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Retour sur le Festival Delémont’BD, un merveilleux jardin de Suisse

Par Romain GARNIER le 6 juillet 2022                      Lien  
Philippe Duvanel (directeur artistique) et ses merveilleuses équipes de bénévoles ont organisé la 8ème édition du festival de Delémont'BD, entre le 17 et 19 juin 2022. Après deux éditions marquées par la pandémie, la légèreté dominait de nouveau la capitale du Canton Suisse. Pour l’occasion, les rues de la vieille ville se sont transformées en un merveilleux jardin où chacun pouvait arpenter cases et bulles en liberté. Pour les bénévoles, les auteurs et les festivaliers la joie était aux retrouvailles.

La cérémonie d’ouverture

La cérémonie d’ouverture, menée par Philippe Duvanel, est assez classique. Cependant, pas de lourdeur, nul prise au sérieux, seulement de l’humour et du professionnalisme. Oubliez les discours assommants et interminables des sponsors du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême (FIBD) qui oublient la bande dessinée. Faites place à une grande connivence avec le public, à des pouvoirs locaux et régionaux convaincus et investis. À un hommage vidéo de Pierre Christin à son ami Jean-Claude Mézières, à une célébration de la Grande Trissoue (Florence Cestac) et, enfin, la remise des prix Delémont’BD.

Retour sur le Festival Delémont'BD, un merveilleux jardin de Suisse
Philippe Duvanel, Lika Nüssli (autrice de Starkes Ding) et Stefan Haller (auteur de Schattemutter) lors de la remise des prix Delémont’BD
© Delémont’BD

Le festival remet chaque année deux prix. Le premier récompense le meilleur album suisse de bande dessinée 2022. Le second adoube la meilleure première œuvre suisse de bande dessinée 2022. Ces prix sont dotés d’une somme de 3500 francs suisses offerte par la Fondation Payot pour la Promotion de la Lecture. Les prix 2021 avaient célébré Anaïs Nin, sur la mer des mensonges de Léonie Bischoff et Zwang de Simone F. Baumann. L’année 2022 a été marquée par la victoire de la bande dessinée suisse germanophone. Une première dans la courte histoire de ces prix (4ème édition).

Starkes Ding, de Lika Nüssli,reçoit le prix du meilleur album suisse
© Édition Moderne

Starkes Ding de Lika Nüssli (aux éditions Moderne) a reçu le prix du meilleur album suisse, tandis que Schattemutter de Stefan Haller (aux éditions Moderne, Zurich) a reçu le prix de la meilleure première œuvre suisse. Des bandes dessinées marquées par l’esprit de notre temps, à savoir des récits de l’intime et du témoignage. Dans Starkes Ding, Lika Nüssli revient sur l’enfance de son père, placé et exploité dans une ferme du Toggenburg durant la Seconde Guerre mondiale. Quant à Stefan Haller, son Schattemutter évoque la maladie psychique de sa maman. Pour les non germanophones, ces œuvres demeurent malheureusement inaccessibles. Cependant, l’esprit de ces prix est de célébrer la bande dessinée suisse et d’aboutir à une traduction. Espérons que la traduction française soit une priorité.

Exposition consacrée à la Grande Trissoue 2022, Florence Cestac
© Romain Garnier

L’exposition consacrée à la Grande Trissoue 2022, Florence Cestac

Comme à Angoulême, le ou la grand(e) Trissou(e), équivalent du grand prix, bénéficie d’une exposition qui lui est consacré(e). Celle-ci a été installée à la galerie la FARB. Pour l’occasion, de nombreux originaux de Florence Cestac pouvaient être admirés. L’exposition revient sur sa longue carrière, sur ses dessins de presse, ainsi que sur le fond sociologique de son œuvre. La question du droit des Femmes (avortement, patriarcat, libération sexuelle, statut de mère...) est naturellement omniprésente pour une autrice profondément marquée par les avancées libertaires de mai 68 (manifestations auxquelles elle a participé). Des œuvres d’autres auteurs rendent hommage à la Grande Trissoue 2022. Pour ceux qui ignorent tout de Florence Cestac, un agréable espace de lecture était prévu. Le démon de midi, Harry Mickson, Les Déblok, les Ados figurent parmi les titres disponibles.

