Cinq raisons pour attribuer le Grand Prix d’Angoulême 2019 à Grzegorz Rosinski

7 janvier 2019 5 commentaires
  • Alors que quelque 1500 auteurs ont jusqu’à demain soir pour donner leur « Short List » au FIBD dans un premier tour pour le Grand Prix, il est un nom que l’on entend parfois mais qui est rarement apparu dans les « papabiles » ces dernières années. Il s’agit bien sûr de Grzegorz Rosinski.

Nous avons cinq bonnes raisons pour retrouver Grzegorz Rosinski (né en 1941 en Pologne) parmi les élus de cette année :

1. Il termine sa carrière cette année. Il vient d’arrêter Thorgal, sa grande série, reprise aujourd’hui par d’autres artistes qui ne lui arrivent pas à la cheville. Quand il publie pour la première fois en mars 1977, sur un scénario de Jean Van Hamme, le premier épisode de la série Thorgal, La Magicienne trahie, personne ne sait que l’année suivante, l’Église catholique se dotera d’un pape polonais, ni que le cadre dilettante de chez Philips qui s’essaie au scénario professionnellement depuis quelques mois avec le soutien financier de son épouse deviendra l’un des plus gros vendeurs de bande dessinée de la francophonie moins de dix ans plus tard. Si Rosinski doit beaucoup à Van Hamme, l’inverse est aussi vrai.

Cinq raisons pour attribuer le Grand Prix d'Angoulême 2019 à Grzegorz Rosinski
Rosinski et Van Hamme : Thorgal
© Le Lombard

2. Il s’est essayé au roman graphique en noir et blanc, a été de l’équipée d’(A Suivre), s’est essayé au roman épique, au western, à la couleur directe. On sait que sa carrière ne se limite pas à Thorgal, que sa production polonaise précédente est déjà abondante et de qualité, et que d’autres chefs d’œuvre sont venus s’ajouter à celui-ci, déjà titanesque : Le Grand Pouvoir du Chninkel (1988), prépublié dans (A Suivre), La Complainte des landes perdues avec Jean Dufaux (1992), le One-shot Western avec Jean Van Hamme (2001), La Vengeance du comte Skarbek avec Yves Sente (2004) où il passe à la couleur directe, une technique qui lui autorise un geste plus ample dans le dessin, de même que des matières, des modelés et des transparences inédites dans sa gamme colorée.

Rosinski et Van Hamme : Le Grand Pouvoir du Schninkel.
© Casterman

3. Il est internationalement reconnu. Rosinski est traduit dans 20 langues : anglais, allemand, espagnol, portugais, italien, turc, coréen, polonais, néerlandais, danois, suédois, tchèque, serbe, croate, tamoul... Il a reçu de nombreux prix dont l’Alphart du public à Angoulême en 1989 et en 1996. Il a vendu 15 millions d’albums de Thorgal. Le développement d’une série télévisée en prise de vue réelle de la bande dessinée Thorgal est en cours, par le réalisateur Florian Henckel von Donnersmark (oscarisé pour La Vie des autres).

Rosinski et Dufaux. La Complainte des landes perdues.
© Dargaud

4. C’est l’un de nos plus grands dessinateurs réalistes classiques. Thorgal est le représentant majeur de la Sword and Sorcery classique dans la bande dessinée franco-belge, qui allie l’ingéniosité narrative de l’un des plus grands raconteurs d’histoires de son époque avec la puissance graphique d’un dessinateur dont la formation académique va renouveler le dessin réaliste francophone en dehors de tout effet d’école alors que la consanguinité avec le trait d’Hergé et d’Edgar P. Jacobs était, dans les années 1980, en train d’enfoncer la BD franco-belge dans un insupportable maniérisme.

Rosinski et Sente. La Vengeance du compte Sharbek.
© Le Lombard

5. Il est polonais. C’est un grand auteur classique qui n’est ni français, ni belge, ni japonais, ni américain mais qui a fait souffler de l’Est un vent nouveau et dont le style renvoie aux classiques canadien Hal Foster ou américain Alex Raymond. Après tout, les Catholiques ont élu un pape polonais. Pourquoi la bande dessinée n’aurait-elle pas elle aussi un ressortissant du pays de Sa Sainteté ?

Et puis, avec Rosinski, comme avec son ami Hermann, on aura un Grand Prix qui n’a pas sa langue dans sa poche. Ça nous changera des mutiques américains et japonais de ces dernières années...

Rosinski et Van Hamme. Western.
© Le Lombard

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Grzegorz Rosinski. Photo : DR

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5 Messages :
  • Tout à fait d’accord avec vous : Rosinski le mérite et de loin ! ! !

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  • mais on en revient à la question de l’auteur complet (abominable expression) face au "moignon". Rosinski n’est "que" dessinateur. Il n’a jamais vraiment scénarisé. Comme Juillard qui ne fut récompensé, commodément, qu’après "le cahier bleu".
    Parce qu’on a beau dire, même après la polémique du moignon, les lauréats restent des "auteurs complets". Les habitudes ont la vie dure.
    La seule (demi) exception reste Schuiten, alors que la majorité de son oeuvre reste indissociable de sa collaboration avec B Peeters (et il ne serait que justice que cet auteur et essayiste brillant soit un jour récompensé à son tour)

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 8 janvier à  12:49 :

      Cette règle de "l’auteur complet" est une aberration. Comme si le dessinateur n’était pas partie prenante dans le storytelling ! D’ailleurs, y-a-t’il un règlement qui le stipule ? Bien sûr que Rosinski a écrit lui-même des histoires, mais c’était en polonais. Et à ce titre, on écarte un Albert Uderzo et un René Goscinny. Débile. Il est temps que cela change. Vous avez aussi oublié Munoz, indissociable de Sampayo.

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  • J’ai plus de cinq bonnes raisons de supprimer le "Grand Prix".. pour un Hall of Famer ! 5 personnalités du 9ième art (du dessinateur au scénariste, le directeur de collection , l’éditeur - on pourrait donner un prix posthume à Charles Dupuis .. ) désignés d’office, sans passer par un vote, et 5 autres au vote. On équilibre le tout, parité ... et voilà !
    Comme ça tout le monde est content.
    Et le grand prix pour Carali ?! Il a fondé le Psykopat au passage, pas rien dans l’aventure et la carrière d’un dessinateur de s’être lancé dans l’édition d’une revue mensuelle.

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    • Répondu par Dom le 8 janvier à  21:23 :

      Grzegorz Rosinski a aussi été directeur artistique du magazine de BD polonais RELAX, le premier magazine de ce genre à l’est de l’Europe. C’était dans les années ’70, Rosinski était un véritable précurseur dans son domaine. Oui, ce Grand Prix, il le mérite vraiment pour l’ensemble de sa carrière artistique.

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