Sheldon - Lune Noire : "Le rap représente tellement de monde qu’il y a plein de façons de l’exprimer."

31 octobre 2019 0 commentaire
  • Fruit de trois années de dur labeur, l'album Lune Noire du rappeur Sheldon, pendant musical d'un projet artistique tentaculaire intégrant bande dessinée, animation et jeu vidéo, paraissait sur toutes les plateformes de streaming. Afin d'accompagner l'avènement de cette entité hybride, un accrochage éphémère des planches et storyboard de la bande dessinée en cours de publication sur Instagram eut lieu au Floréal de Belleville. ActuaBD vous invite à découvrir, tout au long de l'entretien que nous a accordé l'artiste, une sélection de photos de cette exposition originale et rare pour le milieu.

Nous vous le présentions en août dernier, le projet Lune Noire est de ceux dont la définition ne peut être unique. Membre fondateur du collectif d’artistes parisiens la 75e session, Sheldon revient avec nous sur le déroulé du processus créatif ayant abouti à cette épopée multi-sensorielle.

Conscient de la complexité du produit final découlant de son aspect composite, une carte prenant la forme d’une constellation a été créée et est à retrouver sur le site de l’événement. L’existence d’un projet si novateur est révélatrice de l’état d’une scène rap française en pleine expansion. Alors que certains artistes trustent les charts, d’autres optent délibérément pour l’expérimentation, témoignant de la diversité que représente cette nouvelle pop.

Nos lecteurs ne vous connaissent pas forcément. Avant même de vous présenter, pourriez-vous nous évoquer succinctement ce que sont la 75e session et son mystérieux dojo ?

Initialement, le dojo est un studio de musique où nous enregistrons nos disques, nous occupons des artistes du label 75e session Records, des proches à nous, mais aussi d’autres artistes désireux de travailler avec nous. Le dojo a pris une forme assez particulière car c’est une grande maison à Saint-Denis où nous vivons en colocation à cinq. J’y ai personnellement habité pendant sept ans. Il y a eu des roulements et pas mal de gens de l’équipe y ont vécu au moins un temps. C’est donc un lieu de vie, un lieu d’échanges entre artistes, une sorte d’usine à projets où l’on se retrouve pour créer et échanger points de vue et aspirations sur nos envies. C’est donc avant tout une maison de ville dans laquelle il y a un studio et où les gens se croisent. Après, arrive ce qu’il doit arriver quand les talents se rencontrent. Beaucoup de projets sont nés ainsi. L’essentiel de notre travail s’est toujours articulé autour de ce studio.

Sheldon - Lune Noire : "Le rap représente tellement de monde qu'il y a plein de façons de l'exprimer."
Pochette de l’album Lune Noire
© 75e session

Quel était l’objectif lorsque vous avez monté le dojo ?

Nous avions déjà l’idée d’un lieu de vie et de création. La 75e session existait déjà depuis quelques années et nous avions besoin d’un espace où faire notre musique. Du fait que nous y vivions et qu’un nombre conséquent de personnes y étaient de passage, beaucoup de gens se sont réapproprié le lieu. C’est finalement un espace un peu métamorphe. Tu peux venir un jour et croiser des musiciens qui enregistrent, un autre rencontrer des gens qui travaillent sur la BD de Lune Noire, ou encore le surlendemain, des gens qui répètent un Live. C’est finalement une entité un peu nébuleuse, une sorte de bannière sous laquelle on se retrouve tous, pour donner de la force, collectivement, à nos différents projets.

Ce bouillonnement créatif a finalement permis l’éclosion de personnalités artistiques hybrides comme vous, qui rappe, mais pas seulement.

Oui, je suis aussi ingénieur du son et je dessine un peu aussi. J’ai d’ailleurs dessiné et réalisé l’un des clips du projet, le premier Quart de Lune. Mais le dessin est une activité que je pratique par plaisir, je n’ai aucune prétention professionnelle à ce niveau.

Comment, en tant qu’ingénieur du son et rappeur, en arrive-t-on au constat que le rap ne suffit pas, que l’on souhaiterait faire plus en diversifiant ses modes d’expression artistique, en lui adjoignant dessin, animation et jeu vidéo ?

L’idée, au départ de Lune Noire, était de faire un disque dans lequel je mettais quelque chose de moi avant de mettre des arguments commerciaux. Je voulais faire un disque qui me ressemble. Les univers dans lesquels j’ai grandi. Les choses fondatrices de mon envie de créer sont la bande dessinée et le jeu de rôle. Je voulais donc raconter une histoire, et surtout chercher comment la raconter en musique.

J’ai commencé à chercher ce qui s’était fait en France en termes de concept-album, et il s’est avéré que très peu de chose de ce genre existaient. De ce fait, l’inspiration de Lune Noire a été puisée dans d’autres choses que le rap. Il y avait par exemple le premier album de Stupeflip que j’écoutais beaucoup quand j’étais jeune. Il avait la capacité de te plonger dans un univers avec plein d’interludes, créant une réelle ambiance. Il y avait aussi du métal, comme certains albums de Gojira qui véhiculent un univers graphique puissant.

