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Louis 1/2 ("Tessa") : « Je suis câblé comme ça : je touche à tout, très vite, tout le temps. »

Par Charles-Louis Detournay le 12 février 2015                      Lien  
Le dessinateur de Tessa, et auteur des spin-off "42 Agents Intergalactiques" suivi d' "Ultime Etoile", revient sur cette saga de 14 albums qui se termine avec ce septième et dernier tome de la série-mère. L'occasion de faire le bilan d'un des plus entreprenants space-opera du franco-belge, mais aussi d'évoquer le clash Sillage-Tessa qui alimenta la chronique.
Louis 1/2 ("Tessa") : « Je suis câblé comme ça : je touche à tout, très vite, tout le temps. »
Avec l’album des Chroniques de Sillage qui l’attaque personnellement, Louis a la dent dure en 2012 !

Rappelons au lecteur que vous avez créé l’univers de Tessa avec Nicolas Mitric, avant de continuer à le développer dans 42 Agents Intergalactiques et Ultime Étoile (suite et fin de la précédente série de Soleil parue chez Clair de Lune). Quels étaient vos objectifs initiaux ?

Initialement, Nico [Mitric] avait imaginé trois cycles de 8 tomes. L’idée, et l’envie du spin-off m’est venue lors de la réalisation du tome 2 de Tessa.

Pour crever l’abcès d’entrée de jeu, on se rappelle que certains lecteurs avaient fait un rapprochement entre votre série Tessa avec Sillage alors que les univers des deux séries étaient très différents. Vous aviez abordé le sujet directement avec Jean-David [Morvan] ?

Cet abcès a été crevé à de multiples reprises, mais ressurgira toujours, je crois. C’est étonnant, ceux qui attaquent toujours là-dessus sont les mêmes qui pleurent parce que Tessa s’arrête. Pour moi, c’est réglé depuis que j’ai répondu publiquement à l’attaque frontale que Tessa, et donc les auteurs et l’éditeur, avaient dû affronter dans un album des Chronique de Sillage. Ça m’avait blessé. Les attaques de certaines personnes me blessent encore, mais c’est comme ça. Le fait que je sois passé sur d’autres choses a beaucoup à voir avec ce rapprochement. J’avais besoin de montrer ce que pouvait aussi réaliser le « mec qui avait pompé Nävis ».

En juillet 2012, dans un long post de son blog intitulé "Mieux vaut tard que jamais... Mon droit de réponse au chronique de Sillage tome 4, et autres tâcles de merde.", Louis donnait sa vision de l’histoire
« …[J]e me suis enfin procuré le fameux ouvrage ou la bile a été déversée, il y a quelques années par des auteurs soucieux de tâcler ce qu’ils considèrent comme une copie.[…] Mais pour qui a pris le temps de lire Tessa, on n’y reconnait pas une once de sa vie à elle... Alors oui, on a deux brunettes dans l’espace... La belle affaire. Soit, l’éditeur a voulu vendre Tessa comme "son Sillage". On l’a appris après coup, Mais on en a fait les frais et on en paie encore les pots cassés. Ça m’a valu quoi ? […] Le rêve de gosse, foulé aux pieds. Cette comparaison avec votre série, sur laquelle on aurait voulu surfer pour retirer des ronds, comme vous le dites, et bien nous a coûté nombre de lecteurs. Parce que l’image colle tellement bien aux baskets, que plein de gens n’ont pas fait l’effort de lire Tessa, pensant qu’on copiait Sillage. Au niveau des affronts, je me souviens aussi des sifflets, des huées, lors de la cérémonie à Angoulême, parce que Tessa était nominée, et à l’annonce de son nom, les sifflets se sont élevés. Ils sont encore gravé dans mes tympans... »
Lire l’article complet sur le blog de Louis

Avec du recul, vous comprenez que l’irruption d’une jeune femme agent intergalactique dans une grosse maison d’édition concurrente ait pu provoquer cette comparaison ?

On avait notre histoire, qui n’a rien à voir avec celle de Sillage. Reste la ressemblance entre les deux miss. Que dire sinon que les influences doivent être communes. Tessa, pour moi, est un mix entre Jessica Alba, Ellen page, et c’est avant tout ma Kitty Pride à moi. Cette histoire a gâché presque tout ce qui a été positif sur l’aventure de Tessa. Et si j’avais pu continuer la série, je ne l’aurai pas fait pour ces raisons. Même si j’aurais adoré continuer !

