Prix Imaginales de la bande dessinée : Une consécration de l’adaptation ?

23 mai 2020 1 commentaire
  • Alors que l’édition 2020 des Imaginales d’Épinal, comme bien d’autres évènements culturels, est repoussée à 2021, les jurys des différents prix décernés à cette occasion ont tout de même tenu à se réunir. Les prix ont ainsi été rendus public le 15 mai dernier et seront décernés aux lauréats en octobre, à l’occasion du Mois de l’Imaginaire.

Avant tout commentaire, voici les albums qui étaient en lice pour le prix Imaginales de la bande dessinée :

Prix Imaginales de la bande dessinée : Une consécration de l'adaptation ? Aristophania T. 2, Progredientes – Par Xavier Dorison et Joël Parnotte (Éd. Dargaud)
- Dracula – Par Georges Bess (Éd. Glénat)
- Danthrakon – Par Christophe Arleston et Olivier Boiscommun (Éd. Drakoo)
- Le Vagabond des étoiles – Par Riff Reb’s (Éd. Soleil)
- Peau de mille bêtes – Par Stéphane Fert (Éd. Delcourt)

Affiche de la 19e édition des Imaginales d’Épinal par Armel Gaulme. Une édition titrée "Frontière(s)" avec un focus sur la Russie.
© Armel Gaulme / Imaginales d’Épinal - Le Festival des mondes imaginaires

Pour cette édition quelques peu spéciale, le jury présidé par Jacques Grasser et composé d’Élisa Amblard (Iznéo), Frédéric Bosser (DBD, Les Arts dessinés, L’Immanquable), Hubert Prolongeau (Télérama), Olivier Souillé (Galerie Daniel Maghen), Laurent Vissière (Historia BD) et Stéphane Wieser (directeur des Imaginales) s’est autorisé une légère incartade, attribuant, en plus du prix habituel, un prix spécial.

Le lauréat du prix Imaginales de la bande dessinée 2020 est donc Stéphane Fert, récompensé pour son premier album en solitaire : Peau de mille bêtes. Celui que nous connaissions pour ses collaborations avec Wilfrid Lupano, sur l’album Quand le cirque est venu dans la collection des Enfants Gâtés, et Simon Kansara pour le flamboyant Morgane (Éd. Delcourt) dont nous saluions le travail des couleurs voit donc son labeur récompensé.

© Delcourt

Dans Peau de mille bêtes, l’auteur poursuit son entreprise de conteur des temps modernes débutée avec sa relecture du mythe arthurien de Morgane en adaptant le célèbre conte des frères Grimm : Allerleirauh (Toutes-Fourrures, ou Peau-de-mille-bêtes). Un travail scénaristique cohérent, des couleurs et effets de peinture d’une rare justesse, le tout saupoudré d’une légère actualisation du propos. Une bande dessinée qui n’avait donc pas à rougir face à ses concurrentes, justement récompensée au sein d’une sélection qualitative.

Le second prix évoqué plus haut fait partie de ces prises de liberté ponctuelles que s’attribuent certains jurys lorsqu’une œuvre mérite récompense, quitte à enfreindre les règles. C’est cette année le cas de Georges Bess et son adaptation du célèbre Dracula de Bram Stocker, probablement l’un des personnages fictionnels les plus déclinés avec Sherlock Holmes. En sélection pour le Fauve d’or d’Angoulême 2020, Paul Chopelin écrivait à son sujet dans ActuaBD.com : "Cet album s’impose d’ores et déjà comme un classique, auquel on prend plaisir à revenir pour savourer les dessins de Georges Bess et s’imprégner de leur mystérieuse atmosphère."

© Glénat

Que retenir de ce palmarès ? Deux prix, avec une adaptation d’un conte des frères Grimm et une autre tirée de l’œuvre-phare du roman gothique. En outre, une sélection comportant l’adaptation du Vagabond des étoiles de Jack London par Riff Reb’s qui, avec cet album, poursuit son entreprise de transcription graphique du corpus du romancier américain ; sans compter une série, Aristophania, de Xavier Dorison qui est certes un scénario original, mais dont l’auteur s’est par ailleurs distingué ces derniers mois par la transposition au format BD d’un autre classique des imaginaires : La Ferme des animaux de George Orwell, donnant lieu à l’excellent Le Château des animaux, dessiné par Félix Delep, on peut dire que la littérature innerve considérablement la production contemporaine de la bande dessinée, donnant en quelque sorte raison à la tribune récemment publiée dans nos pages par Yves Frémion sur la crise de l’imaginaire dans le 9e Art..

Si cette orientation des auteurs de récits imaginaires à se tourner vers les textes de leurs prédécesseurs n’est pas nouvelle, elle semble toutefois s’amplifier ces dernières années. Ce constat peut d’ailleurs être élargi à d’autres secteurs culturels tels que le cinéma ou le jeu vidéo, tous deux friands de remakes et remasterings. Tant que ces adaptations sont vectrices d’albums de qualité, s’en plaindre serait contre-productif. L’endogamie est toutefois une pratique à risque : un genre s’auto-alimentant, fonctionnant en circuit fermé finit par entraver son propre renouvellement. Heureusement, d’excellents scénarios originaux continuent à être produits, assurant ainsi le maintien d’un équilibre fragile.

(par Thomas FIGUERES)

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1 Message :
  • « Si cette orientation des auteurs de récits imaginaires à se tourner vers les textes de leurs prédécesseurs n’est pas nouvelle, elle semble toutefois s’amplifier ces dernières années. »
    C’est dû à une frilosité des éditeurs, refusant les récits de fiction originaux au profit d’histoires, de titres, d’auteurs, de thématiques que le lectorat connait déjà.

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