"Emilie voit quelqu’un" : une lecture qui vaut bien une séance chez le psy

25 août 2017 12 commentaires
  • Emilie a tout pour être heureuse. C'est du moins ce qu'elle se répète, sans comprendre pourquoi elle ne va pas si bien. Jusqu'au jour où elle se laisse convaincre de "voir quelqu'un". Théa Rojzman, au scénario, et Anne Rouquette, au dessin, nous proposent de découvrir de façon à la fois précise et légère, à travers le parcours de leur personnage, quelques-unes des bases de la psychanalyse et de la psychologie.

Emilie, la trentaine, semble aller pour le mieux. Partagée entre l’enseignement et la peinture, elle gagne suffisamment sa vie, a un petit ami, une famille aimante et deux amies fidèles. Il y a bien quelques frustrations, des querelles avec sa sœur et un agacement croissant envers son compagnon, mais rien de bien méchant en apparence.

"Emilie voit quelqu'un" : une lecture qui vaut bien une séance chez le psy
Emilie voit quelqu’un - Tome 1 © Théa Rojzman & Anne Rouquette / Fluide Glacial 2015

Nous la voyons pourtant s’effondrer dans le premier tome d’Emilie voit quelqu’un (2015), écrit par Théa Rojzman et dessiné par Anne Rouquette pour Fluide Glacial. Rupture sentimentale, difficultés professionnelles, distance familiale sont à chaque fois une charge en plus, qu’elle ne parvient plus à assumer. La dépression est là, d’abord tapie dans l’ombre, puis présente dans toute sa lourdeur, aussi pesante qu’apparemment inexplicable. Même l’armure qu’elle s’est forgée, sous la forme d’une tenue de Mary Poppins contemporaine, finit par craquer.

Un collègue bienveillant, mi-confident mi-soupirant, lui conseille de consulter une psychanalyste. Il existe bien d’autres formes de thérapies, mais autant débuter avec quelqu’un en qui il a confiance. Emilie se rend donc chez la dame, laconique lacanienne, plus sèche que sa tortue et presque aussi âgée que Sigmund Freud lui-même. C’est alors le début d’une relation complexe, qui porte cependant ses fruits.

Emilie voit quelqu’un - Tome 2 © Théa Rojzman & Anne Rouquette / Fluide Glacial 2017

Nous retrouvons donc Emilie au début du second tome, guillerette et, pense-t-elle, débarrassée de ses névroses. Mais ce n’est pas si facile. La patience est requise : l’on ne soigne pas une dépression comme l’on se remet d’une grippe. Une thérapie est souvent au long cours, faite de hauts et de bas, de réflexions et de remises en question.

Théa Rojzman et Anne Rouquette dresse le portrait réaliste d’une jeune femme attachante. Drôle et enlevée, leur chronique met en scène des personnages nettement caractérisés mais non caricaturaux. Les personnalités, nous l’apprenons peu à peu, ne sont jamais monolithiques. Le second tome, en particulier, apporte une note de gravité qui fait gagner en densité l’histoire comme ses acteurs.

Les autrices ont en outre ménagé des parenthèses au fil de leurs albums. Nous pouvons en effet lire quelques pages précisant les principaux concepts de la psychanalyse et de la psychologie. Pas d’excès de pédagogie cependant : il s’agit surtout d’éclairer le lecteur à qui il manquerait quelques bases - ou simplement de rappeler des éléments qui par ailleurs servent le récit. Loin de faire d’Emilie voit quelqu’un une "psychanalyse pour les nulles" [1], ces pages permettent d’élargir le propos et montrent que chacun est concerné, que l’on ressemble à Emilie ou non.

Nous regretterons que le graphisme ne soit pas un peu plus audacieux. Les peintures d’Emilie, que nous apercevons çà et là, montrent un potentiel intéressant. Quelques ruptures plus franches dans le trait ou les couleurs auraient pu rendre encore plus palpables les aléas psychologiques de notre héroïne. Reste que le dessin est d’une grande lisibilité et rend très accessible un sujet encore assez peu traité en bande dessinée.

Ces deux tomes d’Emilie voit quelqu’un - le début d’une série ? [2] - sont donc d’une lecture agréable et instructive. La formation et l’expérience de Théa Rojzman, qui par ailleurs dessine pour la revue Le Cercle Psy, lui permettent d’exposer simplement des concepts pourtant ardus, sans que la narration en pâtisse. Tout cela dédramatise simplement la démarche de "consulter" et de suivre une thérapie psychanalytique ou psychologique. De l’umour et bandessinées pas bête en quelque sorte !

