L’arbre qui cache Judith Forest

7 février 2011 11 commentaires
  • Les informations filtrent, alors que le second livre de Judith Forest ne sera en librairie que dans plusieurs semaines. Après l’entretien qui lui était consacré [dans nos colonnes->http://www.actuabd.com/Judith-Forest-L-authenticite-n], il est temps de détailler plus avant tout le sel du travail de Judith Forest.

L'arbre qui cache Judith ForestVenue de nulle part, Judith Forest a surpris son monde.

« 1h25 », son premier livre, a unanimement impressionné par sa maîtrise, même si on pouvait être agacé par certains tics d’étudiant en école d’art.

Mais à bien y réfléchir, tout était trop beau dans ce premier livre. Les ingrédients du succès s’enchaînaient : une fille torturée et volage, séduisant des « célébrités » du monde éditorial, une confession qui mettait le lecteur dans la position du voyeur…

Ce livre impudique, brossant le lecteur dans le sens du poil, détonnait dans le catalogue plutôt expérimental de la Cinquième Couche, éditeur alternatif bruxellois. Pourtant, en découvrant l’ouvrage à la fin de l’année 2009, nous avions écrit ici même : « bien plus qu’un simple livre sincère, c’est une première œuvre brillante ». La critique était d’ailleurs dithyrambique, comme en témoigne une revue de presse sur le site de l’éditeur.

Courant 2010, les bruits de couloirs commencent. On s’interroge sur l’existence de Judith Forest. Des auteurs mis en scène discutent entre eux, essaient de se souvenir de cette fille timide, maladivement en doute, comme elle le raconte tout au long de sa première œuvre. Depuis quelques années, on est abreuvé de travaux autobiographiques en bande dessinée, mais rarement les auteurs sont allés aussi loin que Judith Forest.

Cela mérite un entretien, pour connaître les motivations de la jeune femme. Par l’intermédiaire de l’éditeur, un rendez-vous est fixé pour janvier 2011.

Entretemps, nous apprenons que l’auteure est intégrée à l’exposition Génération Spontanée, consacrée à la nouvelle bande dessinée belge. Si le Festival International d’Angoulême l’adoube, il est peu probable que l’on puisse mettre en doute son existence… En avant-première, l’éditeur nous fait parvenir un exemplaire de Momon. Plus que jamais, il y est question du rapport entre un auteur et son oeuvre.

Judith Forest "en vitrine" de son second livre.
Trois personnages non identifiés observent la scène.

La question nous brûle les lèvres, nous la lui posons : « Vous considérez-vous comme une véritable auteure, de chair et de sang ? ». Réponse : « Aujourd’hui, je me sens plutôt bien. J’ai l’impression de n’exister que par mes livres. Véritablement. ». Tout est dit : Judith Forest est donc une œuvre. Elle existe, mais il n’est pas possible de la rencontrer physiquement. Une interrogation demeure : si Judith Forest est Emile Ajar, qui est Romain Gary ?

Quoi qu’il en soit, La Cinquième Couche vient de réaliser un coup éditorial hors du commun, et une œuvre d’art en bande dessinée sans équivalent.

(par Morgan Di Salvia)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

"Momon, apostille à « 1h25 » ", paraîtra le 1er avril 2011.

A propos de Judith Forest, sur ActuaBD :

> 1h25

> « L’authenticité n’existe pas, et ça n’a pas d’importance, puisqu’une émotion n’est jamais fausse. »
(entretien en janvier 2011)

 
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11 Messages :
  • L’arbre qui cache Judith Forest
    8 février 2011 09:06, par PPV

    excellent ! bien joué ! à présent, qui a dessiné, et qui a écrit ? Sauf erreur, des planches ont été mises en vente lors de l’expo au CBBD début 2010 à Bruxelles. De qui donc les acheteurs possèdent-ils des planches ? Cette histoire est plus qu’un canular, j’applaudis.