Mais si je devais dégager la principale source d’inspiration de Lune Noire, c’est indéniablement la bande dessinée. Finalement, en faisant Lune Noire, j’étais plus inspiré par la pop-culture et des productions dans le style des La Caste des Méta-Barons ou L’Incal de Jodorowsky, ou même des animés et mangas, que par des artistes musicaux. Attention, j’écoute tout de même beaucoup de musique. C’est mon métier et de cela que je vis, mais pour Lune Noire, l’inspiration directe était des BD, des univers graphiques, des histoires que je lisais quand j’étais petit et des campagnes de jeu de rôle.

© Léo Jacquet

Lorsqu’au démarrage de l’exposition au Floréal Belleville (le 26 septembre, veille du lancement de l’album), on lit vos références à l’onirisme, c’est une notion presque omniprésente dans L’Incal, et toute la production de Jodorowsky en général.

J’adorais le côté « cours » de ces histoires. Je lisais aussi de la littérature, principalement de l’Heroic Fantasy, comme Le Seigneur des anneaux ou Les Princes d’ambre par exemple. Mais j’aimais le côté concis de la BD, et le fait que l’on puisse se figurer des mondes avec des scénarios qui n’étaient pas nécessairement à la pointe. Une des raisons pour lesquelles le projet s’appelle Lune Noire est une référence directe aux Chroniques de la Lune noire [1]. L’univers de Lune Noire n’en est pas directement inspiré, les personnages non plus, mais j’ai grandi avec. Le scénario est quelque peu bateau, sur le mode « toujours plus », et on voit que dans les premiers tomes le dessin n’est pas encore fixé : les personnages changent de tête selon les cases, mais cela va en s’améliorant.

J’y voyais une idée de base que les artistes voulaient animer et faire vivre tout en faisant quelque chose de cool. Cette démarche diffère de celle de beaucoup d’auteurs de bande dessinée qui arrivent avec des projets très construits, des bases graphiques solides et des univers où, de la première case, du premier tome à la dernière case du quinzième, le personnage principal a toujours exactement le même visage. Moi je préférais Les Chroniques de la Lune noire car je voyais la série évoluer avec moi, les dessinateurs changer, etc. Finalement, ce qui restait, c’était l’âme de l’univers initial. Si celle-ci ne te touche pas, tu peux tout à fait considérer que c’est une série bas de gamme, mais l’univers Donjon & Dragons qui transparaît en fond m’a de suite accroché.

Ça a été une grande source d’inspiration pour Lune Noire, et notamment dans la façon d’amener un univers. Je voulais réaliser quelque chose que je ne savais pas faire, et sans savoir qui pourrait m’y aider. Tout était à faire, depuis la première pierre de l’édifice. Le gros défi était de débuter sans réellement savoir sur quoi cela allait aboutir, je n’avais aucune certitude quant à l’aspect final de la chose. Il a été très compliqué pour moi de former une vision claire du projet et le processus a été long.

La seconde problématique arrive lorsque tu te rends compte que tu n’es pas auto-suffisant, il faut alors réussir à transmettre ta maladie, à expliquer ton univers, et faire comprendre à ces personnes ce qui te fait vibrer dans ce projet. Ils doivent vibrer avec toi pour embarquer sur le même projet. C’est compliqué, certes, mais également très plaisant finalement.

L’autre gros défi est l’aspect marathon qu’a représenté ce projet pour moi. Au bout de trois ans, tu as envie que les choses sortent, d’avoir un retour sur ce que tu as fait et de pouvoir passer à autre chose, de nouveaux disques et de nouveaux projets.

Montage de TV cathodiques diffusant l’un des clips de la série "Quart de Lune"
© Léo Jacquet

Sheldon, scénariste de BD un de ces quatre ?

J’aimerais beaucoup. Je pense que c’est une affaire de rencontre, je n’ai jamais cherché à provoquer cela. J’en ai toujours lu énormément et beaucoup aimé ça. J’aime raconter des histoires et écrire des chansons. Peut-être qu’un jour je rencontrerai quelqu’un avec qui j’aurais envie d’en faire une, mais ce n’est pas un objectif en soi. Le but est de parvenir à transmettre des histoires d’une façon ou d’une autre. Mon vecteur principal est la musique et je ne me suis jamais posé la question de faire autre chose. Si un jour je suis amené à, je le ferai avec plaisir mais je ne forcerai jamais la démarche pour être scénariste, ce n’est pas un objectif de vie.

Pourrait-on revenir sur le déroulé du processus créatif que vous avez commencé à évoquer, par quoi avez-vous commencé ?

