Antonio Parras : « A 78 ans, j’apprends toujours à dessiner ! »

16 février 2007 3 commentaires
  • Derrière un regard malicieux et un air débonnaire se cache un auteur qui a participé aux grandes aventures éditoriales de ces soixante dernières années. De la [World Press->http://www.actuabd.com/spip.php?breve1887] à {Pilote} en passant par {Charlie Mensuel} où il signa {Les Inoxydables}. {{Antonio Parras}} revient sur le devant de la scène en assumant, dans les années ’90, le dessin du {Lièvre de Mars} et, aujourd’hui, {Le Méridien des Brumes}.

Parras nous y emmène, en compagnie de Juszezak, sur les traces d’un sérial killer au dix-neuvième siècle, au cœur d’une Londres réinventée. Une affaire qui est le début d’une terrible machination…


Vous êtes une légende de la bande dessinée, Pourtant on a l’impression que c’est le Lièvre de Mars [1] qui vous a fait connaître à un public plus large…

Effectivement ! Cette série, écrite par Patrick Cothias, a eu rapidement du succès. J’aimais beaucoup Le Lièvre de Mars. Le scénariste parvenait à maintenir un suspense incroyable dans ce thriller. Le lecteur avait envie de lire les albums les uns après les autres pour savoir si le héros avait vraiment été sur la planète Mars. J’ai arrêté de la dessiner car j’ai été lassé de cet univers. Cothias, lui aussi, semblait s’en désintéresser. Et puis, à la même époque, un différent m’a opposé à l’éditeur. Comme je connaissais Guy Vidal [2] depuis de nombreuses années, je lui ai demandé s’il pouvait me présenter à un autre scénariste. C’est ainsi que je suis arrivé aux éditions Dargaud.

Antonio Parras : « A 78 ans, j'apprends toujours à dessiner ! »Qu’est ce qui vous plaisait dans « Le Méridien des Brumes », écrite par Juszezak

L’ambiance ! J’appréciais beaucoup cette uchronie qui se déroulait dans le Londres du 19e siècle. A vrai dire, je percevais cette série de manière différente que le scénariste. J’ai laissé décanter mes idées, puis je me suis adapté à ses volontés. Ce récit demandait beaucoup d’inventivité de la part du dessinateur. Je voulais rajouter quelques éléments pour enrichir cet univers, ce qui n’avait pas vraiment plu à Juszezak...

Votre style graphique est fouillé et sombre pour cette série…

Le scénario me l’imposait ! Le Méridien des Brumes aurait pu faire un excellent film, tant l’univers est conséquent. Il me fallait soigner les décors et les personnages. Comme je ne suis plus tout jeune, et que je ne suis plus vissé à ma table à dessin des journées entières, cela m’a pris beaucoup de temps pour dessiner les albums de ce diptyque. Je me suis aussi beaucoup documenté sur Londres. Je voulais également privilégier un travail de qualité. Mes planches devaient avoir une constance graphique. Même si je suis un peu plus fatigué qu’avant, j’ai toujours la même pêche pour dessiner…

Extrait du T2 du "Méridien des Brumes".
(c) Parras, Juszezak et Dargaud.

Vous travaillez sur un nouveau projet ?

Vous savez, à mon âge, il ne serait pas raisonnable de commencer une nouvelle série. J’ai plutôt envie de dessiner un one-shot. Je recherche actuellement un scénariste qui m’écrirait une histoire plus légère. Je veux à présent m’éclater en allant à l’essentiel, et donc simplifier mon style. Je n’ai plus envie de dessiner les toits de Paris de manière hyper réaliste, fenêtre par fenêtre. Un scénario doit donner le ton au dessinateur. Le style graphique qu’emploiera l’auteur qui l’illustrera doit transpirer en lisant le synopsis ! Un dessinateur ne peut pas trahir un scénario…

Vous avez fait partie de quelques belles aventures éditoriales ...

Effectivement. J’ai la chance d’avoir 78 ans ! J’ai donc connu l’époque dorée de la bande dessinée. Je vois encore certains grands auteurs comme s’ils nous avaient quittés hier : René Goscinny, toujours tiré à quatre épingles, avec un costume et une cravate raffinés qui le rendait aussi élégant que le Prince de Galles. Je revois également Jean-Michel Charlier en train de manger ses énormes sandwichs. Et surtout, je me souviens de leur enthousiasme lorsque j’allais livrer mes planches chez Pilote.
Même si je perçois la même énergie actuellement chez Dargaud, je conserve une certaine nostalgie de cette époque où je venais tout juste de débarquer d’Espagne.
Et puis, à ce moment-là, j’apprenais à dessiner. Enfin, je continue encore aujourd’hui à assimiler des choses sur mon métier. En fait, non… J’apprends toujours à dessiner (rires) !

(par Nicolas Anspach)

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Lire la chronique du T1

Photo (c) Nicolas Anspach - Reproduction interdite sans autorisation préalable.

[1Parras a dessiné sept tomes de cette série

[2Guy Vidal était éditeur chez Dargaud. Il fut également le scénariste d’ Antonio Parras dans les années ’60. Ils ont créé ensemble la série Ian Mac Donald.

 
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