Jean-David Morvan s’est excusé, pour cette histoire courte dans les chroniques, et nous avons depuis lors des échanges très cordiaux. Je m’entends d’ailleurs très bien avec plusieurs membres du 510 [1] : pour moi, c’est réglé. Des lecteurs aimeront toujours faire des rapprochements, parfois pertinents, parfois aux fraises, parfois pour faire un compliment, parfois pour remuer la merde. C’est comme ça. Entre les auteurs et les éditeurs, ça se passe bien, c’est le principal. À la fin, il ne peut en rester qu’une. Nous tirons donc notre révérence, avec panache je l’espère. Je regarde vers l’infini, et maintenant au-delà.

Le rachat de Soleil par Delcourt a mis un terme à cette rivalité d’agents intergalactiques.
Toujours dans le même article sur son blog en 2012, Louis a comparé les deux séries et tire le bilan :
« Soleil a été racheté. La série Tessa existait déjà mal dans la boite, puisque la seule prépub qu’elle a eu l’a été au forcing de la part de l’éditeur. Mais maintenant, et c’est normal, le mag sert aux deux maisons, et la place est réservée au plus gros. Dont je ne suis pas. […] J’ai appris, récemment, que tout ce qui est dit dans la dernière page de cette historiette de mauvais est vrai. Il y a eu démarche auprès d’avocats. Pour interdire Tessa. Je l’ai appris de la personne la mieux placée qui soit. Dans son bureau, en guise de bienvenue. Ultime affront. Mais à l’arrivée, si il n’y a pas eu attaque, c’est qu’il n’y avait pas matière à... That’s all folks ! […] Rassurez-vous Tessa va s’arrêter, et vous allez continuer votre Sillage. J’aurai eu la classe, au moins, de vous dire sur mon blog, ce que je pense de vos attaques, et pas par bd interposée. Les lecteurs n’avaient rien à voir là-dedans.[…]  »
Lire l’article complet sur le blog de Louis
Scénarisé par Morvan & Buchet, les auteurs de Sillage, ce court récit intitulé "Hommage ou plagiat ?" avait mis le feu aux poudres
Toujours en 2012, Jean-David Morvan avait répondu au message de Louis : "Louis tu as tout à fait raison de dire ce que tu penses. C est ce que j’ai fait quand on a lu Tessa. Et franchement on a été vraiment choqué. Je t’en avais parlé sur le forum à ce moment, et j’ai même lu que quelqu’un disait qu’à la signature, que Mourad avait dit : Enfin, j’ai mon Sillage. Je ne sais plus qui mais on devrait pouvoir le retrouver. L’histoire courte a été inspirée par le bouleversement qu on a ressenti, mais pas pas Tessa en elle-même. D’ailleurs, et je crois qu’on l’avait dit aussi, c’est plus l’acte commercial autour de Tessa que votre [c]ulot qui nous avait choqué. Comprends aussi notre vécu par rapport à ça. Maintenant il y a quelque chose que je n’ai JAMAIS fait, c’est de parler de Tessa au moment du rachat. Je pensais que la série continuait. Je peux avoir des chocs émotionnels, mais je n’ai ni jalousie ni esprit de revanche. Bref, tu m’apprends ce matin que Tessa s’arrête et ça ne me procure vraiment aucune joie, au contraire. On peut en parler quand tu veux. Et j’espère qu’aucun éditeur n’est allé te dire que la decision venait de nous pour se couvrir... Comme toi, il y a des pratiques de ce métier qui me font mal au plus haut point. Et je me refuse à en faire partie."
Les deux auteurs sont maintenant en bon terme comme l’explique Louis.

Pour revenir à Tessa, les tomes se sont succédés de manière intense pour le lancement de la série, avant que vous ne proposiez ces voies de traverse avec 42 AI. Ce qui a eu pour conséquence d’espacer les albums de Tessa, tout en maintenant une cohérence narrative. Si l’on pouvait revenir en arrière, referiez-vous chronologiquement les mêmes choix de publication sur ces séries, ainsi que sur les autres albums sur lesquels vous avez travaillés ?