Comme j’ai démarré sans savoir ce que je voulais faire, j’ai surtout commencé par un énorme bazar. J’ai débuté en écrivant des chansons - que je n’ai pas gardées -, et non par le scénario. Cela m’a permis de créer du contexte, un background personnel me permettant d’avoir les idées nécessaires à la construction de mon histoire. Pour le coup, je pense avoir fonctionné comme n’importe quel scénariste, et pas que de bande dessinée. Je devais construire un univers et j’ai dû réfléchir à ce que je voulais y mettre, ce qui me plaisait. J’ai assez rapidement eu l’idée d’avoir un gamin et qu’il serait le personnage principal, de même qu’une représentation graphique de ce que je voulais. Pour ce faire, j’ai rapidement commencé à croquer mon monde, à imaginer une ville avec des humains, une avec des robots mais je n’avais pas de scénario.

De là, il y a trois ans, j’ai fait un premier projet avec une dizaine de titres, une maquette. Nous nous sommes concertés avec mon équipe et mon manager. Nous avions déjà le nom du projet et l’appréciions, mais étions déçus d’être entre deux mondes. On trouvait que certains morceaux avaient la saveur d’une histoire sans vraiment en être une. Un univers compliqué à capter.

À ce moment-là, je comprends que je vais avoir besoin de plus de temps et décide qu’on va faire une série qui va s’appeler Quart de Lune. Les quatre titres composant la série serviraient à introduire le projet et à me laisser le temps de faire mon disque. Au sortir de cette concertation, j’avais donc pour tâche de faire un morceau qui annonçait au public que le prochain disque allait être différent, cela me permettrait aussi de jauger mes auditeurs.

J’ai donc fait le 1/4Quart de Lune très rapidement : le morceau en un soir, le mixage, le lendemain et la nuit suivante, le clip. J’étais dans mon salon, j’ai pris des feuilles, feutres, IPhone. Je faisais des photos des dessins et que je mettais en négatif et montais en stop motion. On a regardé et on s’est dit : « OK, ce morceau c’est le foutoir, le clip pareil, cela va annoncer aux gens que ça va être le foutoir. » Donc on l’a sorti et c’est mon morceau qui a le mieux marché. C’était inattendu, le public a été très réceptif et les artistes autour aussi. Ça m’a permis de me donner le temps et de comprendre que le public validait mon projet. Je ne vais pas cacher que ça m’a un peu mis la pression car j’ai compris qu’il fallait que je fasse un « vrai » truc.

Pendant ce temps-là, j’ai continué à réfléchir, mais comme je savais que le processus allait être très long, j’ai continué à faire des disques à côté comme par exemple l’EP RPG, qui parlait de mes références en jeu vidéo ou Bateau Bleu avec Sanka, un EP en collaboration qui m’a fait hyper plaisir. Cela permettait d’avoir encore des choses qui sortaient pendant que travaillais sur Lune Noire.

Début 2017, on a organisé une résidence et c’est là que le vrai travail a commencé. Nous étions dans une maison de campagne pour trois mois et là, j’ai commencé à écrire mon scénario et l’histoire sur laquelle j’allais me baser. C’était le moment où je scellais ce qu’il y aurait dans le disque et déterminait ma trame de fond. De ce scénario, j’ai fait mon découpage linéaire en morceaux en sachant déjà que celui-ci s’appellerait, Vent, celui-là Orage, etc. J’ai écrit mes morceaux, les ai enregistrés et là, à quatre jours de la fin de la résidence, le Mac sur lequel nous travaillions a cramé. Nous avons perdu 10 titres. On a donc décidé de prolonger la résidence, racheté un nouvel ordi et tout refait. À la fin de cette résidence, je suis rentré avec la quasi-totalité du projet maquetté, c’est-à-dire : écrite, posée et avec les bases de prod.

Après que je sois rentré, on a écrit et réalisé les Quarts de Lune suivants avec des artistes différents à chaque fois. Je voulais un artiste par clip pour montrer que cet univers tenait par sa substance et non la réalisation qui était autour car nous ne savions pas encore avec qui nous allions travailler. Kaypash sur le deuxième, Dylan sur le 3/4 Quart de Lune, et enfin ManX sur le quatrième. Cette dernière rencontre m’a permis de comprendre que je voulais que ce soit lui le leader graphique du projet.

Le gamin, personnage principal de l’intrigue de Lune Noire
© Léo Jacquet
© Léo Jacquet

Pourriez-vous rapidement présenter ManX à nos lecteurs qui ne sont pas nécessairement familiers de son travail ?

C’est avant tout un illustrateur. Il a aussi fait un peu de clip à l’époque. Une fois qu’il venait au dojo avec l’équipe qui fait les clips de Lomepal, je l’aperçois dessiner un dragon sur une table dans un style qui diffère complètement de ce pour quoi on a opté par la suite. C’était très Tarquin, très Lanfeust [2], un style médiéval-fantastique. On a discuté un peu, et après un premier refus, il a accepté de venir travailler avec moi.

