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Georgia O’Keeffe, Amazone de l’art moderne

  • Artiste très connue aux Etats-Unis, Georgia O'Keeffe l'est beaucoup moins en France. Avec l'exposition actuelle au Centre Pompidou et ce roman graphique qui l'accompagne, les choses devraient (enfin) changer.

Qu’il est bon de découvrir de nouveaux artistes, et même d’anciens, dont on se demande bien pourquoi le succès ailleurs ne nous avait pas encore gagnés. Ce roman graphique scénarisé par Luca de Santis et Sara Colaone et dessiné par cette dernière, fruit d’une collaboration avec le Musée Pompidou et les éditions Steinkis, nous permet d’entrer dans l’œuvre de cette grande peintre américaine.

Georgia O'Keeffe, Amazone de l'art moderne

C’est au Nouveau Mexique en 1949 que commence ce roman graphique : la peintre Georgia O’Keeffe est définitivement installée dans cette région découverte 18 ans plus tôt, à l’occasion d’un voyage vers l’Ouest pour survivre à sa rupture (jamais définitive) avec Alfred Stieglitz, photographe reconnu et galeriste influent, qui vient de tomber amoureux d’une jeune photographe, Dorothy Norman, reproduisant à l’identique ce qu’il s’était passé avec O’Keeffe en 1916.

La narration alterne entre l’année 1949, trois ans après la mort de Stieglitz et les flash-backs chronologiques permettant de parcourir les principaux moments de la biographie de O’Keeffe.

L’ouvrage s’achève sur la grande rétrospective de la carrière d’O’Keeffe à New York en 1970, venant parachever une carrière déjà riche et qui se prolongera jusqu’à sa mort, en 1986, à l’âge de 99 ans.

À l’évidence, même en plus de 180 pages, il n’était pas possible de tout dire d’une vie et d’une carrière aussi longues. Les auteurs ont donc fait le choix (judicieux) de resserrer leur propos autour de la relation artistique et amoureuse complexe entre le Stieglitz et O’Keeffe. Cette relation avec Stieglitz, qui a abouti à un mariage, a en effet compté plus que tout dans la vie de Georgia O’Keeffe, non seulement parce qu’ils se sont aimés jusqu’au bout, mais aussi du fait de leur dialogue artistique constant, interrompu seulement par la mort de Stieglitz. Sans être à proprement parler son Pygmalion (en ce sens qu’il aurait façonné l’artiste Georgia), Stieglitz a cependant joué un grand rôle dans sa carrière, volontairement ou indirectement. Quelque part, c’est aussi par dépit amoureux qu’O’Keeffe a pris la direction du Nouveau Mexique, lui ouvrant un nouvel horizon pour sa peinture. Ce nouvel amour "va guérir l’autre" comme le dit le très beau documentaire d’Evelyne Schels, Georgia O’Keeffe, une artiste au Far West (en replay sur le site d’Arte jusqu’au 10 novembre 2021).

Ce roman graphique nous montre bien la liberté et la complexité de cette grande dame, à la fois dans son art (elle a touché à de nombreux genres de peinture, de l’abstraction au réalisme) et dans sa vie : G. O’Keeffe est à la fois très attachée à Stieglitz, tout en étant féministe et très indépendante. Graphiquement, c’est aussi très réussi, avec un découpage très varié (le gaufrier n’aurait pas permis de rendre hommage à une artiste aussi libre, ayant un tel parcours artistique et une telle vie). L’absence de gouttières entre les cases, de tailles très variées par ailleurs, et le dessin très libre de Sara Colaone renforcent encore l’intérêt de ce roman vraiment graphique. Quant aux œuvres principales d’O’Keeffe, elles ne sont pas redessinées véritablement mais intégrées au récit.

À la mode depuis plusieurs années, les collaborations entre un musée et un éditeur de BD ont produit de l’excellent comme du tout-venant pas forcément indispensable. Le musée Pompidou et Steinkis ont permis à nos deux auteurs, déjà complices en 2010 d’un En Italie, il n’y a que de vrais hommes, de renouveler le genre avec brio, en s’attachant à une peintre qu’on connaîtra dorénavant beaucoup mieux. Ils nous donnent du même coup l’envie d’aller voir ses œuvres au Musée Pompidou ainsi que de lire les autres ouvrages de Luca de Santis et de Sara Colaone.

(par Philippe LEBAS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Georgia O’Keeffe, Amazone de l’art moderne. Par Luca De Santis (scénario) et Sara Colaone (dessin). Traduit par Laurent Lombard. Steinkis. Sortie le 2 septembre 2021. 22 x 30 cm. 189 pages couleur. 24 €.

Sur ActuaBD, lire la chronique d’En Italie, il n’y a que de vrais hommes

 
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