La sculpture Marianne de Jean-Marie Pigeon sur un dessin de Florence Cestac
© Romain Garnier
La femme de Vitruve par Florence Cestac pour Siné Madame (2019)
© Romain Garnier

Les performances et autres animations

De nombreux événements ont émaillé le festival. Dans la cour du château, Hyacinthe Reisch a peint, 1h durant, sous un soleil de plomb, la froideur du monde polaire. Au Théâtre du Jura, Frédéric Pillot est venu échanger avec son public et a dessiné un merveilleux Balbuzar. Le duo Zelba et Léonie Bischoff a dessiné sur une musique apaisante et onirique. Enfin pour les enfants et les plus grands, Florence Cestac a assuré un atelier pour apprendre à dessiner son fameux style au gros nez. Ce ne sont là que quelques exemples de festivités auxquelles les festivaliers ont pu s’adonner avec joie.

Performance de Hyacinthe Reisch - Personnages issus de sa bande dessinée "Yo ceux qui ne vous tuent pas..."
© Romain Garnier
Florence Cestac en master class pour les petits et les grands
© Delémont’BD

Philippe Duvanel (directeur artistique du festival) aime à dire qu’un festival est une fête. On ne saurait lui donner tort. Cet amour de la fête s’est traduit par la présence de DJ et d’une piste de danse dans la cour du château, d’un espace de vente de boissons ainsi que des duels aux platines. Les plus mémorables étant ceux qui opposaient le rappeur Sim’s au ministre du Canton de Suisse, Martial Courtet, puis Luka Maurer (créateur de la griffe de couture masculine Garnison, Porrentruy) contre la député jurassienne Elisabeth Baume-Schneider. Cet esprit festif a favorisé la bonne humeur et la légèreté du festival.

Performance à quatre mains de Léonie Bischoff et Zelba
© Romain Garnier
Performance à quatre mains de Léonie Bischoff et Zelba - N°2
© Romain Garnier

Le jardin merveilleux

Pour la deuxième fois, le Festival de Delémont proposait un incroyable parcours muséal en plein air : « les jardins merveilleux ». Pas moins de 25 expositions, à l’initiative de Philippe Duvanel (encore lui !), attendaient les visiteurs au détour des jardins et vieilles rues de Delémont. La BD s’ouvre ainsi à chacun et chacune, que l’on soit un habitué des bulles ou non. En complément, dans la cour arrière du château, un espace jeunesse venait satisfaire les enfants en quête de jeux et les adultes en quête de verdure afin de se protéger du soleil. À noter que les jardins merveilleux sont accessible jusqu’au 15 août.

Exposition de planches de l’auteur croate Miroslav Sekulic-Struja - Jardin merveilleux de Delémont’BD
© Romain Garnier
Espace jeunesse - Drôle de bêtes
© Romain Garnier

Les dédicaces

Plus d’une cinquantaine d’auteurs et d’autrices étaient invités (21 autrices et 31 auteurs). Dans un festival comme Delémont’BD, les auteurs ont la possibilité de discuter sereinement avec les festivaliers. Pas de collectionneurs en train d’attendre depuis 23h, la veille au soir. Pas de tensions interminables pour créer des files limitées de festivaliers déçus de ne pas en être. Pas d’agressivité. Seulement de la légèreté et de la bonne humeur. Les auteurs et autrices, Florence Cestac en tête, font en sorte de contenter chacun et chacune. L’ambiance joyeuse et légère était assurée par les auteurs eux-mêmes. Les festivaliers présents ont pu ainsi assister à des chants improvisés par Lewis Trondheim et Guillaume Bianco avec sa guitare. Par ailleurs, la meilleure dédicace du week-end, à laquelle nous avons pu assister, fut celle de Lewis Trondheim. Alors que Romain Pujol (dessinateur de l’adaptation des Lapins crétins) souhaitait une dédicace de l’album La Mouche, Lewis Trondheim est ironiquement parvenu à écraser sur la page titre une mouche qui n’imaginait pas finir en pièce de musée. Il n’avait plus qu’à signer son exploit...

Ambiance festive en dédicace avec Romain Pujol, Lewis Trondheim et Guillaume Bianco
© Romain Garnier
Frédéric Pillot, illustrateur de Balbuzar, La sorcière Crabibi ou Les fabuleuses fables du bois de Burrow
© Romain Garnier

Le Festival Delémont’BD 2023…

Préparez vos agendas. La prochaine édition du Festival est d’ores et déjà annoncée du 16 au 18 juin 2023. Un rendez-vous profondément humain et professionnel dans un décor merveilleux, le château de Delémont ! À ne manquer sous aucun prétexte.

Mairie de Delémont’BD
© Romain Garnier
Ouverture du festival dans la cour du château de Delémont - Vendredi 17 juin
© Romain Garnier

(par Romain GARNIER)

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