Bruno Bonnell annonce la suspension de BoDoï en kiosque et prépare sa révolution numérique

23 septembre 2008 21 commentaires
  • BoDoï, le premier magazine d’information sur la bande dessinée en kiosque suspend momentanément sa parution à son 122ème numéro en vente début octobre. Son propriétaire, Bruno Bonnell, annonce sa continuation dans une forme numérisée sur internet, en attendant la publication du N°123 en janvier prochain pour Angoulême.

Alors que Casemate a décidé de ne pas communiquer sur sa continuation suite à la mise en liquidation de sa société éditrice, que les éditions Dargaud ont interrompu au numéro 100 l’exploitation de leur Lettre, qu’enfin le magazine Cargozone ne répond plus, Bruno Bonnell, propriétaire du magazine BoDoï vient à son tour de décider de suspendre momentanément son exploitation en kiosque au bout de 122 numéros et onze ans d’existence, le temps de « switcher » sur une exploitation uniquement sur Internet. Par ailleurs, Frédéric Bosser arrête son activité de galeriste pour s’investir complètement dans l’exploitation de [dDB] et le magazine gratuit Zoo affiche pour son dernier numéro un tirage de 92.000 exemplaires diffusés en librairie, avec des recettes publicitaires qui font le plein. Il n’y a aucun doute, la presse d’information sur la BD est en pleine révolution.

Le plus ancien magazine d’information sur la BD en kiosque

Bruno Bonnell annonce la suspension de BoDoï en kiosque et prépare sa révolution numérique
BoDoï N°1 (septembre 1997)

Fondé en septembre 1997 par les frères Vidal et Hervé Loiselet qui en fut le gérant pendant deux ans, BoDoï est le plus ancien titre d’information sur la BD sur le marché, mixant interviews, articles de fond et prépublications, avec une qualité constante et un sens de l’à-propos rarement pris en défaut. Hélas, le modèle économique n’a jamais été avéré. Au bout de quelques années, Hervé Loiselet quitta le navire pour d’autres destinées éditoriales (il créa notamment pour Soleil Bandes Dessinées Magazine, puis Suprême Dimension qui s’arrêta également pour passer à une version en ligne dont il s’occupe encore aujourd’hui) tandis que le flamboyant Bruno Bonnell, le patron de Atari, abonné de la première heure, entrait dans le capital, reprenant notamment les parts de Mon Journal, de Halloween Concept et de Loiselet qui en étaient actionnaires. Mais au fil du temps et des augmentations de capital, la rédaction de BoDoï entra en conflit avec son actionnaire qui attendait avec raison un juste retour sur son investissement et une évolution un peu plus dynamique, ce qui provoqua dans un premier temps le départ de son rédacteur en chef, Jean-Marc Vidal, puis de son frère Frédéric, allé fonder le magazine concurrent Casemate pour la société Story, la même qui avait épaulé la création de BoDoï à ses débuts et qui se trouve aujourd’hui en liquidation sans que l’on sache ce qu’il advient du titre.

C’est fini pour BoDoï ? «  BoDoï ne s’arrête pas !, s’insurge son propriétaire Bruno Bonnell, le N°123 sortira pour Angoulême. Notre équipe travaille déjà depuis plusieurs mois sur l’évolution de BoDoï dans le monde du digital et notamment sur un portail qui permettra de réunir, autour du thème BD, beaucoup plus d’informations, de moyens ou d’accès à la BD et à ses produits dérivés et qui sera montré à Angoulême en janvier 2009. »

Bruno Bonnell : "Il faut trouver une synergie entre l’imprimé et le digital"
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

L’Internet deviendrait-il le nouvel Eldorado de l’info BD ?

Une version « web » associée à une version papier ou quelque chose de plus radical ? «  « Tout internet » c’est logique, nous explique Hervé Loiselet, responsable éditorial de Soleilprod.com l’info BD n’a aucune valeur : c’est gratuit sur le Net. On ne peut pas vendre des journaux imprimés avec de l’info BD, j’en ai aujourd’hui la certitude. En revanche on pourra vendre sur Internet d’autres services, et de la sorte rémunérer une équipe rédactionnelle dont les papiers resteront en accès libre et gratuits.  » Bruno Bonnell confirme : « La presse BD en kiosque trouve son équilibre aujourd’hui essentiellement par l’intervention publicitaire des éditeurs. De nombreux contacts récents avec ceux-ci m’ont convaincu qu’ils ne souhaitaient pas poursuivre des investissements importants dans ce type de presse. C’est un peu paradoxal mais, soit ils travaillent sur des personnages et des séries connues et ils préfèrent faire de la publicité à plus grande échelle : XIII, Titeuf, Astérix… Soit ils travaillent sur des ouvrages plus confidentiels et les coûts de lancement sont suffisamment importants pour qu’ils ne trouvent pas les moyens de mettre significativement de l’argent dans la presse BD. Ils font des choix. Un mois ils aident un support, l’autre mois, ils vont en aider un autre ; bref, tout le monde est dans une situation assez précaire, vivant au mois le mois selon les décisions marketing des éditeurs. La presse, en diffusion, ne permet pas de financer l’équilibre de ces journaux.  »

