L’obsolescence programmée de nos sentiments - Par Zidrou et A. De Jongh - Dargaud

2 juillet 2018 7 commentaires
  • Le nouvel album de Zidrou aborde, avec un talent absolu, la question de l'amour à l'âge de la retraite, de la déliquescence des corps et des sentiments. Un très bel ouvrage, pudique et touchant.

Mais où s’arrêtera Zidrou ? Il est non seulement l’un des scénaristes les plus prolifiques des dernières années, avec notamment Chevalier Brayard, Emma G. Wildford, Natures mortes, La petite souriante, ou encore Ric Hochet, mais aussi, et surtout, probablement le meilleur. Son œuvre impressionne par sa qualité et sa diversité, touchant, systématiquement avec force et pertinence, à des thématiques très différentes, des structures familiales avec Les beaux étés à la question de l’adoption avec L’Adoption, tout en sachant s’associer à chaque fois avec des dessinateurs, souvent jeunes, de grand talent.

L'obsolescence programmée de nos sentiments - Par Zidrou et A. De Jongh - Dargaud

Ce nouvel album confirme cette règle. Disons-le d’emblée, il est juste magnifique. Ulysse, veuf de 59 ans, est renvoyé et perd son emploi de déménageur. Il s’enfonce dans la solitude et la recherche vaine d’occupations pour combler son ennui. Méditerranée, ancien mannequin de 62 ans, a repris la fromagerie de sa mère, laquelle meurt, faisant d’elle l’aînée de la famille. Elle perd elle aussi pied, se sentent affreusement seule.

La question de la vie des personnes âgées est de plus en plus présent dans la bande dessinée, avec notamment Les Vieux fourneaux, mais aussi Proies faciles, Les Petits ruisseaux, Au fil de l’eau ou encore Jamais. Cet album s’inscrit donc dans une tendance actuelle du Neuvième Art, mais il le fait avec une délicatesse rare, une pudeur absolue et fluidité narrative admirable.

Les deux sexagénaires vont se croiser et entamer une romance de sexagénaires. Les auteurs fuient toute mièvrerie, jouant sur l’humour et la subtilité, dans un véritable roman graphique du quotidien, une poésie du troisième âge. Le dessin est tout aussi juste, ne cachant rien : Aimée de Jongh, dont nous avions loué le travail graphique sur son premier album Le Retour de la bondrée, ose les cadrages serrés, les gros plans. La dessinatrice montre de manière crue le vieillissement des corps, la chair et le désir des retraités, et ses couleurs servent parfaitement le récit. Ne boudez pas votre plaisir, et ruez-vous sur cet album d’une magnifique sensibilité !

(par Tristan MARTINE)

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7 Messages :
  • « Il est non seulement l’un des scénaristes les plus prolifiques des dernières années... mais aussi, et surtout, probablement le meilleur. »

    C’qui faut pas lire comme connerie... Espérons que c’est un pote à vous sinon c’est encore plus grave.

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    • Répondu par Tristan MARTINE le 2 juillet à  14:57 :

      Je vais encore vous décevoir, mais je n’ai jamais eu le plaisir de le rencontrer !

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      • Répondu par Laurent Colonnier le 2 juillet à  15:27 :

        Vous n’avez rien manqué, mais du coup je suppose que votre deuxième "meilleur scénariste des dernières années" est Christophe Cazenove et que vous n’avez jamais lu Lupano, Nury et encore une dizaine d’autres dont les noms ne me viennent pas à l’instant.

        (et je signale qu’il y a des auteurs complets qui sont de bien meilleurs scénaristes que des pisseurs de copie "prolifiques")

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        • Répondu par Tristan MARTINE le 2 juillet à  15:36 :

          "Le meilleur", c’est très subjectif, je suis bien d’accord.
          Disons alors qu’avec Nury et Lupano, Zidrou est clairement dans le triumvirat des scénaristes francophones actuels dont l’œuvre est la plus marquante !

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          • Répondu par Laurent Colonnier le 2 juillet à  17:32 :

            Très subjectif, surtout concertant un scénariste certes prolifique mais relativement médiocre au demeurant.

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    • Répondu par Lusabets le 2 juillet à  15:12 :

      D’accord avec vous, Laurent Colonnier.
      Le meilleur scénariste du moment Zidrou ne m’a pas vraiment convaincu dans le Clifton Tome 23 Just married. De mon temps, les explosions de bandes dessinées destinées à un jeune public ne laissaient aux victimes que des bleus, des pansements et quelques vêtements déchirés. Dans cet album, écrit par Zidrou, des êtres humains tués, pulvérisés, volatilisés, en veux-tu, en voilà. Les temps ont changé, d’accord, mais il ne faut tout de même pas charrier.

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      • Répondu par Tristan MARTINE le 2 juillet à  15:34 :

        Que la production de Zidrou soit éclectique, avec des œuvres divertissantes et légères, d’une part, et d’autres bien plus marquantes, on est d’accord !
        Mais je vous invite justement à lire l’Adoption, Les beaux étés, Chevalier Brayard, Le Crime qui est le tien, Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre qui donc lui reprisait ses chaussettes ?, et vous verrez que ces albums méritent vraiment le détour !

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