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    • Répondu par Nicolas Anspach le 8 février 2011 à  09:57 :

      A ma connaissance, il n’y a aucune vente de planches au CBBD, y compris pour celles exposées dans la « galerie »

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  • L’arbre qui cache Judith Forest
    8 février 2011 10:28

    En voilà une affaire ! Un auteur signe un album sous un pseudonyme... Wah ! Aussi fort que Trondheim !!!
    Vous me faites bien rigoler à vous extasier devant une minuscule supercherie qui n’intéresse qu’une toute petite poignée de lecteurs intello-bobos.
    Ce n’est tout de même pas la première fois qu’un auteur de BD prend un pseudonyme, ni la dernière !
    Si le canular Ajar-Gary, en littérature, est devenu mythique, c’est à cause des deux prix Goncourt. On pourra vraiment essayer de médiatiser le "second grand canular de l’histoire de la Bd" lorsque l’auteur qui signe Judith Forest et son avatar auront tous les deux reçu le Grand Prix d’Angoulême. mais d’ici là...

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    • Répondu le 8 février 2011 à  12:48 :

      Ishimou ! Sors de ce corps !

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      • Répondu par ishimou le 8 février 2011 à  18:05 :

        Vous nous l’avez déjà faite celle-là !
        "Sors de cette tête, je le veux"
        Bien à vous,
        Honorable Ishimou.

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  • L’arbre qui cache Judith Forest
    8 février 2011 12:16

    Après Armstrong qui aurait pas marché sur la lune en 1969, Orson Well en 1938 et les E.T. dans la zone 51 en 1947 ... voilà que J.Forest ne serait qu’un pseudo ?
    Décidément on vit une époque formidable

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  • L’arbre qui cache Judith Forest
    8 février 2011 15:30

    Tout cela est totalement tarte, parce que le bouquin était pas terrible (déjà vu en fait) et qu’il n’a pas eu le succès, ni le retentissement que l’éditeur aurait voulu, un coup d’épée dans l’eau.

    Il y a d’autres véritables supercheries qu’il faudrait dénoncer, même si ceux qui ont fait les livres sont bien ceux qui les signent, ce sont les déplorables Dominique Goblet, Ruppert et Mulot...

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    • Répondu le 8 février 2011 à  19:08 :

      Dominique Goblet et Ruppert & Mulot ne font pas dans la supercherie. Par contre votre commentaire est une.

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    • Répondu par Phil le 9 février 2011 à  20:32 :

      Bien vu, la vraie supercherie c’est bien de faire passer de médiocres auteurs de bd pour d’authentiques artistes contemporains.

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  • L’arbre qui cache Judith Forest
    8 février 2011 21:49, par Helmut Fritz

    Judith Forest existe, je l’ai vu à la télé en interview, c’est une fille intelligente, qui parle bien, qui ressemble aux dessins qu’elle fait d’elle. Après on nous dit que c’est un pseudo, mais ça n’a rien d’original en BD, Hergé, Morris, Will, Roba, Jidéhem, Jijé, Trondheim sont des pseudos aussi, ça n’enlève rien au fait qu’il y a quelqu’un derrière ce pseudo. Puis on nous dit que ce n’est pas elle qui a dessiné son bouquin, mais là encore les nègres sont légions en BD, beaucoup signent des pages qu’ils n’ont pas faites (vous voulez des noms ?), les assistants sont nombreux, et ce ne sont pas toujours des jeunes qui débutent, mais parfois de très bons professionnels qui ont de la bouteille et du talent, mais pas de succès commerciaux. On nous dit encore que tout ce qui est raconté dans ce livre n’est pas vrai, mais là encore c’est l’essence même de l’autofiction. Bref, rien de nouveau sous le soleil, juste l’envie de faire un buzz pour faire exister un bouquin.

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    • Répondu le 9 février 2011 à  11:36 :

      tout cela me rappelle un peu la supercherie littéraire de JT Leroy.

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