BoDoï N°122 (octobre 2008)

D’où l’idée du portail digital qu’est en train de lancer BoDoï : gagner de l’argent en s’adressant à une communauté plus large que celle des acheteurs en kiosque en leur proposant des conseils, des produits dérivés que cela soit sous forme de DVD ou de jeux vidéo… Le personnel est le même qu’avant, aucun membre de la rédaction ne sera licencié. « Il faut trouver plus de revenus pour ces journaux, dans un esprit de mix digital/papier pour que les lecteurs puissent continuer à jouir de la bonne santé financière de leurs journaux favoris.  » Une partie de sa conviction a été forgée quand l’entrepreneur a racheté, voici six mois, le site de vente en ligne de produits dérivés de BD ABD.com, une entreprise qui s’avère rentable.

Connu pour son volontarisme, Bruno Bonnell a choisi de ne pas regarder les ventes de son journal s’étioler et a décidé de suspendre momentanément sa publication afin de mobiliser son équipe sur le portail BoDoï.com, un projet qui lui semble aller dans le sens de l’histoire et qui appelle à des partenariats avec les autres acteurs du monde numérique, très actifs en ce moment, comme nous vous l’évoquions récemment. « Je préfère investir de l’argent sur ce qui, à mon avis, est l’avenir de tous les médias, à savoir le digital associé au papier, plutôt que de continuer à combler des pertes sur un seul support que la révolution digitale, de toute façon, va finir par rendre un petit peu obsolète. Ce n’est pas la mort de l’imprimé. La presse, le livre et l’Internet doivent s’associer aux médias digitaux pour trouver une économie différente dans l’avenir. La mécanique traditionnelle « revenus de la diffusion + revenus de la publicité = revenus de la presse », a déjà montré ses limites dans d’autres médias. Au niveau de la niche des journaux BD, on peut faire quelque chose d’intéressant qui, aujourd’hui, n’existe pas. J’invite d’ailleurs tous les gens qui veulent se joindre à nous pour créer en partenariat cette activité numérique de nous écrire pour proposer leurs projets  ».

« Investir dans une communication digitale plutôt que presse, pourquoi pas ?, nous dit l’éditeur Pierre Paquet. Il ajoute, pragmatique : « Tout dépendra des budgets demandés. »

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Bruno Bonnell - Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD).

 
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21 Messages :
  • Il était évident que Bodoï ne survivrait pas au départ de Vidal, le contenu est devenu particulièrement insipide. Mais je souhaite longue vie à l’excellent Casemate qui a su reprendre le flambeau avec panache.

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    • Répondu le 23 septembre 2008 à  16:57 :

      moi je trouvais la nouvelle formule de BoDoï vraiment chouette, variée et graphique. J’ai vraiment apprécié l’article sur la bande dessinée numérique d’ailleurs. Un signe prémonitoire ?

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      • Répondu par nicolas le 7 octobre 2008 à  08:30 :

        Le numérique c’est la mort des archives. C’est tout dans l’instant rien pour le futur.

        Que restera - t - il dans 10 ans de tout ce qui se passe sur le web ?

        Rien !

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  • Et pour les abonnés, cela se passe comment ?

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    • Répondu par barney stinson le 12 octobre 2008 à  18:44 :

      je suis abonné à bodoi et je les ai donc appellé pour savoir à quoi m’en tenir !
      normalement avec le dernier numero que nous allons reçevoir,il y aura un courier qui nous proposera soit de continuer l’abonnement avec le numero 123 de fevrier soit d’arreter et de se faire rembourser les numeros equivalent à la durée de l’abonnement restant.

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  • " Alors que Casemate a décidé de ne pas communiquer sur sa continuation suite à la mise en liquidation de sa société éditrice" dementi par linformation chez vos confreres de BDZoom : " CaseMate (qui est désormais bien au chaud dans une toute nouvelle structure, la maison d’édition Pommes Presse, avec Frédéric Vidal comme directeur de la publication ; ce dernier en profite d’ailleurs pour démentir les rumeurs malveillantes qui ont enterré un peu trop vite son beau magazine)"

    http://www.bdzoom.com/spip.php?article3519

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  • un magazine attirant, cependant très loin d’une vraie revue de bd comme le "à suivre", mais surtout, le prix ! 6,95 euros en Belgique(vive l’europe des prix différents !) vraiment trop cher !

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  • Casemate existe toujours !!!
    23 septembre 2008 22:39, par Daniel

    Pourquoi annoncer la mort de cette excellente revue ? Le prochain numéro est annoncé !

    http://www.casemate.fr/

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 23 septembre 2008 à  23:15 :

      Casemate continue : Bonne nouvelle. Mais pourquoi ne le communiquent-ils pas ?

