Bestiarius T1 & T2 - Par Masasumi Kakizaki - Kazé

5 décembre 2015 0
  • Rome, à son apogée, au Ier siècle après Jésus-Christ. L'Empereur Domitien règne sans partage sur l'Europe et s'amuse à faire combattre dans ses arènes les vaincus des diverses campagnes menées. Sauf que ce monde n'est pas tout à fait le nôtre: les gladiateurs que l'on découvre au cours de ces jeux relèvent tout autant du mythologique que de l'humain.

Car ce que met en place Masasumi Kakizaki - auteur de Rainbow chez le même éditeur français - apparaît rapidement comme une uchronie, ou plutôt une version de notre histoire mêlée de fantaisie. En Grande Bretagne, c’est Durandal, la dernière Wyverne, que les troupes romaines affrontent, tandis qu’en Crète, c’est bien entendu sur le Minotaure qu’elles tombent !

Bestiarius T1 & T2 - Par Masasumi Kakizaki - KazéOrcs, Gobelins ou Manticore viennent ainsi peupler des arènes dans lesquelles sont également jetés de jeunes gens, bestiarii - ces gladiateurs qui dans notre Rome antique combattaient des bêtes féroces - d’un genre nouveau. Il va leur falloir vendre chèrement leur peau pour conquérir leur liberté face à un pouvoir cruel et sanguinaire.

Les héros que nous suivons dans ces deux premiers tomes se distinguent par deux particularités qui semblent appelées à structurer l’action à court et long termes. Ils possédent tout d’abord tous des noms à résonance mythologique ou historique : des terres celtiques nous provient Finn, de Grèce Zénon, de Bretagne Arthur et Elaine. De quoi donner au titre un horizon mythique puissant que l’on espère voir exploité.

Par ailleurs, nous les découvrons enfants, élevés dans une relation privilégiée avec ces créatures que les Romains considèrent comme de simples bêtes. Leur affection et leur engagement vont aux monstres, pas aux hommes. Outre la dynamique immédiate que ce positionnement introduit - nos héros vont combattre aux côtés de créatures qu’ils assimilent à leur famille, contre les armées de Domitien - cela engage bien évidemment un discours sur la tolérance et l’acceptation de la différence, sur la définition de l’humanité.

Zénon, dans les arènes de Rome, face à la Manticore !
Bestiarius T1 © Masasumi Kakizaki / SHOGAKUKAN

Authentique shonen de combat de prime abord, Bestiarius se montre particulièrement percutant dans sa manière de brasser les mythes dans le cadre des arènes de gladiateurs. Cette manière de construire son univers lui donne ainsi un réel souffle. Même si l’on éprouve toutefois régulièrement le sentiment que le mangaka force le trait du côté de la dépravation et de la barbarie des élites romaines, qui apparaissent en fin de compte proprement bestiales, afin de faire ressortir en creux l’humanité des créatures mythologiques. Dans cette opposition, guère de nuances.

Le montage narratif du récit pourra lui peut-être désarçonner certains lecteurs dans ces premiers volumes d’introduction : nous passons d’un héros à l’autre, d’un mythe à l’autre, et si les fils se croisent discrètement d’un épisode à l’autre, leur tissage n’est pas encore réellement engagé. On pressent le rapprochement des actions avec la conjonction des intérêts, mais l’histoire demeure pour le moment étoilée, fragmentée, et non linéaire. On pourra cependant au contraire y voir une dynamique séduisante détonant un peu dans un paysage, de ce point de vue assez formaté au sein du shonen.

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Bestiarius T1 & T2. Par Masasumi Kakizaki. Traduction Yohan Leclerc. Kazé, collection Shônen Up !. Sortie le 7 octobre 2015. 192 pages. 6,99 euros.

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