Japan Expo 2009 : Exercice de style pour Akemi Takada

10 juillet 2009 4 commentaires
  • Installation des caméras, préparation des appareils photos, tout est autorisé et le traducteur invite même les gens à le contacter par la suite, car il souhaite réaliser un montage de sa prestation pour la jeune femme. Akemi Takada, célèbre illustratrice et character designer qui a travaillé sur de très grande série, apparait alors sur la scène, petit bout de femme arborant un sourire jusqu'aux oreilles.

« Bonjour, je suis Akemi Takada, c’est la cinquième fois que je viens en France ». C’est sur ces mots, en français s’il vous plait, que s’ouvre la conférence de la célèbre dessinatrice des personnages animés de Urusei Yastura (Lamu), Kimagure Orange Road (Max et Compagnie), Maison Ikkoku (Juliette je t’aime) ou encore Creamy Mami.

Pas très à l’aise pour parler en public, elle propose de montrer ses talents d’illustratrice en direct, tout en répondant aux questions du public. Elle a d’ailleurs déjà préparé deux dessins et nous demande de choisir lequel mettre en peinture. Le choix se porte sur une jeune fille aux longs cheveux.
La dessinatrice s’installe, déballe son matériel, neuf pour l’occasion, et passe un tablier des plus grossiers, sans oublier d’insister sur le fait qu’elle n’en porte jamais d’habitude.

Son parcours

À l’origine, Akemi Takada souhaitait devenir mangaka. Ses parents n’étaient pas spécialement contre mais ils espéraient un brillant avenir pour leur fille, elle a donc intégré l’université d’Arts Graphiques et étudié la création artistique dans le domaine de la publicité. Elle nous explique que les étudiants de ce genre de formation font toujours des petits jobs en rapport avec leur cursus mais qu’elle préférait regarder Gatchaman à la télé. Elle est alors entrée chez Tatsunoko Prod. qui réalisait la série et a fini par y être embauchée.

Fortement influencée par Alfons Mucha [1] à l’université, elle va se trouver un nouveau mentor et non des moindres, puisque Yoshitaka Amano, créateur des personnages des Final Fantasy et de l’univers de Vampire Hunter D, va la prendre sous son aile pendant quatre ans.

Elle quitte Tatsunoko Prod en 1980 pour s’installer comme dessinatrice freelance.

Aujourd’hui, elle ne travaille quasiment plus dans l’animation mais se concentre plutôt sur des art books et des projets de jeux vidéo. Elle se consacre aussi à sa nouvelle passion : la création de bijoux qu’elle réalise de A à Z. Elle souhaite d’ailleurs donner la possibilité à plus de gens d’avoir accès à ses œuvres et y travaille.

Une personne du public lui demande si elle compte redevenir tout de même character designer un jour. La question la fait beaucoup rire et elle nous avoue travailler actuellement sur un projet. Elle aurait aimé pouvoir annoncer quelque chose à la Japan Expo mais ne peut pas en dire plus, si ce n’est que ce projet est destiné à faire plaisir aux filles.

Japan Expo 2009 : Exercice de style pour Akemi Takada © Akemi Takada

Techniques et habitudes de dessin

Étant donné que l’illustratrice est en train de réaliser sous nos yeux un dessin original, il s’avère judicieux de profiter de l’expérience du maître et d’en apprendre un peu plus sur ses techniques de dessin et ses habitudes de travail.

Elle nous avoue ne pas dessiner tant que ça, son budget matériel n’est donc pas très important. Elle utilise de la peinture Liquitex qui lui permet de repasser une couleur sur une autre sans craindre les mélanges, contrairement à la peinture à l’eau. Pour que la peinture adhère bien à la feuille, elle la mouille au pinceau et le temps de séchage (très rapide ^^) nous permet de profiter de la production d’un autre dessin. Le public a choisi Madoka qu’Akemi Takada s’empresse de réaliser sous nos yeux.

Tout en continuant à dessiner, elle déplore l’utilisation de plus en plus fréquente de logiciels informatiques pour la colorisation. Le ressenti a une très grande importance pour elle et tout son travail est basé la-dessus. Lorsqu’elle travaille à l’adaptation d’un manga, elle lit et relit des centaines de fois le manga afin de s’imprégner de l’esprit du personnage. Il en est de même pour le choix des couleurs, elle pense à l’équilibre du personnage mais aussi aux émotions qu’elle veut transmettre. A noter que l’illustratrice n’utilise pas de « couleurs standards » mais créait toutes ses couleurs à partir de mélanges.

anecdotes

D’autres questions ne portant ni sur son parcours, ni sur ses techniques de dessin se succèdent et Akemi Takada nous montre qu’elle a aussi beaucoup d’humour.

Ainsi, nous apprenons que le personnages qu’elle préfère dessiner est Creamy car c’est le seul pour lequel elle ne s’est pas inspiré de personnes existant réellement ; que Madoka ne lui appartient pas mais que les droits sont détenus par Shueisha ; ou encore que ce quelle préfère dans le dessin, c’est réussir à projeter une idée sur le papier et qu’on reconnaisse son trait.

Une personne lui demande s’il y a un réalisateur japonais ou occidental avec qui elle aimerait travailler. Le question la surprend un peu, aucun nom ne lui vient à l’esprit. Elle nous précise en rigolant qu’il vaut mieux éviter de lui poser des questions qui demandent réflexion car sinon elle ne finira jamais son dessin.

Akemi Takada n’écoute pas de musique non plus, contrairement à beaucoup de mangakas qui se créent ainsi une ambiance. Elle préfère les informations ou les documentaires animaliers et regarde beaucoup les télés-achats qui sont diffusés la nuit au Japon. Malheureusement, il lui arrive souvent d’être réveillée le lendemain par un livreur qui lui apporte les bêtises qu’elle a commandées la veille.

Jankenpon géant

Une fois les dessins terminés, la conférence achevée, il reste pourtant une question en suspens : qu’est-ce que madame Takada compte faire de ses deux illustrations ?

En fait, la principale intéressée n’avait pas vraiment réfléchi à la question. L’une devait aller à la Japan Expo et l’autre devait atterrir entre les mains du traducteur. C’est donc à contre-cœur que celui-ci traduit la question qu’un membre du public n’a pas manqué de poser. ^^

L’illustratrice propose une solution plutôt drôle : un JanKenPon [2] géant. Le public contre elle-même, les perdants se rassoient jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux candidats. Le petit bout de femme semble ravie de son idée et c’est avec un plaisir évident qu’elle participe à ce petit jeu.

L’heureux gagnant est un jeune homme du nom de Xavier qui repart chez lui avec une illustration exclusive d’Akemi Takada remise en personne par l’auteur !

Son adversaire ne repart pas les mains vides puisque la dessinatrice lui offre le deuxième crayonné qu’elle avait prévu pour sa performance. Tout le monde se prête ensuite aux objectifs des photographes, y compris le public puisque la jeune femme tient elle-aussi à son petit souvenir.

(par Stéphanie Francqueville)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Vous pouvez découvrir les bijoux de Akemi Takada à cette adresse : http://www.takada-akemi.com

Les photos sont de Marie Heringuez

[1Illustrateur tchèque (1860-1939), il fut l’un des plus brillants représentants de l’Art Nouveau, notamment dans le domaine de l’affiche. NDLR.

[2pierre-papier-ciseau japonais

 
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