Entre thriller et SF, "The Wake" va vous réveiller !

13 février 2015 0 commentaire
  • À la croisée d'{Abyss} et d'{Alien}, {The Wake} nous plonge au fond de l'océan pour une inquiétante rencontre avec la créature à l'origine du mythe des sirènes. Une aventure glissant du thriller à la SF, signée Scott Snyder mais surtout portée et magnifiée par le splendide dessin de Sean Murphy.

Disons-le d’emblée : nous avons absolument adoré The Wake, une des lectures les plus captivantes des derniers mois. Et ce malgré un étonnant déséquilibre entre les deux histoires qui composent ce grand récit. Mais reprenons du début.

Cétologue à la renommée mondiale, Lee Archer est débauchée par une agence gouvernementale pour donner son avis sur le chant mystérieux d’une baleine pressentie comme atypique. Emmenée dans une station sous-marine pour étudier l’origine de ce chant, la découverte qui attend la chercheuse menace de bouleverser l’histoire et la destinée de l’humanité.

Entre thriller et SF, "The Wake" va vous réveiller !
Inquiétante plongée
The Wake © 2013-2014 DC Comics

Cette première partie de ce nouveau récit de Scott Snyder (Batman, American Vampire), haletant thriller scientifique et horrifique, tient toutes ses promesses. La tension, savamment dosée, monte crescendo et rend hommage aux classiques cinématographiques du genre, qu’il s’agisse d’Abyss pour la plongée mystérieuse, d’Alien pour le huis-clos avec la créature ou encore des Dents de la mer au fondement d’un imaginaire marin effrayant. D’autant que la dimension mythologique du récit, riche et merveilleuse, s’affirme à mesure que se débattent les héros dans l’eau glacée.

Sur cette trame, le travail de Sean Murphy au dessin se révèle tout bonnement admirable. Son sens du détail, ses cadrages, sa caractérisation des personnages et créatures donnent littéralement vie et corps à l’angoisse. Le traitement de la couleur par Matt Hollingsworth s’avère lui aussi remarquable - et c’est d’autant plus méritant que Sean Murphy se méfiant de la couleur, le dessinateur fait entrer dans la composition de ses planches de larges aplats noirs. On obtient ainsi, graphiquement, l’un des meilleurs albums de la période.

Là où le volume surprend, et pourra en dérouter et décevoir certains, c’est qu’il bifurque radicalement en cours de route. Deux histoires forment ensemble cette grande aventure et la seconde, située dans un futur apocalyptique transformé par les découvertes de la première, offre une toute autre ambiance, une toute autre appréhension des espaces et des enjeux.

De nouveaux modes de transports pour un futur dévasté
The Wake © 2013-2014 DC Comics

A mi-chemin entre le récit d’anticipation et la fresque épique, la deuxième moitié de The Wake suit une héroïne partie explorer le monde pour comprendre l’origine du désastre.

Dans le futur, la croisière ne s’amuse guère...
The Wake © 2013-2014 DC Comics

Par la situation et le cadre posés, la filiation se situe là plutôt du côté de Mad Max et ou de Waterworld . L’action y est plus rocambolesque, l’ambiance peut-être plus convenue. Mais ce que le récit perd en intensité il le récupère du côté de l’imaginaire.

Là encore, l’inventivité de Scott Snyder et de Sean Murphy pour créer ce monde d’après surprend et réjouit. Surtout, c’est dans cette partie que la dimension mythologique de l’intrigue se déploie pleinement, proposant une lecture de notre Histoire sidérante et sidérale à la fois. Ainsi de cette attention à certains détails mystérieux de notre anatomie, comme les larmes, qui se voient là conférer une portée et une signification stupéfiantes.

Ce n’est pas pour rien que The Wake a remporté en 2014 l’Eisner Award de la meilleur mini-série ainsi que celui du meilleur dessinateur : voilà un récit qui sait parler aux rêveurs pour qui la science-fiction constitue un moyen de susciter des émotions profondes et de revisiter le récit des origines de notre humanité pour mieux imaginer notre destinée. Et ce ce point de vue là The Wake s’impose comme un belle réussite.

Aux sources du mythe des sirènes
The Wake © 2013-2014 DC Comics

(par Aurélien Pigeat)

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The Wake. Par Scott Snyder (scénario), Sean Murphy (dessin) et Matt Hollingsworth (couleur). Traduction Jérôme Wicky. Urban Comics, collection Vertigo Deluxe. Sortie le 23 janvier 2015. 240 pages. 22,50 euros.

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