Cinq vacations thématiques chez Millon (1/2)

6 décembre 2015 0 commentaire
  • Ces dimanches 6 et 13 décembre, Millon et ses associés-experts Huberty-Breyne proposent cinq nouvelles ventes aux enchères : la traditionnelle « 100 originaux d’exception », l’incontournable Hergé, ainsi que les plus originales ventes dédiées à Rahan, Gotlib et « la Kermesse aux Singes » de Vandersteen !

Décidément, les ventes ne cessent de se succéder, chacun des succès ou des records battus entraînant les possesseurs à se dessaisir de pièces rares, tandis que les acheteurs évaluent l’opportunité d’acheter avant que les côtes n’atteignent de nouveaux sommets !

L’originalité de la maison Million associée aux experts Marc Breyne & Alain Huberty se situe dans la volonté de réaliser cinq ventes indépendantes, plutôt qu’un gros catalogue qui rassemble des centaines de pièces. En ciblant un auteur, voire un album, ils désirent donner un gros coup de projecteur pour les collectionneurs à la recherche des pièces très particulières. Le revers de la médaille serait de ne rassembler qu’une dizaine d’amateurs dotés d’un faible pouvoir d’achat, et de voir une cote s’effondrer devant l’avalanche de pièces réunies en une seule vente.

Analysons cela en détail, tout d’abord avec les deux ventes qui ont déjà lieu ce dimanche même !

100 originaux d’exception : un rendez-vous incontournable

Chaque année, Millon et ses associés rassemblent cent pièces qu’ils réservent pour leur vente de fin d’année. Cette volonté de limiter les pièces permet de maintenir un excellent niveau qualitatif, tout en assurant aux vendeurs que le panel va attirer les collectionneurs. Remarquons d’ailleurs que pour la première fois, Millon a abandonné la traditionnelle couverture en noir et blanc, pour lui préférer la couleur directe d’une exceptionnelle illustration réalisée par François Schuiten !

Nous ne pouvons pas passer en revue la totalité du catalogue (voir ci-dessous pour les versions en ligne), mais notre regard est attiré par les pièces suivantes :
Cinq vacations thématiques chez Millon (1/2)  Deux illustrations d’Yves Chaland, dont l’une d’elles fit la couverture du Collectionneur de bande dessinée, puis du BDM 2011-2012. Outre le graphisme propre à Chaland, l’affiche évoque une avalanche d’albums mythiques qui éveille des souvenirs auprès des connaisseurs !
-  Deux originaux de Druillet, dont une des planches finales de La Nuit : une merveilleuse composition, alliant force et finesse dans un équilibre détonnant !
-  Deux « planches » de Barbarella (JC Forest), dont une est tirée du mythique premier tome, qui annonça une révolution au sein de la bande dessinée.
-  Deux planches de Franquin dont Gaston et la pub des enzymes : notez le mouvement en case 4 de Lebrac & Prunelle !

-  Une magnifique planche du Vol du Corbeau de Jean-Pierre Gibrat
-  Cinq œuvres/lot d’Hermann dont une des premières de Comanche, mais surtout une formidable réalisation dans l’enfer de la mangrove pour Bernard Prince !

-  Des strips de Jacobs : l’un encré de La Marque Jaune et un lot de trois crayonnés du Piège diabolique dont nous vous parlions cette semaine.
-  Trois planches de Jijé, dont un superbe exemple de bande dessinée réaliste avec Jerry Spring : l’occasion d’acquérir une planche exceptionnelle pour un auteur dont la cote reste actuellement en-dessous de sa réelle valeur artistique et historique.
-  Deux planches de Jacques Martin : celle de Lefranc mêle action, équilibre et densité avec quatorze cases menée tambour battant, mais étrangement lettrées en néerlandais.
-  Une superbe réalisation de JC Mézières pour le point d’orgue de Valérian : Brooklyn Station – Terminus Cosmos.
-  Trois œuvres de Giraud/Moebius dont une planche du Garage hermétique qui se déroule dans une ambiance de western : de quoi réconcilier les amateurs des deux styles du maître.

-  Une page d’annonce du futur récit des Schtroumpfs réalisée par Peyo : sous-évaluée, cette page présente onze schtroumpfs parmi les plus connus !
-  Deux planches d’Hugo Pratt : on retiendra surtout la scène de fusillade de Jesuit Joe, influencée par le cinéma.
-  Trois planches de Rosinski, dont une issue du Grand Pouvoir du Chninkel
-  Un incroyable dessin de Sempé, qui évoque avec subtilité et dérision le milieu de l’art : particulièrement opportun !
-  Quatre originaux de Jacques Tardi et son adaptation graphique de Nestor Burma. En particulier, la planche de 120, Rue de la gare évoque magnifiquement les thématiques fortes de l’album : l’intrigue, les déductions, Paris et son occupation par les Allemands.

