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Le tour de valse - Par Pellejero & Lapière - Dupuis (Aire Libre)

21 octobre 2004 0 Albums par Laurent Finet
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  • URSS - 1953. Kalia est mère de deux enfants. Son mari a été arrêté pour « admiration de la technologie étrangère », un truc idiot qui ne veut rien dire, simplement pour s'être battu avec un camarade de travail un peu trop bien placé... Il a pris 10 ans. Mais il n'est jamais revenu : depuis des années, elle n'a plus de nouvelles. Plutôt que se résigner, elle va partir à sa recherche, dans la froide Sibérie, espérant trouver des indices qui la mèneront à lui.

Aujourd’hui elle partage le quotidien de ces travailleurs fatigués, luttant pour survivre dans la nature hostile. Parfois elle rencontre un « Zek », un ancien prisonnier politique. Ils ne sont pas bavards : on ne parle pas des camps et encore moins de ce qui s’y passait.

Pour ne pas craquer, Kalia tient un journal, elle s’est promis de le donner à ses enfants, quand elle rentrera... Et c’est ce journal qui va la sauver : un Zek va vider son cœur, lui parler de sa vie dans le goulag, de ce que l’on y faisait, de comment on le faisait.
Il va même l’aider à retrouver la trace de son mari, à la seule condition qu’elle écrive tout ce qu’il lui raconte dans son journal... pour que l’on sache un jour !

Magistral ! Que dire d’autre ? Passionnant, désopilant, engagé, surprenant... Comment imaginer la vie dans les goulags ? Bien sûr, tout le monde en a entendu parler. La Sibérie et la guerre froide font partie du mental de tout un chacun. Mais l’image que l’on en a est une vision européenne, voire américaine, d’anti-communisme primaire. Pas de cela dans Le Tour de valse. Pas de vision « de loin », d’ailleurs ! Nous sommes comme à l’intérieur d’une poupée russe, qui s’ouvre au fil d’un récit simple, vécu par des gens résignés, anéantis par le rythme et les contraintes de la vie là-bas. À croire que Denis Lapière a dans ses origines une grand-mère ou un oncle sibérien...

On est irrémédiablement porté par cette histoire d’amour où la quête du « mari disparu » n’en finit pas d’apporter l’espoir et de rayonner malgré elle. Le dessin brut de Ruben Pellejero ne fait que renforcer cette sensation de rudesse et cette force qui émane des personnages...
Magistral !

(par Laurent Finet)

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