Toutes les idées sont donc venues sur le tard. On était toujours dans une logique de gain de temps. Nous savions que le disque serait long à arriver et que nous devions créer des sas d’attentes. C’est comme ça qu’est né la BD sur Instagram. Nous la concevions comme une promo longue et régulière qui allait nous permettre de cheminer petit à petit vers la sortie de l’album.

L’idée de faire une bande dessinée n’est donc pas à la base du projet, c’est une création artistique qui a répondu à un besoin matériel instantané.

Disons qu’initialement, mon idée était de faire une bande dessinée courte, dans le livret du disque, qui le résumait. L’idée est finalement venue d’une discussion avec ManX dont il est ressorti qu’éclater un format bande dessinée sur les cases d’Instagram était très intéressant, d’autant plus que nous n’avions pas énormément d’exemple en tête de ce genre-là. Nous nous sommes donc lancés dedans et en parallèle, un soir sur RPG Maker, j’ai commencé à faire une ville d’humains et une de robots et j’ai proposé l’idée à ManX de sortir un petit RPG [Jeu de rôle. NDLR] pour accompagner le projet. Mon producteur a bien aimé l’idée sauf qu’encore une fois, il s’avère que si tu veux développer un vrai jeu sur RPG Maker, ça prend énormément de temps. J’ai donc trouvé un ami qui s’y connaissait suffisamment et lui ai refilé le projet.

Le choix des morceaux à clipper s’est fait de la même manière. Nous avons choisi un morceau au début, un au milieu et un à la fin pour qu’une personne qui ne regarde que les clips puissent comprendre l’histoire. Nous aurions aimé pouvoir clipper tout l’album, mais n’avions tout simplement pas le budget pour. Nous avons tout fait nous-même, avec la bonne volonté des gens qui nous entouraient. Le processus créatif a donc été échafaudé au fur et à mesure, tout en restant tremblant car nous ne savions pas quand cela s’achèverait.

En parallèle de ce développement graphique, je te passerai le développement musical, mais en rentrant de résidence, nous avons forcément dû retravailler toute la maquette : faire venir et s’arranger avec les musiciens que je voulais sur l’album, comme avec un groupe de reggae pour le son Doudou ou encore un flûtiste pour Carnaval, etc. Tout cela avait quelque chose de pantagruélique qui a abouti à ce projet plein d’imperfections, mais à l’image de la façon dont on l’a réfléchi.

Une borne d’arcade permettait aux visiteurs de jouer au jeu vidéo Lune Noire.
© Léo Jacquet

Si vous deviez estimer le nombre de personnes ayant œuvré à la sortie de ce projet, quel serait-il ?

Si l’on prend les aspects musicaux et graphiques, je dirais environ une trentaine de personnes, en comptant les personnes qui ont quitté le bateau en route. Certaines personnes n’avaient pas le temps de consacrer leur vie à ce projet fou.

Nous avons évoqué la façon que vous avez eue de concevoir le scénario et l’histoire. Le storytelling dans le rap est un genre à part entière, codifié, et qui s’étale rarement sur plus d’un morceau. Faut-il voir dans Lune Noire la final form du storytelling rappé ?

Il y a effectivement peu d’albums qui racontent une histoire du premier au dernier morceau. Il y a le Lipopette bar de Oxmo Puccino par exemple. Je pense que cet aspect de Lune Noire provient du format cross media. Lorsque ta source d’inspiration provient d’un autre média, d’une autre plateforme, en général tu te retrouves à être l’un des premiers à faire ça. Ce n’est toutefois pas parce que j’ai l’impression d’avoir été l’un des premiers à le faire que c’était quelque chose de nécessaire. Je pense que ce projet de création découle directement de mon contexte propre et qu’il m’a permis de réunir tous les univers fantastiques qui m’ont formé.

Lune Noire est mon premier album, et lorsque tu fais ton premier album, une question essentielle se pose à toi : « Qu’est-ce que je vais raconter ? » Le processus est différent d’un EP où tu compiles des morceaux qui vont bien ensemble du point de vue des sonorités. Le premier album, c’est le moment où tu dois poser une identité qui va te suivre et te coller sur les disques suivants. Je me suis donc demandé ce que j’allais pouvoir faire, de façon à ce que cela me ressemble le plus. Et la réponse qui s’est imposée a été celle-ci, celle de raconter une histoire, de trouver un moyen de parler de moi sans réellement le faire, de trouver un type de narration dans le rap qui n’était pas forcément tout le temps à la première personne.

En plus de ça, j’ai eu la chance d’avoir l’idée de faire quelque chose qui n’avait jusque-là jamais été fait, mais c’était une « chance/malchance » car on en vient à proposer un truc unique, oui, mais sans aucun repère pour le faire. On se retrouve à la conception de la recette initiale. Donc final form du storytelling, je ne sais pas, mais il y avait cette volonté de raconter une histoire longue et de ne pas quitter ce principe de narration, ce qui représentait un vrai défi.

5ème planche du chapitre ÉPÉE
© Léo Jacquet

Une quête personnelle digne d’un shōnen finalement !