      Pourquoi annoncer la mort de cette excellente revue ?

      Je vous mets au défi de trouver sur ce site l’annonce de la mort de cette revue. Vous fantasmez. Il faut être sacrément de mauvaise foi pour interpréter ce qui était une interrogation légitime, suite à la liquidation de la maison éditrice du journal, comme une annonce de la disparition du journal.

      Si nous avions été informés, par un simple mail, ce n’est pas si difficile, nous nous serions faits un plaisir de publier l’info.

      Que l’équipe de Casemate n’ait pas envie de communiquer, très bien, on en prend note, mais qu’ils ne viennent pas se plaindre ensuite.

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    • Répondu le 24 septembre 2008 à  08:55 :

      Daniel on parle de BoDoï, pas de Casemate. Bizarre, bizarre

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      • Répondu par Fred le 24 septembre 2008 à  22:37 :

        Mais si on parle de Casemate cher anonyme, l’article commence même comme ça (encore eut-il fallu que vous le lisiez) :

        Alors que Casemate a décidé de ne pas communiquer sur sa continuation suite à la mise en liquidation de sa société éditrice

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    • Répondu par bdouebe le 30 septembre 2008 à  08:39 :

      bonjour, Bodoï va semble-t’il disparaitre ? C’est la fin d’une époque mais j’attends avec impatience la version web. La bonne nouvelle, c’est que Casemate continue, je le suis depuis le N°1...

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  • Cool. BD, courage et innovation sont donc compatibles...
    Quelle forme prendra ce nouveau Bodoï ? Angoulême promet d’être excitant :-)

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    • Répondu par asdf le 2 juillet 2009 à  08:48 :

      J’aime le BD et j’étais abonné à (A Suivre) puis à BoDoi, j’ai appris la mort car c’est une mort de BoDoi et cela par des média détourné ils n’ont pas respecté leur abonnés.

      Voir en ligne : 英文seo

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  • Fini le mag en papier : bienvenu dans le tout numérique. Dans 10 ans, on montrera avec fierté une clé USB ( si elle existe encore - la mode est de changer sans cesse de technologie pour nous faire racheter sans cesse les mêmes choses) et on dira :
    - Regarde, j’ai tous les numéros de BoDoï !!!
    Les collectionneurs et les amoureux de la BD sont ravis !On vit dans une époque formidable !

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  • abonné à BoDoi, c’est par d’autres médias que j’apprends l’arrêt de ce qui était mon magazine favori, c’est déplorable

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    • Répondu par Géraud le 26 octobre 2008 à  14:49 :

      "Suspension en kiosque" ?
      Dites franchement que la revue s’est cassé la gueule. Moi aussi, je l’ai appris par hasard, et je suis abonné depuis le début. C’est dommage.
      La mort d’un canard BD c’est toujours une catastrophe. Il reste quoi ? Spirou, Fluide, Lanfeust... Quand on compare avec la période 70/90, on dirait que ça se termine sévèrement...
      "Version numérique" ?
      Pas pour moi, je suis un fan de BD ! De profondis...

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  • ce serait interessant d’avoir le point de vue de DBD sur la perenité/rentablité d’un magazine bd aujourd’hui ( je ne connais pas Zoo)

    en tout cas basculer bodoï sur le net , why not , mais ils arriveront ds un domaine ou personne ne les attend vu qu’il y a deja des sites en place depuis longtemps , alors vont-ils rentabiliser la chose ? surtout si toutes les (rares) revues en font autant

    perso pour moi bodoi and co c’etait justement l’avantage d’avoir un support papier , complementaire des infos " immediates" du net , avoir un article illustré d’un chouette (!) dessin ...mais je suis ( déjà ) sans doute d’une trop ancienne génération , puisque de toute façon si ces revues s’arretent , c’est qu’il n’y a plus assez d’acheteurs ( en plus des contraintes d’aujourd’hui : minima de diffusions etc etc )...

    ds qq années , les jeunes ne seront sans doute habitués qu’au format electronique ....

    bah , pourquoi pas de toute façon ?

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  • J’aime le BD et j’étais abonné à (A Suivre) puis à BoDoi, j’ai appris la mort car c’est une mort de BoDoi et cela par des média détourné ils n’ont pas respecté leur abonnés.

    Je ne les suivrais pas dans cette version numérique et en plus dans un format non lisible sous mon OS.

    Je demanderais sûrement mon remboursement qui me permettra d’acheter des BD.

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  • R.I.P. Bodoï : la BD c’est du papier.

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    • Répondu par François Pincemi le 11 novembre 2008 à  00:09 :

      sur DBD pour les abonnés qui souhaitent continuer à recevoir une fois par mois une revue d’actualités-BD.

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