Les habits neufs de la Cité de la bande dessinée : Pierre Lungheretti à la manœuvre

3 août 2016 1 commentaire
  • L'arrivée de Pierre Lungheretti à la tête de la Cité de la Bande Dessinée à Angoulême avait suscité bien des interrogations : cet ancien membre du cabinet de Frédéric Mitterrand allait-il mettre un terme à la guerre picrocholine qui sévissait depuis des années entre la Cité et le Festival? Prenant de la hauteur par rapport à cette polémique, le nouveau directeur de la Cité se recentre sur l'essentiel : faire de son établissement un outil essentiel pour la défense et l'illustration du patrimoine de la bande dessinée, en France et dans le monde.

Politique jusqu’au bout des ongles, connaissant ses dossiers, on sent bien que Pierre Lungheretti est un technicien de la culture, un commis de l’État, qui a depuis longtemps pris la mesure de la vanité des intérêts politiques et des petites batailles d’ego.

Essayez de le coincer dans les préoccupations du présent : par exemple, l’avenir du FIBD ou la sourde opposition entre le président de la Cité Samuel Cazenave et le maire de la Ville d’Angoulême, Xavier Bonnefont, et il vous répond en regardant l’horizon : il vous parle du futur de la Cité de la bande dessinée et de ses projets de transformation du projet initial de François Mitterrand et de Jack Lang datant des années 1980 pour le projeter dans le XXIe siècle.

Les habits neufs de la Cité de la bande dessinée : Pierre Lungheretti à la manœuvre
Avec sa collection de 11.000 planches originales et plus de 200.000 imprimés, le Musée de la BD d’Angoulême est un des mieux dotés d’Europe.
Photo : DR - Cité de la BD.

Il veut que ce soit un projet "pluraliste, ouvert, qui travaille autour de la façon dont la bande dessinée décrypte la société, le réel et l’histoire". Il rappelle que, créée en 2008, la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image est "à ce jour le seul établissement public entièrement consacré au 9e Art en France", "un établissement de référence unique en Europe" et la plus grande collection patrimoniale de BD d’Europe : plus de 11 000 planches originales et plus de 200.000 imprimés. Une base solide, donc.

Son objectif est de faire de son lieu de culture un pôle majeur de la nouvelle région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, une région "grande comme l’Autriche" aime-t-il répéter. Et pour que nul n’ignore qu’il est à l’écoute des préoccupations du moment, il affirme mettre les auteurs au centre du projet et vouloir offrir à ce qu’il appelle "la filière BD et image" des ressources et un accompagnement appropriés.

Du "blabla" de politicien ? Peut-être. D’aucuns lui prêtent "une situation provisoire" avant de viser "un poste plus ambitieux". Certes, mais c’est la première fois que l’on voit un directeur d’établissement d’une institution consacrée à la bande dessinée s’inscrire dans un projet long terme qui n’ignore ni l’environnement politique, ni la dimension culturelle d’un secteur qui est en crise surtout en raison de l’évolution rapide de son environnement concurrentiel lié à la mondialisation et des technologies qui en modifient en profondeur et les supports, et les processus de création.

À l’occasion du komacon en Corée, Catherine Ferreyrolle, la directrice de la bibliothèque, a participé à un symposium sur le thème : "2030, the future of Cartoon". Elle était en compagnie de Scott McCloud, Sang Jung Han de l’université de Sangji et Yoshimura Kazuma de l’international Manga Museum de Kyoto.
Photo : Cité de la BD

Un projet d’établissement 2016-2018

Des actions immédiates ? On a vu notre sémillant directeur défendre son "projet d’établissement 2016-2018" qui comprend un certain nombres d’objectifs très concrets :

- Faire évoluer le musée de la BD dans une direction plus interactive, avec une volonté de créer un « Musée des Enfants »
- Replacer les auteurs au cœur du processus avec un projet de « New Factory » où des grands auteurs seront invités.
- Faire évoluer la bibliothèque publique vers un « learning center » par la BD
- Démultiplier les relations avec le circuit scolaire
- Viser les populations éloignés de la culture (notamment géographiquement) en les faisant participer à des projets
- Développer une action internationale centrée sur la francophonie et bâtir un réseau de coopération
- Lancement des « Rencontres Nationales de la BD » dès septembre 2016 (du 28 au 30 septembre 2016)
- Renforcer l’accompagnement des auteurs, notamment d’un point de vue juridique et structurel
- Observer la filière BD-Image en créant des partenariats avec des organisme d’études existants.

Un avant-goût de la Cité 3.0 ? Pokemon Go a déjà investi le Musée de la BD d’Angoulême.
Photo : Cité de la BD

Ces ambitions seront financées par les fonds publics existants, mais avec des mesures d’économies afin de mieux réorienter les ressources. Mais cela va plus loin : la Cité va initier une recherche de mécénats, de même qu’une commercialisation de ses prestations qui valorise la marque de l’établissement. Verra-t-on un jour un Musée d’Angoulême à Abu Dhabi ?

Comme on le voit, les équilibres sont en train de changer, lentement mais sûrement, dans la cité angoumoisine. Nous reviendrons dans quelques temps sur ces différentes évolutions.

Le projet d’établissement de la Cité de la BD (PDF)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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1 Message :
  • La Cité franglaise et de la BD
    8 août 2016 19:29

    "New Factory", "learning center" : mais où sont-ils allé dégoter ce snob même pas capable de défendre la francophonie à la tête d’un établissement public financé notamment par le ministère de la Culture ?

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