Emilie voit quelqu’un - Tome 2 © Théa Rojzman & Anne Rouquette / Fluide Glacial 2017
Emilie voit quelqu’un - Tome 2 © Théa Rojzman & Anne Rouquette / Fluide Glacial 2017
Emilie voit quelqu’un - Tome 2 © Théa Rojzman & Anne Rouquette / Fluide Glacial 2017

(par Frédéric HOJLO)

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Emilie voit quelqu’un - Tome 1 : Après la psy, le beau temps ? - 18,4 x 24,8 cm - 104 pages couleur - couverture cartonnée - parution le 19 août 2015 - commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC.

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Consulter les sites de Théa Rojzman & d’Anne Rouquette.

A lire également sur ActuaBD :
- Histoires de filles T1 – Par Rouquette & Barrois – Fluide.G.
- Le Carnet de rêves - Par Théa Rojzman - La boîte à bulles.
- Mourir (ça n’existe pas) – Par Théa Rojzman – La boîte à Bulles.

[1Sic ! Ainsi le dossier de presse qualifie-t-il ces ouvrages, qui pourtant s’adressent à tous, femmes et hommes, initiés ou non.

[2Le récit se terminera normalement dans le prochain tome, cette "mini-série" devrait donc finalement comporter trois volumes.

 
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12 Messages :
  • Notons que la psychanalyse constitue un risque majeur de déviance compte tenu du fait que celle-ci n’est pas scientifique, pas réfutable. Par exemple, la majorité des erreurs judiciaires impliquent presque systématiquement un expert psy de cette pratique (Outreau, affaire Derochette, mode de résidence des enfants dans le cadre de la justice familiale, placement abusif d’enfants, autisme, etc.). La psychanalyse est à l’origine d’effets de détérioration. Il découle de cet ensemble un nombre incalculable de drames familiaux et même de suicides. En 1980, toutes les références freudiennes ont été retirées du DSM III pour leur absence de scientificité. La psychanalyse a fait l’objet d’un rapport de l’INSERM en 2004 qui démontre qu’elle est sans efficacité sur le plan thérapeutique et elle a aussi été désavouée en 2010 par la Haute Autorité de Santé pour sa fausse prétention à pouvoir soigner l’autisme.

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    • Répondu le 27 août 2017 à  11:29 :

      La psychanalyse serait-elle une pseudo-science ?

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    • Répondu par kyle william le 28 août 2017 à  19:21 :

      Pour info (même si ça n’est pas forcément le lieu et que ces talentueuses autoresses de BD ne méritaient sans doute pas cette énième charge anti-Freud), rappelons que le suscité DSM, (en français "manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux", parfois présenté comme l’émanation d’une autorité mondiale de référence, n’est autre qu’une publication de l’association des psychiatres américains, (dont de nombreux partisans des Thérapies cognitivo-comportementales) et qu’un certain nombre d’entre eux sont soupçonnés d’exercer une forme de lobbying (probablement contre rémunération) au bénéfice de l’industrie pharmaceutique, notamment en répertoriant régulièrement de nouvelles maladies correspondant comme par hasard à de nouveaux médicaments récemment commercialisés.
      La psychanalyse n’est pas une science, c’est entendu, et il est tellement plus "scientifique" de diagnostiquer des troubles de l’attention par millions et de bourrer les enfants de ritaline ou d’opiacés dès leur plus jeune âge.

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  • Avant d’aller voir un psy, je recommanderai a la dessinatrice d’aller voir un professeur de dessin, cela ne serait pas plus mal pour le lecteur.

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    • Répondu le 27 août 2017 à  11:28 :

      Que ses dessins soient plus que maladroits, c’est un fait, mais qu’un éditeur accepte de les publier, c’est nihiliste.

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 27 août 2017 à  11:46 :

      Le site personnel de la dessinatrice est indiqué en fin d’article, chacun se fera ainsi son avis. Quant à moi, je ne serais pas aussi péremptoire.

      Cordialement,

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      • Répondu le 28 août 2017 à  17:48 :

        "Chacun se fera son avis"

        C’est bien ce que je dis, c’est du nihilisme.

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