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"Guerilla"s de Brahm Revel : quand "La Planète des singes" rencontre "Platoon"

  • En 1970, les troupes américaines sont sur le point de craquer face à la persistance des attaques des Viêt-Congs. L'inefficacité de la superpuissance frustre aussi bien les soldats sur le terrain que les grands stratèges du Pentagone cherchant désespérément à gagner du terrain. C'est alors qu'un ancien scientifique nazi leurs propose une solution : l'utilisation de commandos de chimpanzés intelligents. Voici pour la première fois en France l'Opera Magna de Brahm Revel qui nous parvient sous le label Robinson.

Dans les profondeurs de la jungle vietnamienne, le jeune John Francis Clayton est mal dans sa peau de soldat. Il est le novice du peloton et ses compagnons ne ratent pas une occasion de le lui rappeler. La chaleur et les moustiques l’épuisent et la brutalité des autres marines envers les paysans vietnamiens le dégoûte profondément, mais il ne trouve pas la force de s’y opposer et encore moins de tirer sur ses ennemis.

"Guerilla"s de Brahm Revel : quand "La Planète des singes" rencontre "Platoon"

En silence, il parcourt le pays à la recherche de « Charlie », le Viêt-Cong, jusqu’à ce que son unité tombe dans une embuscade. Blessé à l’abdomen, il voit un à un ses camarades d’armes mourir sous les balles, alors qu’il est caché dans les buissons. Il se croit sauvé alors qu’un soldat vietnamien le repère. Alors qu’il se voit mourir, d’étranges silhouettes apparaissent d’entre les branches et liquident toute l’unité ennemie.

Sans le savoir, il vient d’être sauvé par un commando de chimpanzés rompus à l’art de la guerre qui feront de lui une nouvelle recrue grâce à un gros avantage : savoir allumer un briquet. Grand atout pour ses primates/marines qui fument cigarette sur cigarette après chaque mission.

Au fil des 300 pages de l’album nous découvrons l’organisation du peloton des sept chimpanzés et apprenons à les distinguer par des caractéristiques propres aux personnages des films de guerre. Le chef responsable et courageux, l’amateur d’explosifs, le gros bourrin avec un cœur d’enfant, le jeune insouciant, etc. Cette approche permet alors au lecteur de s’attacher à ces personnages qu’il suivra au fil de l’histoire.

Au début du récit nous les voyons réaliser ce pourquoi ils ont été entraînés : ils égorgent, mitraillent et massacrent tout un bataillon sans exprimer la moindre émotion. Puis juste après perpétré ces horreurs, ils entourent Clayton afin qu’il puisse allumer leurs cigarettes, tels des enfants avides de friandises. À partir de cet instant, nous allons pouvoir suivre leur évolution jusqu’à ce qu’ils deviennent aussi humains que les marines du peloton lancés à leur poursuite.

En effet, cette unité expérimentale a coupé ses liens avec le commandement et nous suivons, en parallèle, les péripéties du docteur Heisler, scientifique rescapé de l’opération Paperclip [1] Il est « l’auteur » du projet secret qui donna naissance à nos héros, mais pour des raisons mystérieuses, ses « exemplaires » ont décidé de déserter leur bataillon et il doit maintenant tenter de les récupérer afin de poursuivre ses recherches. Pour cela, il est accompagné par une autre unité de soldats d’élite (elle aussi constitué de personnages-clichés) et par son sinistre babouin Adolf...

L’effet-miroir entre ces deux commandos est souligné par le point de vue de Clayton, qui constitue le fil narratif de l’album, et qui n’hésite pas à créer des juxtapositions sarcastiques entre texte et images. À travers elles, l’auteur explore des sujets sensibles, telle que la psychologie des hommes face à la guerre, la morale hypocrite de la classe moyenne américaine, la déshumanisation des combattants, etc.

Initiée en 2006, Guerillas est sans doute l’œuvre la plus personnelle et ambitieuse de Brahm Revels (TMNT, Marvel Knights : X-Men et Teenage Mutant Ninja Turtles). En s’inspirant des classiques du cinéma de guerre, dont notamment La Planète des singes et Platoon, il nous épate avec l’efficacité de son graphisme synthétique, parfois acéré et tranchant comme la lame d’une baïonnette, mais aussi capable d’instants d’une grande beauté, donnant vie à des moments d’une grande charge émotive, tout en insérant des accents d’humour pour alléger la trame. Le tout avec un rythme qui ne lâche jamais prise, ponctué de nombreux échanges de balles.

Ce premier volet (regroupant les quatre premiers tomes), est une œuvre exquise, qui marquera sans doute ses lecteurs par les problématiques qu’elle soulève et pour la beauté de son histoire.

Voir en ligne : La Planète des Singes – Suprématie

(par Jorge SANCHEZ)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Guerillas - Par Brahm Revel. Éditions Robinson. 309 pages, noir et blanc - 22€

- La chronique "Vietnam : Journal par Don Lomax : au plus près des GI’s" par Vincent SAVI

- La chronique "La Planète des Singes T1" par Antoine Boudet

[1Opération secrète menée à la fin de la Seconde Guerre mondiale par l’état-major de l’armée américaine, afin d’exfiltrer et de recruter près de 1 500 scientifiques allemands recherchés par la justice internationale.

 
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