Quand Media-Participations racheta Le Lombard

7 juillet 2004 0 commentaire
  • Le rachat de Dargaud puis des Editions du Lombard par le très catholique "Groupe Ampère" provoqua un vent de panique chez les auteurs, qui ne se calma que bien plus tard. La réussite actuelle de ces deux maisons d'édition montre que la peur était disproportionnée. Mais en relisant la presse de l'époque, on peut voir l'ampleur de la période de chaos qui a succédé à ces rachats.

Ainsi, par exemple, ces extraits d’un article publié dans "Trends-Tendance" en octobre 1996, à l’occasion des 50 ans des Editions du Lombard, quelques années après le rachat, et basé sur en entretien avec Jean-Pascal Robiefroid, alors Directeur Général du Lombard :

"Dire que les quinze dernières années des Editions du Lombard ont été agitées relève de l’euphémisme. Vers la fin des années quatre-vingts, la maison créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par Raymond Leblanc pour publier le Journal Tintin, court droit à la catastrophe. Résultat d’une longue déchéance dont les causes sont multiples, tant artistiques qu’économiques.

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Peu après son arrivée au sommet du building Tintin, Jean-Pascal Robiefroid signe d’ailleurs l’arrêt de mort de Hello BD !, un titre lancé fin 1988 suite à la perte de la licence Tintin (et, donc, de la disparition du journal Tintin). La diffusion a chuté à 30.000 exemplaires seulement contre 150.000 durant les années fastes et, chaque année, le Lombard perd 10 millions dans l’exploitation du titre. C’est là un des premiers faits marquant de cet homme de marketing, auparavant directeur commercial du Groupe Vers l’Avenir.

Redresser la barre.

Jean-Pascal Robiefroid s’attache en priorité à remettre de l’ordre dans la maison. Il hérite en effet d’une situation financière délicate : un chiffre d’affaires de 350 millions, mais des pertes avoisinant les 60 millions. De plus, le climat au sein même de la maison est pour le moins tendu. La reprise, en 1987, des Editions du Lombard par le très catholique groupe français Media & Participations (qui prendra par la suite le contrôle de Dargaud), surnommé Groupe Ampère , avait fait peser sur les auteurs un relent de puritanisme, décidant beaucoup d’entre eux à changer d’air. A cela s’est ajoutée, en 1989, la nomination d’un directeur général, le hollandais Rob Harren, dont la gestion, selon plusieurs sources, s’est avérée désastreuse. « Il ne connaissait pas grand-chose à la BD, susurre un journaliste spécialisé dans le 9e art. Il a flingué le catalogue, s’est débarrassé d’anciennes séries, a dénaturé des personnages et introduit des séries néerlandaises qui ne correspondaient en rien à l’esprit du journal. » Bref, la tâche du nouveau patron s’annonce difficile.
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Confiance.

La confiance renaît peu à peu. Des auteurs chevronnés comme Derib, Franz et, plus récemment, Cosey et Hermann, qui avaient quitté le navire à la dérive, reviennent au bercail, tandis que la qualité des projets soumis par les jeunes auteurs s’améliore. « Lorsque je suis arrivé, ce qu’on nous envoyait était souvent consternant, comme si les jeunes dessinateurs et scénaristes s’adressaient à nous en dernier recours, après avoir été jeté ailleurs », se rappelle Jean-Pascal Robiefroid.
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Ce long article, donc nous ne publions ici que quelques extraits, était signé Jean-François Sacré.

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