La politique belge expliquée par la bande dessinée (il y a du boulot !)

6 avril 2019 0 commentaire
  • Média populaire et accessible, la bande dessinée a le don de parler de tout, et pour tous. Avec les futures et multiples élections attendues en Belgique dans quelques semaines, elle devient même politique... en se prenant plus ou moins au sérieux.

Cela fait belle lurette que la politique française s’est invitée dans la bande dessinée ! De Trolls de Troy à Sarkozix, l’ancien président Nicolas Sarkozy détient probablement le record du nombre d’albums qui le mettent en scène, suivi par Marine Le Pen, Le Général de Gaulle... Gageons qu’ Emmanuel Macron ne sera pas en reste : un nouvel album à lui consacré sort dans les prochaines semaines.

Alors que la Belgique a souvent été novatrice en bande dessinée, elle paraît pourtant à la traîne dans le domaine de la caricature ou de la réflexion politique. Le cas de Jan Bucquoy, principalement dans les enquêtes de son inspecteur Jaunes (dessins : Tito, chez Glénat) , dans les années 1980, est singulièrement isolé, mais il s’agissait plus ici de critiquer les institutions belges elles-mêmes, que les hommes politiques qui étaient aux manettes du pays.

Faut-il y voir là une forme de timidité (ou de respect ?) de la part des Belges pour leurs politiciens ? Car si l’on fait exception des caricatures publiées dans les quotidiens et réalisées souvent par les ténors du genre (Dubus, Vadot, Kroll... pour les francophones), la caricature et la parodie des hommes politiques n’ont jamais vraiment dépassé le cadre de l’anecdote dans le pourtant irréductible Plat Pays. Alors que les Guignols de l’info rassemblaient plusieurs millions de téléspectateurs français, les Belges boudaient ce même type d’émission.

La politique belge expliquée par la bande dessinée (il y a du boulot !)
Avril 2019 : le tandem d’animateurs-imitateurs vedettes présentent leur premier album
De g. à d. : Olivier Leborgne & André Lamy
Photo : DR.

Votez pour moi : un coup de tonnerre dans le monde politique belge

Cette situation aurait peut-être encore perduré plusieurs années, si le Plat Pays n’avait bénéficié du retour d’un de ses fils prodigues : l’imitateur André Lamy qui, après avoir percé à Paris aux côtés de Michel Drucker, Philippe Gildas ou encore Raymond Devos, le souffle étant retombé pour l’humoriste, avait rejoint son pays natal avec dans ses valises un projet improbable : une émission quotidienne qui passerait la politique belge à la moulinette. Au vu de l’échec des précédentes tentatives du genre, peu croyaient à une possible réussite, mais à force d’entêtement, André Lamy est parvenu à imposer son émission radiophonique quotidienne sur Bel RTL, l’une des plus grosses stations francophones.

Le premier "album" paru en 2008 était un recueil de dessins du caricaturiste et co-animateur de l’émission, Frédéric Dubus.

"Votez pour moi" débute en 2007 quelques semaines avant les élections du moment. Le caricaturiste de presse Frédéric Dubus y joue le rôle du journaliste qui interviewe les personnalités belges qu’imite André Lamy : les ténors de la politique, la famille royale, plus tard rejoints par un tandem de syndicalistes, de policiers, voire d’animaux ! Le succès de l’émission quotidienne est immédiat : de temporaire, elle devient permanente. Puis, deux ans après le lancement, Frédéric Dubus retourne à ses feutres, pour finalement laisser la place à Olivier Leborgne, acteur, improvisateur et également imitateur. Et derrière les imitations, s’est installée une véritable armada de scénaristes, aussi bien informés des coulisses de l’information belge que capables de la transposer en chansonnettes.

Disponible depuis ce 3 avril.

Depuis lors, l’équipe de choc Leborgne-Lamy ne décroche pas de la liste des succès d’audience : sur le chemin de l’école ou du travail, le matin ou lors de la rediffusion en fin d’après-midi, les Belges s’informent et rient des turpitudes politiques et sociales mis en scène dans Votez pour moi. L’émission a d’ailleurs été transposée plusieurs fois à la télévision, avec succès. Dès lors, il est logique que d’autres médias soient touchés par cette success story. La bande dessinée n’y échappe pas.

Des sketches aux gags en une planche

En 2008 et 2009, RTL avait déjà publié deux bandes dessinées labellisées Votez pour moi, mais il s’agissait de recueils de caricatures réalisées par Frédéric Dubus, le premier complice d’André Lamy. C’est donc une première bande dessinée qui est parue ce mercredi aux éditions Kennes (10.000 exemplaires pour le premier tirage). Au découpage et au dessin, on retrouve Marco Paulo, qui avait déjà réalisé naguère deux autres parodies cinglantes du monde politique belge : Dégelée royale et Bad Bartje.

L’album reprend donc une sélection d’une vingtaine des sketches réalisés dans les derniers mois, afin de coller le plus possible à l’actualité du moment. « C’est Marco Paulo et moi-même qui avons choisi les histoires en fonction de leur situation et leur côté visuel », explique André Lamy. « Le but avoué est de faire une bande dessinée chaque année, du moins tant que la séquence existera ! »

Chaque sketch est adapté en une seule page (parfois deux) et est introduit par l’animatrice radiophonique Bérénice. Intéressante spécificité, pour coller aux imitations vocales de la radio et aux déguisements adoptés sur les émissions télés, les personnages ne sont pas des caricatures des politiques ou personnalités, mais bien le dessin des imitateurs dans la peau de leurs personnages. Cela donne un cachet singulier à l’ensemble, surtout aux personnages féminins ! Heureusement, on reconnaît immédiatement chaque protagoniste sans peine, pour peu que l’on connaisse la politique belge dans les grandes lignes.

Un extrait de l’album qui vient de paraître
© Lamy - Leborgne - Marco Paulo, Kennes 2019.

Du second au premier degré

La bande dessinée n’est pas uniquement un outil de parodie de la vie politique. Les partis aux-mêmes n’hésitent plus à l’utiliser pour s’adresser d’une manière simple et directe à leurs sympathisants. Le plus récent exemple belge est celui du PTB (Parti du Travail de Belgique), un parti politique d’origine marxiste-léniniste qui connaît actuellement un grand regain de popularité (entre 10 et 20% d’intentions de vote), qui va jusqu’à menacer le pourtant indéboulonnable Parti Socialiste, leader historique au sud du pays. Par le biais de son magazine bimestriel intitulé Solidaire, le chef de file très médiatique du PTB, Raoul Hedebouw n’a pas hésité à se mettre lui-même en images afin de défendre ses convictions.

(par Charles-Louis Detournay)

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