic ! J’ai imaginé le personnage en 2016, et depuis, je n’avais cessé de l’amener dans des projets d’animation ou des exercices de BD, en cours. Au fur et à mesure des exercices, je trouvais des éléments que j’ai introduits dans le scénario de Moon Deer.

Scénario purement SF, par ailleurs.

Oui, et pour le moment, très mystérieux. C’est l’histoire de ce petit cerf astronaute qui fuit à travers l’espace pour protéger un œuf. Il est poursuivi par une étrange créature, une sorte de gros cerf bleu. Je voulais que le lecteur se retrouve plongé dès les premières pages au cœur de l’action : au début, Moon Deer se crashe, vérifie que l’œuf n’a rien, et reprend sa course. Au cours de l’album, on découvre que l’univers est frappé par un fléau, surnommé “Le Grand Silence”. Le dialogue est rare.

C’est volontaire ?

C’est venu naturellement. Ce personnage qui traverse l’espace, seul, je ne le voyais pas monologuer. Cela aurait trahi les éléments que je voulais cacher. J’ai pensé un temps à introduire un ordinateur de bord, qui aurait dialogué avec Moon Deer… Mais ça ne fonctionnait pas. Finalement, ça a été un vrai challenge de tenir le muet, ou le “quasi-muet” aussi longtemps. C’était également un challenge graphique. En SF, des concepts très compliqués peuvent être explicités en quelques lignes, et moi, je devais rajouter des cases. C’est pour cette raison que j’ai simplifié au maximum les designs, comme ceux du vaisseau ou de l’œuf.

Ces designs, justement, sont-ils inspirés d’autres auteurs ?

L’ambiance est marquée par les travaux de Moebius… Que je n’ai jamais complètement lu, j’ai honte de l’admettre (rires) ! Cela a été, pour un jeune dessinateur comme moi, un choc graphique. Du côté de mes inspirations, il y en a beaucoup. J’ai commencé par les mangas. Toriyama, Naruto, One Piece, Death Note. Quand j’étais bloqué sur les scènes d’action de Moon Deer, je me demandais : comment Toriyama s’en serait-il sorti, à ma place ? Mais je dois aussi citer Jeff Smith (Bone) - qui m’a fait comprendre que parfois, l’apparente simplicité du trait peut rendre un héros plus attachant- et Fiona Staples (Saga). Et puis, plus récemment, Nausicaa, le manga de Miyazaki. J’aime vraiment la BD sous toutes ses formes.

Des vaisseaux, et surtout des couleurs, inspirés par la SF de Moebius.

Cela se ressent-il dans Moon Deer ?

Oui. C’est par nature un récit franco-belge, un voyage contemplatif, poétique à travers l’espace, qui tient du roman graphique. Mais le style, le découpage, peuvent évoquer le comics… Et je reprends les codes du manga dans les scènes d’action. C’est pour ça que le projet était assez difficile à pitcher !

Comment travaillez-vous ?

Je n’ai pas de réel processus créatif. L’antagoniste de Moon Deer est par exemple venu très tard : c’était au début un simple croquis que j’avais dessiné pour passer le temps. J’essaie de trouver l’inspiration où je peux. Je trouve des idées de scénarios à partir de titres que je trouve cools ou inspirants (rires). Sinon, je dessine traditionnellement et je rajoute les couleurs à la tablette. Je trouve le dessin numérique trop froid.

Le grand méchant de Moon Deer n’est apparu que tardivement dans la trame du récit.

Mathieu Bablet, Guillaume Singelin, Yohan Sacré, Elsa Charretier… Que de grands noms (entre autres !) qui ont d’ores et déjà publiquement annoncé leur soutien au projet Moon Deer, au travers de magnifiques illustrations !

Oui ! C’est une certaine pression, j’essaie de ne pas trop y penser (rires), mais c’est très positif ! Je me sens très chanceux de recevoir leur aide… Ça m’a aidé à combattre la peur que je ressentais au début, de me lancer dans un tel projet, seul, pour ma première BD ! Et puis, grâce à Ulule et au financement participatif, je sais qu’il y a déjà des lecteurs très emballés, qui ont envie de lire Moon Deer.

Quand pourront-ils découvrir l’album ?

La parution devrait se faire en deux temps. Je termine mes planches fin août. Le temps d’imprimer, ceux qui ont participé à la campagne de financement devraient recevoir Moon Deer aux alentours de décembre. L’objectif : convaincre les libraires pour une sortie en librairie un peu plus tard, quelques semaines avant Angoulême !

De nombreuses planches non-colorisées ont été postées sur le Ulule, histoire de donner l’eau à la bouche

Voir en ligne : "Moon Deer" sur Ulule

(par Pierre GARRIGUES)

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1 Message :
  • Son travail est une belle réussite entre techniques Manga et techniques Roman-Graphique. Après, de là à en faire tout de suite un "prodige", y a de la marge. Son style plutôt "Ankama éditions" n’est pas non plus bouleversant. Faut le laisser mûrir en paix le garçon, plutôt que de lui mettre tout de suite la pression. C’est bien le problème de toute les bulles de l’entre-soi, la bédésphère adore encenser un temps ceux qu’elle va oublier quelques mois plus tard.

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