Complètement, j’ai grandi avec ça. On a essayé d’éviter de pousser le côté shōnen jusqu’à ce que les types se jettent des planètes dessus. Nous avons voulu garder un format raisonnable car c’était pour un disque, et je ne voyais pas comment il était possible de le faire en intégrant une évolution du personnage à la One Piece par exemple. Je ne voulais pas que Lune Noire soit le projet d’une vie.

Je n’ai donc pas tant réfléchi en termes de shōnen, hormis que cela fait partie de ma culture et que l’on peut retrouver de nombreuses références à la culture dessinée nipponne : de Gunnm à Full Metal Alchemist en passant par Hayao Miyazaki. Je l’ai plus réfléchi comme une série réaliste dans le style de La Quête de l’oiseau du temps [Série débutée durant la première moitié des années 1980 par Serge Le Tendre et Régis Loisel. NDLR], une BD courte avec un début et une fin, qui soit réalisable à l’échelle d’un moment de vie. Moi, j’adorais ce format dans lequel tu pouvais te perdre une après-midi dans un monde, et c’est tout.

Une fois passé le pur storytelling, intellectualisez-vous les textes ? Votre BD et votre album traitent de diverses problématiques aux résonances actuelles puissantes telles que le pacifisme ou le rejet de l’autre.

Pour moi, une bonne fiction doit avoir un propos. J’ai rarement accroché à un univers qui n’en développait pas. Que ce soit La Caste des Métas-Barons, L’Incal, ou même des choses plus enfantines comme Lanfeust de Troy, il y a toujours un propos derrière, la volonté de dire quelque chose. Dès que j’ai eu l’idée d’avoir une boucle avec l’histoire d’un enfant rejeté, pris dans une histoire de prophétie qui allait devoir sauver le monde sans s’en rendre compte, bien sûr qu’il y avait un propos. C’était pour moi un vecteur me permettant de parler de choses qui me paraissent essentielles. À ce niveau-là, l’intellectualisation est certaine.

Par contre, une fois les thèmes choisis et la boucle scénaristique calée, j’écris pour rentrer dans les cases de mon histoire en me disant que le propos réside dans l’idée-source. Pour moi l’histoire est dans le propos et pas dans la forme qu’elle va prendre lorsque je vais écrire. Lorsque j’ai écrit mes textes, j’ai tenté d’être pertinent par rapport à mon histoire. Cela a été extrêmement difficile, car écrire le déroulé scénaristique d’une scène dans un couplet de rap est très complexe. En plus du simple déroulé scénaristique et de la transition avec le morceau suivant, il faut parvenir à y faire entrer un peu d’émotion, un peu de jus. Ces différentes contraintes m’ont poussé à écrire d’une façon très particulière, qui différait en tout de ce à quoi j’avais été habitué jusque-là. Ces contraintes, je me les suis imposées volontairement et malgré ça, j’ai écrit dans la douleur. Et si l’intellectualisation n’était pas nécessairement présente au moment de l’écriture, elle avait été remplacée par un besoin de précision très exigeant.

Après tout, ceci n’est que ma conception de ce que devrait être une fiction. Il existe des tonnes de bandes dessinées qui ne développent pas ou peu de propos de fond mais qui ont été pensées pour envoyer un maximum d’effets visuels et qui sont magnifiques.

Planche 2 du chapitre Doudou
© Léo Jacquet
Planche 7 du chapitre Doudou
© Léo Jacquet

Comment le découpage des morceaux de votre album et donc du chapitrage de votre bande dessinée a t’il été pensé ?

Je l’ai réfléchi comme une boucle. Quand j’ai commencé à écrire l’histoire, j’avais dessiné un cercle sur une feuille, et je voulais qu’à terme, mon histoire soit cyclique, partir d’une situation A, pour tout de suite être projeté dans une situation B dont l’unique objectif de résolution serait de retrouver la situation A initiale. Je n’ai rien inventé mais j’aimais bien cette idée. J’ai donc dû trouver un élément qui allait venir perturber mon monde initial et dont le seul objectif serait de rétablir ce monde qu’il avait perturbé.

Je trouve que cette réflexion n’est pas très shōnen car ce sont souvent des trucs en entonnoirs. Ils partent d’un micro-événement pour arriver au contrôle de planètes et d’univers. Typiquement, dans Naruto, on part d’un personnage qui mange des ramens et qui fait des techniques avec les doigts à la grande guerre ninja, ou comme dans One Piece avec ce gamin qui voudrait être pirate et se retrouve au centre d’enjeux d’ampleur inimaginable.

Toutefois, je me suis inspiré des shōnen dans la représentation picturale qu’on peut avoir de certaines choses comme un héros qui est toujours gentil, bienveillant et premier degré. L’autre élément qui va à l’encontre du shōnen dans cette histoire est probablement l’absence d’ennemi, de grand méchant. Tout au long de la fiction, on ne sait pas vraiment sur qui on tape, au début on pense que c’est sur la Lune, puis sur le lapin, mais en réalité on ne sait jamais vraiment. J’aime bien le côté du héros qui doit se battre contre lui-même, contre ses propres démons.

