Là-bas - Tronchet et Sibran - Dupuis - Aire Libre

2 septembre 2003 0 commentaire
  • Plongée saisissante dans les souvenirs d'un ancien pied-noir, démoralisé par son retour forcé en France, et portant un poids de plus en plus difficile à supporter. Thème devenu classique, sans doute, mais tellement bien raconté ici que le lecteur se prend à aimer les personnages, surtout le père, tellement humain, si dérisoire, et pourtant si touchant.

Bientôt l’indépendance. Alain, pied-noir, employé dans une compagnie d’assurances, doit quitter l’Algérie. À Paris, il rejoint sa mère et sa femme enceinte. Commence alors une autre vie. Une vie de grisaille, loin du soleil, des plages de Bab-el-Oued, de la mer tiède. Loin de là-bas. Une autre vie avec les blessures d’Algérie qui ne se sont pas refermées, avec la peur qui hante encore ses jours et ses nuits, les mystères qui l’entourent et les mensonges qui l’enferment. Avec les souvenirs de là-bas. Une autre vie, avec une fille désormais. Sa fille, Jeanne, qui met ses pas dans les siens, pour trouver les mots qu’il lui fallait entendre, et lui rendre la vie.

(par JLM)

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Didier Tronchet et Anne Sibran s’associent ici pour un superbe récit à l’allure auto-biographique. Grâce à la préface, on se rend compte en effet que la scénariste se rappelle ses souvenirs, et ceux que son père lui a racontés, sans que l’on ne sache très bien où se situe la frontière entre la réalité et l’imaginaire … et c’est ça qui est très fort. En BD, il est coutume d’opposer le "mainstream" ou BD grand public et "l’underground", BD plus élitiste. Si l’on trouve des BD de grande qualité autant que des navets dans le premier genre, on trouvera dans le second quelques œuvres admirables comme l’Ascension du Haut Mal, ou Maus, mais aussi des livres dégoulinants d’auto-satisfaction, de mépris du public (et des autres auteurs), voire de supercherie intellectuelle. Au milieu de ces deux genres, il en existe un troisième, dont les albums de la collection Aire Libre de Dupuis font souvent partie. Des livres qui sans être d’art et d’essai, ne sont pas non plus ce qu’on appelle "grand public". Mais, de part leur qualité, font partie des œuvres majeures, car accessibles à tous, drôlement bien écrites et dessinées, touchantes autant que passionnantes, en un mot : de la littérature de haut niveau. Parmi celles-ci, "Là-bas" a sa place de choix. Si plus d’albums de BD pouvaient avoir cette qualité, plus personne ne s’opposerait à qualifier la bande dessinée d’Art Majeur. Dans les années 80, lorsqu’on entrait chez un libraire et qu’on lui demandait où trouver une bonne BD, il montrait du doigt une pile en disant "Ici même, pardi !" (ou Tardi !). A présent, il pourra dire, en montrant du doigt la pile des albums de Tronchet et Sibran "Là-bas !"

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