La Faute aux Chinois - Par François Ravard & Aurélien Ducoudray - Futuropolis

22 juillet 2011 4 commentaires
  • Ancré dans l'actualité économique et dans une réalité sociale aussi dure que contemporaine, cet album pourrait évoquer Baru dans une forme rageuse de constat sans fioriture. Des personnages solides, marquants, viennent équilibrer certains rebondissements peu crédibles...

L’entreprise est la première agence matrimoniale. Réalité statistique. Rien d’étonnant donc dans l’idylle unissant l’ouvrier trucideur de poulets et la secrétaire timide. Suzanne et Louis se marient, une enfant naît, le boulot respire la stabilité... Mais leur fille souffre d’une faiblesse pathologique l’obligeant à de nombreuses hospitalisations, à des traitements très lourds. Le couple vacille, Suzanne a des envies de fuite...Il faut commencer par tenir la barre financièrement, et Louis accepte, via l’envahissant beau-frère, des extras beaucoup moins honnêtes, et surtout caractérisés par l’emploi de la violence. Et voilà maintenant que l’usine met ses employés au chômage technique, prétendument pour une courte durée... Sans compter Suzanne dont l’ambition professionnelle augmente à mesure de ses frustrations...

Avec ses citations sociologiques, son intérêt pour le monde des "petits" et son implantation provinciale, La Faute aux Chinois évoque les albums -plus si nombreux- attachés aux réalités sociales. Baru vient forcément à l’esprit, en référence absolue du genre. Davodeau aussi.

Mais les auteurs ont plusieurs ambitions : la farce, avec des scènes de ligotage fleurant bon les polars des années 1970, le drame, avec des rebondissements abrupts, mais aussi le récit noir, dans la proximité de la mort et de la déchéance. Sans un final qui remet du soleil dans le décor, ont restait d’ailleurs dans la grande tradition.

Dans son organisation immuable de six cases par planche, toujours de même taille, La Faute aux Chinois vise le même type d’efficacité narrative que Davodeau. Le dessin de François Ravard, évoquant aussi Lauzier, est au service du récit, signé Ducoudray.

Par son habileté à jongler entre différents registres et plusieurs niveaux d’intrigue, ce roman graphique garde constamment du rythme et de l’intérêt, même si on peut tiquer à propos du personnage de la femme, Suzanne, catapultée chef d’entreprise star. Pour le coup, même les Chinois ne créent pas de tels phénomènes dans le management capitaliste...

(par David TAUGIS)

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