Outre la bande dessinée franco-belge dont vous nous avez évoqué plusieurs titres de séries emblématiques, le manga est également très présent. Actuellement, vous êtes loin d’être le seul artiste actuel à démultiplier les références au 9e art nippon. Selon vous, quel rapport entretiennent rap et manga ?

Pour moi, c’est générationnel. Le rap actuellement, c’est la musique populaire. Nous faisons du rap car c’est la musique du peuple, celle que les gens écoutent et que nous avons envie de faire, celle avec laquelle on a grandi. Et nous nourrissons cette musique de notre contexte.

Donc lorsqu’il y a 15 ans, les objets culturels qui faisaient fantasmer étaient les films de gangsters américains, c’était assez logique que le propos se retrouve avec une identité très street, autour du crime etc.

Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que le rap représente tellement de monde qu’il y a plein de façon de l’exprimer et que chacun le fait avec ces références et ce avec quoi il a grandi. En France, nous sommes des ultra-consommateurs de mangas et de shōnen, donc si tu es de ma génération ou de celle d’après, t’as grandi avec Dragon Ball Z sur MCM, une grand-mère qui avait le câble donc en vacances tu pouvais regarder GameOne et te prendre Cowboy Bebop en travers de la figure sans même connaître. Je ne suis donc pas étonné de ne pas être le seul ambassadeur de cela et trouve cela rassurant. Je pense qu’on a grandi avec toute cette pop culture et nous la recrachons d’une façon ou d’une autre.

De gauche à droite, Cris : coloriste, ManX : dessinateur/illustrateur, Dylan Martin Treadwell : dessinateur, Sheldon : rappeur
© Léo Jacquet

Après personnellement, j’ai énormément fait de références, et de name dropping car c’était un moyen d’imaginer ma réalité. L’une des choses au centre du rap, c’est l’égo-trip qui consiste à dire que l’on est plus fort que les autres. Moi je n’avais pas envie de dire que j’étais Al-Pacino ou un autre personnage de gangster et j’ai pris Pain et Shikamaru parce que c’étaient les personnages qui me faisaient écho. Si je devais me projeter et dire que je suis plus fort que toi, je le ferai via Ichigo [Pain et Shikamaru sont des personnages emblématiques de Naruto tandis qu’Ichigo appartient à l’univers de Bleach. NDLR] plutôt qu’un mec du cartel de Sinaloa, parce que j’ai grandi avec ça et je pense que pour beaucoup d’autres, cette passerelle est naturelle.

Avec la bande dessinée franco-belge, il y a moins ce truc-là car c’est un domaine plus confidentiel. Le rayonnement du manga sur notre pays est énorme. Toute ma génération a diné à ça. Même les personnes qui se placent en marge de tout ça, c’est bien souvent le résultat d’une surexposition au manga ayant mené à un rejet.

Personnellemen,t j’ai grandi dans une famille fan de franco-belge, donc j’étais à fond là-dessus et je lisais quasiment que de la bande dessinée européenne accompagnée d’un peu de comics. J’étais en rejet total du manga avec tout ce bon vieux discours qu’a longtemps tenu la communauté franco-belge vis-à-vis du manga taxant le dessin de mauvais, critiquant la trame, la forme des yeux, la qualité du papier etc. Un jour, un camarade au collège, un petit gars qui venait en cours avec un bandeau de Konoha, m’a passé le premier tome de 20th Century boy peu de temps avant Noël, ce qui m’a permis de rapidement me faire offrir la suite. Après ça, dès que j’avais un billet, j’allais m’en acheter. À partir de là, j’ai pris une gifle et j’ai ensuite fonctionné comme à peu près n’importe quel digger, j’ai lu Monster parce que c’était aussi de Naoki Urasawa, puis je suis allé voir un libraire spécialisé dans le manga qui m’a orienté vers Old Boy et plein d’autres choses.

Je suis par contre moins sensible aux comics. Je pense que cela vient aussi du Marvel Cinematic Universe en ce moment qui me fatigue un peu. Je ne doute pas qu’il existe de très bonnes choses, mais je ne les connais pas. Les seuls titres qui me parlent un peu sont plus confidentiels, avec des auteurs comme Dave McKean ou des séries comme Courtney Crumrin.

Je suis toujours très content de découvrir de nouveaux albums et je trouve que les choses sont beaucoup moins cloisonnées qu’elles ne l’étaient par le passé. Prenons un artiste comme Bastien Vivès, qui passe de Une sœur à Lastman, c’est incroyable. J’adore la démarche d’un artiste comme ça. Il est Français, fait de la BD française, mais a grandi avec le manga et décide de ne pas faire une espèce d’entre-deux et casse les frontières des écoles.