-  Deux planches de Gil Jourdan réalisées par Tillieux
-  Cinq superbes originaux de William Vance : une couverture en couleurs directes pour Bob Morane (1975), et quatre planches de XIII, dont une est tirée de la poursuite dans la neige dans La Nuit du 3 août, tandis que deux autres encadrent le test que Carrington et Jones font passer à XIII dans Là où va l’indien. Les scènes militaires sont exceptionnelles, dans la foulée de celle réalisée à la fin de Bruno Brazil.

Les Américains ne sont pas oubliées, avec :
-  Une très belle planche du Spirit (Will Eisner), comprenant quelques très beaux clairs-obscurs.
-  Une leçon d’équilibre et de composition donnée par George Herriman et son Krazy Kat.
-  Trois superbes planches de Frank Miller pour son chef d’œuvre graphique Sin City : une occasion exceptionnelle d’acquérir trois pages de L’Enfer en Retour.
-  Deux très beaux strips d’Alex Raymond dont celui de L’Agent X-9 qui mesure 63 cm de large.
-  Deux planches de Charles Schulz, avec Peanuts bien entendu !
-  Deux strips de Terry et les Pirates de Milton Caniff, dont un exemplaire met en scène Dragon Lady, envoutante et mystérieuse : une splendeur !

La première vente dédiée uniquement à Rahan !

La première des vacations exceptionnelles est celle dédié à André Chéret et le héros des âges préhistoriques qu’il a créé avec Roger Lecureux. Cette vente de 31 pièces attirera certainement les collectionneurs de cette série mythique de Pif Gadget, dont bon nombre de français !

Le panel regroupe une large série d’originaux, classé chronologiquement de 1969 à 1994. Les maîtres-mots de cette sélection sont : qualité et diversité. Bien des planches proposées sont soit des pages de titres entamant un récit, soit la dernière page qui annonce souvent le prochain récit. C’est justement le cas de cette pièce maîtresse qui débutera la vente : il s’agit de la dernière planche du premier récit de Rahan, paru dans le tout premier Pif Gadget du 24 février 1969. Même si Rahan n’a pas encore acquis sa stature définitive, tous les éléments du succès sont déjà présents dans cette planche : la composition spécifique éclipsant souvent les bords de cases, les animaux préhistoriques frappant de réalisme, sans oublier l’esprit humaniste de Rahan qui se lance ainsi dans une aventure qui va durer plus de quarante-cinq ans. Une planche exceptionnelle pour sa valeur historique !

Parmi les autres originaux, on retrouve des illustrations en couleurs directes (dont le fameux poster avec le volcan en arrière-plan) ainsi que de superbes planches où le fils de Craô se bat avec des animaux sauvages. La précision et la force de l’encrage d’André Chéret font des merveilles. Les cases des pages de titre, la fureur des éléments déchaînés, les scènes mythiques du choix du coutelas et les perspectives acrobatiques font de chacune de ces planches des éléments représentatifs de l’ensemble de l’œuvre. Notons également la présence d’une planche de L’île du clan perdu dans laquelle Chéret évite la censure en présentant son héroïne dénudée de trois-quarts dos ou dissimulant par hasard sa poitrine.

La sélection reprend également une série de couvertures originales en noir et blanc et en couleurs directes pour Pif Gadget ou les revues Rahan. Notons également la présence de l’une des dix couvertures en couleurs directes réalisées par André Chéret pour Pif Gagdet, ici en 1975. La vente se terminera par deux couvertures en couleurs directes réalisées dans les années 1990 : l’une pour Tout Rahan, et la seconde pour Petit Rahan, lorsque le fils des âges farouches reçoit le collier de cinq griffes confié par Craô, ce que fait le lien avec la première planche du premier récit.

Si les amateurs se réjouiront (voire seront peut-être émus) de cette vacation spécialement consacrée à Rahan, on peut se demander si le regroupement de ces pièces exceptionnelles ne risque pas de provoquer une diminution de la cote de Chéret. La même question se posera d’ailleurs pour les ventes suivantes dont nous vous parlerons dans notre prochain article : ce type de ventes thématiques renforce-t-il l’attrait des amateurs ou déforce-t-il la cote d’un auteur ? A partir de quel nombre de pièces un seuil critique est-il atteint en fonction de la renommée d’un auteur, qui tendrait à faire basculer le marché ? Premier élément de réponse dans quelques heures, lors des ventes toujours réalisées en duplex à Bruxelles et à Paris !

(par Charles-Louis Detournay)

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