Le dernier tome de Tessa vient de paraître en librairie

Oui et non. Non, car commercialement, se concentrer sur Tessa aurait été plus judicieux. Oui, car je m’en foutais du commercial, je voulais tester de nouvelles choses. Et aussi me détacher de la comparaison dont on a parlé plus tôt. Je suis également câblé comme ça : je touche à tout, très vite, tout le temps. J’ai la chance de dessiner vite. Autant en profiter. Humainement, l’aventure des 42 AI a été superbe. Bosser avec des amis, sur notre univers, c’était génial (Merci à eux) ! Suite au rachat de Soleil par Delcourt, plusieurs spin-off ont été arrêtés. La plupart, d’ailleurs. Mais j’ai reçu le feu vert pour terminer dans une autre maison les deux tomes qui manquaient pour clôturer 42 AI. L’éditeur de Clair de Lune a dit banco, et je l’en remercie, car c’était très compliqué d’accepter de finir une série qui n’avait pas débuté chez lui. Concernant la cohérence narrative, depuis le début, ce rôle m’est revenu. j’étais un peu le Père Fouras de Nico. Lui réalisait son scénario, et à moi de vérifier s’il n’y avait pas de couacs avec 42 AI. Ça a été passionnant !

Ce tome 7 vient donc conclure cette aventure de plus de dix ans. Aviez-vous d’emblée imaginé les grandes étapes de la série de Tessa, ainsi que cette conclusion surprenante que les lecteurs peuvent découvrir dans ce dernier récit qui vient de paraître ?

Je réponds en lieu et place de Nico car c’est lui l’architecte de la série. Il a pensé l’ensemble de façon globale, dès le début. Il a juste intégré les évènements de 42 AI qui l’intéressaient. Ainsi, Nitar, Djébriil et Ari sont devenus des protagonistes importants de la série-mère. Nico aime dire qu’il construit ses histoires comme de gigantesques parties d’échecs, avec des coups prévus bien longtemps à l’avance. C’est une force, et un véritable talent car étant moi-même scénariste, je peux vous assurer que c’est une mission infernale quand on s’engage sur une série qui va s’étaler sur 10 ans !

La première planche de ce tome 7 donne le ton du récit : actions, rebondissements et des révélations... fracassantes !

Pour rappel, le tome 6, première partie de ce diptyque final, se déroulait majoritairement au Québec, dans un festival de bande dessinée. A l’opposé, ce tome 7 se situe en dehors de la Terre. Est-ce que vous aviez volontairement imaginé cette dichotomie ?

Tout à fait. Un des points important de Tessa, depuis le début, c’est que c’est l’histoire d’une adolescente terrienne ordinaire plongée dans un conflit intergalactique extraordinaire. Pour conclure, il semblait important de mettre en regard ces deux facettes, et de donner dans le tome 6, pour une fois, le premier rôle à la vie terrienne. La conclusion plus grande que nature du tome 7 n’en semble que plus épique !

Ce dernier tome parait également plus punchy et plus dense que le précédent, est-ce volontaire ? Un reflet de tout ce que vous avez voulu y mettre pour ne pas avoir de regrets ? Ou la volonté de fermer tous les pistes qui étaient encore ouvertes ?

Tout cela à la fois. Il est plus punchy pour les raisons que je viens d’expliquer : et cela se passera sur Terre : pas d’Aliens surpuissants se battant contre des Dieux grecs. Forcément, le tome 7 met une claque, en regard. Fermer les portes ouvertes au fil de la série était un impératif aussi, car Nico, comme moi, détestons les série inachevées. Étant nos premiers lecteurs, nous voulions également que le public finisse ces aventures à nos côtés sur quelque chose de carré, propre, sans questions ouvertes. Qu’ils en aient pour leur argent en somme. Et avec les 7 tomes 42/Legacy, les lecteurs auront le plaisir d’avoir 14 tomes cohérents, nous l’espérons en tous cas ! Perso, j’adore me rendre compte, à la fin d’un série, que tout s’imbrique comme un Tétris (Nico évoque plus les échecs, je parle de Tétris), et que tout était pensé dès le début !

Demain, la suite de cette interview...

(par Charles-Louis Detournay)

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Concernant Tessa, lire notre chronique du premier tome, ainsi que notre articles concernant les tomes 2 et 3 de 42 Agents Intergalactiques.

Lire également notre précédente interview de Nicolas Mitric : "Didier Crisse m’a fait un super cadeau en me confiant l’univers de Kookaburra."

[1NdR : L’atelier dont font partie les auteurs de Sillage.

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