Je pense que le manga à cet avantage d’être complètement hors de la réalité. De la même façon que Star Wars dans les années 1970, le manga a atteint un tel niveau de popularité qu’il parvient à briser certaines frontières sociales et à fédérer beaucoup de monde.

Personnages et décors extraits de la bande dessinée
© Léo Jacquet
Au sous-sol de la galerie Floréal Belleville : Projection des clips tirés de l’univers Lune Noire
© Léo Jacquet

Pour en revenir au projet dessiné de Lune Noire, vous nous avez expliqué combien il avait été complexe d’adapter l’écriture et de construire le scénario, avez-vous personnellement participé au dessin ?

Non, pas du tout. Je suis intervenu comme un scénariste, en donnant des idées. Je disais à ManX : « - Là il faut que tu fasses ça, c’est essentiel ». Mais aujourd’hui que l’album est sorti, tu peux t’amuser à comparer le texte à la bande dessinée et tu verras qu’une fois passé le chapitrage et le déroulement de l’histoire, ManX a pris énormément de liberté. Par exemple dans le morceau Lune, il n’y a pas de requins en pierre qui attaquent le gamin, ils n’ont pas les yeux violets etc. Il se réapproprie le texte et le visionne dans sa tête en me proposant des choses.

Sur Lune Noire, j’avais décidé de ne pas trop me battre sur ce genre de choses, de ne pas avoir une vision trop figée du produit final qui aurait obligé tout le monde à suivre mon truc. Comme j’avais laissé pas mal de choses en suspens dans le disque et que je voulais que l’univers graphique vienne compléter ça, apporter de la rigidité, j’ai pris le parti de laisser ManX libre de réarranger le scénario au service de ses images. À l’exception de certaines directives comme la forme de la garde de l’épée par exemple, je vais être complètement d’accord avec le fait que le dessinateur modifie le scénario pour servir son trait tant qu’il reste dans les limites du raisonnable. Je n’ai pas une vision trop dogmatique des choses et ne vois pas de problèmes à la réinterprétation. Je pense que l’essentiel d’un univers parviendra toujours à ressortir par-dessus la vision d’un auteur. Par exemple, les adaptations de Batman par Dave McKean dont je parlais tout à l’heure sont extrêmement sombres et pourtant Batman n’en est pas moins Batman, idem pour le Joker.

On a vu que les clips avaient été dessinés par différents artistes, est-ce pareil pour la bande dessinée ou bien ManX a t’il tout dessiné ?

Pour la BD, c’est bien ManX tout du long. Les couleurs ont quant à elles été réalisées par Cris. Le passage de la colorisation au noir et blanc à mi-chemin est quelque chose que nous avions décidé depuis le début. Mais, même pour les couleurs de la première partie, il est arrivé à ManX de coloriser certaines planches. Il est vraiment au cœur du projet graphique. Il lui arrive parfois de m’appeler en me disant que ce que j’ai écrit pour le post Instagram ne va pas et n’est pas cohérent avec la planche et réécrit. Et il arrive qu’il ait raison et que ce soit mieux. La seule chose qui était figée, c’était le texte des chansons, il a eu son mot à dire sur tout le reste. Par exemple, si sur la pochette de l’EP Lune Noire : PREQUEL, l’enfant ressemble tant au personnage de ManX alors que c’est Senchiro au dessin, c’est parce que ManX était son interlocuteur direct et que la caractérisation du personnage a été reprise.

ManX est-il dessinateur de bandes dessinées par ailleurs ?

Il dessine beaucoup de manga et a toujours eu beaucoup d’idées mais il n’avait jamais fait de bande dessinée. Il fait ça pour le plaisir, c’est avant tout un illustrateur et il n’a pas un raisonnement de dessinateur de bande dessinée. C’est aussi pour ça que la BD est pleine de contradictions.

Comment a t’il géré le découpage des cases du fait de la contrainte que vous imposait Instagram ?

Au départ nous le faisions ensemble car c’était mon idée de faire une BD sur Instagram. Il trouvait ça très contraignant, mais finalement, une fois que nous avons intégré cette contrainte, nous avons pu trouver des idées pour la contourner. C’est la même problématique que quant à un moment, dans l’Histoire de la bande dessinée, les auteurs et dessinateurs ont commencé à déborder des cases. C’est aussi comme ça que tu passes du strip 3 cases à du six cases pour arriver à une très grande case, ou ensuite à Druillet qui casse tout. La contrainte permet le renouvellement et la différence. Une fois la contrainte imposée, il faut trouver une manière de la transcender.

Pour en revenir à ManX, en dépit du fait que je te dise que ce n’est pas un dessinateur de bande dessinée, c’est de loin la personne que je connaisse avec la plus grosse culture manga. C’est simple, il a tout vu, tout lu. Je ne sais pas comment il fait, il est toujours à jour sur tous les mangas et animés. Je ne sais pas où il trouve le temps de consommer autant de bandes dessinées et d’animés. Cette culture a nécessairement développé sa vision du processus de création d’une bande dessinée.

