"Aposimz", "Blame !" et expo à Angoulême : Tsutomu Nihei à l’honneur

27 novembre 2018 0 commentaire
  • Tsutomu Nihei est à l'honneur cet hiver en France. Côté publication, Glénat lance son nouveau manga "Aposimz" et réédite dans une édition prestige son classique "Blame!". Côté festival, le mangaka aura droit à une exposition à Angoulême lors du prochain FIBD.
"Aposimz", "Blame !" et expo à Angoulême : Tsutomu Nihei à l'honneur
Couverture de l’édition deluxe, grand format, de "Blame !"

Depuis plusieurs années déjà, Tsutomu Nihei jouit d’une solide réputation, aussi bien au Japon qu’en France. Ses succès y sont à la fois critiques et populaires, son inscription dans le registre de la science-fiction mature destinant ses œuvres à un public d’amateurs éclairés.

Cette reconnaissance débute avec Blame !, et sa préquelle NOiSE, au début des années 2000. Puis il y eut Biomega et Abara, avant, aux détours des années 2010 de découvrir Knights of Sidonia, quinze tomes d’une formidable épopée spatiale qui affirma un peu plus le rayonnement du mangaka. Le tout publié en France chez Glénat.

De quoi largement justifier une exposition sur deux décennies de carrière. Celle-ci sera à découvrir lors du prochain FIBD d’Angoulême, en présence de l’auteur qui assurera pour l’occasion masterclass et dédicaces. Un événement en lien également avec le lancement de sa nouvelle série, Aposimz : La Planète des marionnettes, qu’accompagne en outre une réédition de Blame ! en six volumes d’une édition "Deluxe".

Le Monde d’Aposimz : d’effroyables et désolés vestiges industriels
NINGYO NO KUNI © 2017 Tsutomu Nihei / Kodansha Ltd.
De formidables armures que certains peuvent revêtir pour combattre
NINGYO NO KUNI © 2017 Tsutomu Nihei / Kodansha Ltd.

Aposimz déploie son intrigue sur un astre artificiel gigantesque coupé en deux et opposant son intérieur à sa surface. Le cœur de l’astre se trouve ainsi protégé du monde de la périphérie par une coque indestructible. Quant aux exilés de cet univers ils errent dans les décombres d’un monde d’acier ravagé par une guerre ancienne et désolé par le climat glacial de la surface elle-même.

Là, des communautés isolées se disputent le droit de survivre tandis qu’un empire accumule des artefacts oubliés censés lui octroyer le droit de défier, une fois encore, les privilégiés reclus dans le noyau de l’astre mort. En parallèle, c’est l’humanité elle-même qui vacille sous le coup de la propagation des Marionnettes.

Car aux marges des marges se situent les individus contaminés par un mal qui transforme ceux qui en sont infectés en pantins désarticulés, errant indéfiniment en troupeaux et dont les corps tombent peu à peu en morceaux. Un sort pire que la mort pour bien des habitants d’Aposimz.

Les marionnettes, la plaie d’Aposimz
NINGYO NO KUNI © 2017 Tsutomu Nihei / Kodansha Ltd.
Une jeune fille en fuite, et à secourir, point de départ de la tragédie
NINGYO NO KUNI © 2017 Tsutomu Nihei / Kodansha Ltd.

Après le réenchantement qu’avait pu constituer Knights of Sidonia, Tsutomu Nihei renoue semble-t-il avec le pur désenchantement tant cette entame recherche - et produit - l’effet d’une douche froide à même de brutalement réveiller le lecteur. Le monde d’Aposimz se révèle implacable et nous allons immédiatement en prendre conscience.

Passée une introduction rondement menée du contexte et d’un premier groupe de héros, le tout sur fond, croit-on, d’une classique intrigue de princesse en détresse, le gant se retourne violemment pour ne laisser que ruines et désolation autour d’une figure centrale qui n’était pas forcément celle attendue.

La véritable histoire peut alors commencer, mêlant puissances occultes et mystères scientifiques, lâchetés individuelles et folies collectives, questionnement existentiel et espoir à entretenir. Essro se verra confier un extraordinaire pouvoir susceptible de transformer radicalement le monde dans lequel il évolue et sa quête personnelle, vengeresse, croisera nécessairement les intérêts et le destin de toute sa communauté.

Ayant porté secours à un jeune fille, nos héros se trouvent attaqués par des puissances qui les dépassent
NINGYO NO KUNI © 2017 Tsutomu Nihei / Kodansha Ltd.
Des corps en décomposition et en recomposition permanentes
NINGYO NO KUNI © 2017 Tsutomu Nihei / Kodansha Ltd.

On retrouve dans Aposimz les grands motifs de Tsutomu Nihei. Ainsi, marque graphique de l’auteur, des architectures enchevêtrées, folies de métal construites autour d’une verticalité qui impose l’idée d’un abîme où les personnages sont appelés à se perdre et à sombrer. Ainsi aussi de cette atmosphère de fin du monde qui hante le récit tout en lui fournissant paradoxalement un point de départ fécond.

Ainsi encore de la marginalité dont on retrouve des échos constants, aussi bien dans la caractérisation des personnages que dans les situations dépeintes. Ainsi enfin de cette humanité dont les limites sont questionnées par la mise en scène d’une altérité radicale à laquelle elle doit faire face.

En un tome, le mangaka installe avec maestria son nouvel univers tout en proposant une action rythmée et des combats percutants. L’ambiance y est certes sombre, mais passé le deuil inaugural, le compagnonnage ouvert par le duo de héros paraît à même de rendre vivante la narration. Et quel autre rêve pourrait-on avoir dans un monde peuplé de poupées sans vie ?

Passer en deux pages de la légèreté...
NINGYO NO KUNI © 2017 Tsutomu Nihei / Kodansha Ltd.
... à la tragédie, tout l’art de Tsutomu Nihei
NINGYO NO KUNI © 2017 Tsutomu Nihei / Kodansha Ltd.

Voir en ligne : Lecture en ligne du début du 1er tome

(par Aurélien Pigeat)

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Aposimz : La Planète de marionnettes T1. Par Tsutomu Nihei. Traduction Yohan Leclerc. Glénat, collection Seinen. Sortie le 07 novembre. 180 pages. 7,60 euros.

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