Batman - Curse of the White Knight - Par Sean Murphy

26 octobre 2020 0 commentaire
  • Un an après son formidable "White Knight", Sean Murphy revient avec une suite. Et il fait encore plus fort. Indéniablement, sa réinterprétation de l'univers et de la mythologie Batman est appelée à faire date.

Sean Murphy s’installe dans le paysage DC, mais à sa manière. Auteur d’une réinterprétation ambitieuse et enlevée de Batman avec son White Knight, il s’attelle à une suite. Et ce qui aurait pu n’être que l’exploitation d’un bon filon - car White Knight fut un succès, critique et commercial - se transforme en la mise en place d’un univers à l’impact peut-être aussi marquant que le fut le Dark Knight Returns de Frank Miller.

Pour rappel, White Knight (lire ici notre chronique) avait présenté l’affrontement entre un Joker repenti, la personnalité de Jack Napier ayant refait surface, et un Batman dépassé. Le premier s’engageant dans un combat politique pour nettoyer Gotham city non seulement de ses monstres et de sa pègre mais aussi et surtout de ses vigilant violents qui y sèment le chaos au prétexte de pourfendre le crime, Batman en tête.

Batman - Curse of the White Knight - Par Sean Murphy
L’ère post-Napier : le temps des remises en question pour Batman
Batman - Curse of the White Knight (c) Sean Murphy

Curse of the White Knight reprend l’histoire après la défaite de Napier et le retour du Joker. Et celui-ci décide de lancer sa meilleure blague, celle qu’il garde en réserve depuis des années. Ceci avec la complicité des élites économiques et corrompues de Gotham City qui voient d’un mauvais œil les changements amorcés par Napier au sein de la population de Gotham.

De son côté, Batman a perdu une grande partie de son crédit et s’interroge lui-même sur le devenir de son masque et de sa fonction. Il découvre alors le journal d’un ancêtre Wayne remontant à la fondation de Gotham City. Les histoires, intimement enchevêtrée, de la famille Wayne et de la ville ne semblent pas celles écrites jusque-là. Et les secrets qu’elles renferment risquent d’ébranler, plus encore que ne l’avait fait Napier, Batman et tout Gotham.

Le journal des Wayne, à la source de la fameuse "malédiction" qui donne son titre au roman graphique
Batman - Curse of the White Knight © Sean Murphy
Jean-Paul Valley en illuminé recevant une épée enflammée. Une nouvelle croisade, mais cette fois contre le Croisé à la Cape ?
Batman - Curse of the White Knight (c) Sean Murphy

Après avoir complètement renouvelé l’antagonisme entre Batman et le Joker, Sean Murphy s’attaque à d’autres pans mythiques de l’univers et de l’identité du Chevalier Noir. Les Wayne sont-ils bien ce qu’ils affichent être ? Leur fortune est-elle bien construite sur le mérite ? Le vol et le meurtre peuvent-ils fonder le succès et le pouvoir ?

Et pour répondre à tout cela, Sean Murphy récupère un autre protagoniste du Batverse : Jean-Paul Valley, alias Azraël, membre de l’Ordre de Saint-Dumas, ici fanatique désirant devenir un envers radical de Batman. Je jeu de miroir et de faux-semblants se poursuit donc et s’affirme comme l’une des composantes majeures de l’écriture de notre auteur.

Son héros se trouve en effet sans cesse remis en question par les reflets déformés que ses adversaires lui renvoient. Reflets de qu’il n’est pas, de ce qu’il aurait pu être ou de ce qu’il aurait dû devenir. Et sa progression continue de se faire à travers une suite de morts et d’accidents qui jalonnent sa course toujours effrénée, qu’il cherche en vain - mais le veut-il vraiment ? - à ralentir.

Une manière radicale de gérer le personnel des Vilains de Gotham... D’ailleurs, les (re)connaissez-vous tous ?
Batman - Curse of the White Knight (c) Sean Murphy

Ainsi, Sean Murphy livre une partition grandiose, à la fois dans le renouvellement et dans l’hommage. Il récupère plusieurs signaux iconiques du Batverse - comme le destin de Barbara - et incorpore cela habilement à sa propre trame narrative tout en maintenant une réelle légitimité à l’introduction de ces clins d’œil. Cela produit un résultat magistral à même de ravir à la fois les fans de Batman et les lecteurs plus occasionnels de comics, le format "roman graphique" aidant. Et comme le précédent opus, une version Noir & Blanc accompagne la parution de la version classique en couleur.

On notera également la participation de Klaus Janson, encreur historique qui œuvra sur le dessin de Miller dans Dark Knight Returns. Là, il dessine un interlude consacré à Von Freeze, situé durant la période nazie, en Allemagne. Une collaboration qui tisse un peu plus la filiation entre le White Knight de 2017 et le Dark Knight de 1986. En attendant une suite, que plusieurs éléments de l’intrigue - dont une ultime planche en guise de coup de poing - appellent d’ores et déjà.

Un Interlude par Klaus Janson
Batman - Curse of the White Knight (c) Sean Murphy
Documents
Des jalons marquants

(par Aurélien Pigeat)

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Batman - Curse of the White Knight. Dessin et scénario Sean Murphy. Couleur : Matt Hollingsworth. Collaboration de Klaus Janson. Traduction Benjamin Rivière. Sortie le 02 octobre 2020. 288 pages. 22,50 euros.

De Sean Murphy, sur ActuaBD :
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