Exposition des recherches de décors et personnages
© Léo Lacquet
© Léo Jacquet
© Léo Jacquet

Si nous devions faire un bilan de ce projet, que pensez-vous que la partie dessinée ait apporté à votre musique ?

De la rigidité. Je ne suis pas sûr que sans cette bande dessinée, le projet serait aussi clair dans la tête des gens à l’écoute du disque. Je suis content de la façon dont j’ai retranscrit l’histoire dans le CD et je suis surpris que les gens aient si bien compris le projet. C’était l’une de mes grandes angoisses avant que le disque sorte. J’avais peur qu’ils me disent que le support n’était pas adapté. La bande dessinée et les clips favorisent la mise en place d’images dans la tête des gens qui ressortent à l’écoute de l’album.

Dans la littérature, on dit souvent que la beauté vient du fait que chacun peut se figurer un personnage. Personnellement, c’est quelque chose qui m’a toujours angoissé. Ce que j’aime dans la bande dessinée, c’est l’imposition du style. La bande dessinée impose une vision et permet le développement de l’imaginaire ailleurs.

La sortie de l’album sonne-t-elle la fin du projet Lune Noire ? On sait que des chapitres doivent encore sortir sur Instagram, mais peut-on s’attendre à une sortie physique de la bande dessinée ou bien à l’élaboration d’une tournée ?

Ce n’est que le début. J’ai très envie d’aller sur scène raconter mon histoire aux gens. Après je suis déjà tourné vers la suite, je travaille à l’écriture d’un nouvel album qui s’éloignera du storytelling, et sera plus musical. Malgré ça, Lune Noire¬ va vivre, il reste des clips à sortir et j’espère pouvoir aller défendre mon projet sur scène, au contact des gens qui ont aimé l’histoire.

Il n’est pas non plus exclu que dans quelques années me prenne l’envie de revenir écrire sur cet univers ou même d’en créer un nouveau, sorte de miroir à Lune Noire. Je ne sais pas du tout. Tout ce dont je suis sûr, c’est que je sors de trois ans de travail là-dessus et que, dans l’immédiat, j’ai envie de faire autre chose. Mais c’est aussi tout l’intérêt de ce genre d’histoires : elles ne sont jamais réellement finies. Lune Noire arrêtera d’exister le jour où il n’y aura plus personne pour la lire ou l’écouter.

Première salle de l’exposition Lune Noire. Le public a répondu présent de 18h à la fermeture sans discontinuer.
© Léo Jacquet

Concernant une hypothétique tournée, avez-vous déjà réfléchi à la façon dont vous souhaiteriez adapter ce concept-album sur scène ?

Oui, mais c’est très compliqué. On ne sait pas du tout comment on va faire. Dans l’idéal il faudrait des places assises, un show assez long, des musiciens etc. Les idées ne manquent pas, mais leurs mises en œuvre nécessitent des moyens importants que nous n’avons pas forcément pour le moment. À l’heure actuelle nous ne savons donc pas si nous pourrons défendre Lune Noire sur scène comme nous l’aurions voulu. Dans tous les cas je ferai du live avec Lune Noire, même modifié. Je ferai quelques dates à Paris mais ne peux pas encore me prononcer sur la forme que cela prendra.

Pour finir, quand ses yeux sont fermés, qu’entend l’enfant ?

Quand moi je l’écris, je crois qu’il entend le vide. Il entend le silence dont il a besoin pour exister. Le gamin, ce n’est pas moi. C’est une question qui est beaucoup revenue, on m’a demandé à plusieurs reprises si je me projetais dans le gamin et ce n’est pas le cas. Il y a forcément un peu de moi dans le gamin et dans cette histoire, mais j’arrive à 28 ans et je fais le choix de raconter l’histoire d’un enfant. Je ne suis pas pour autant en plein syndrome de Peter Pan, à mettre mes démons de mec de 28 ans dans un gamin de douze ans. J’écris l’histoire de cet enfant parce que j’en ai envie. Donc que se passe-t-il dans la tête d’un gamin ? Qu’est-ce qu’il entend quand ses yeux sont fermés ? C’est justement ce qu’on ne sait plus à 28 ans. C’est cette chose qu’on a perdue et que nous essayons tous de retrouver en écrivant des histoires, en lisant de la fiction. Je sais ce que j’entends à son propos mais ne sais pas ce que lui entend directement. C’est probablement ce que je cherchais dans ce projet : retrouver cette étincelle de l’enfance, cette sensation lorsqu’une fiction te happe.

Propos recueillis par Thomas Figuères

(par Thomas FIGUERES)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[1Célèbre série initiée par Froideval et Olivier Ledroit en 1989. Elle compte aujourd’hui 19 tomes, le dernier étant paru l’année passée aux éditions Dargaud.

[2Didier Tarquin est le dessinateur de l’univers Lanfeust, initié par la série Lanfeust de Troy, scénarisée par Christophe Arleston.

  Un commentaire ?